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La nouvelle histoire de l’art : le goût de l’ananas

La nouvelle histoire de l’art : le goût de l’ananas

24 juin 2019 | PAR Bertille Bourdon

Pour cette nouvelle tranche d’ananas, la sixième, le duo formé par Odile Darbelley et Michel Jacquelin se plonge à la MC93 dans la vie réelle ou imaginée de Josef Nadj, danseur, photographe et plasticien français d’origine serbe. Une immersion dans sa vie artistique.

Comme nous ne pouvons connaître le goût de l’ananas (la formule qui donne son titre à cette série de spectacle est empruntée à Leibniz) par le récit des voyageurs, il est peut-être préférable de ressentir un artiste plutôt que de se pencher sur la littérature théorique à son sujet. Tel semble être le moteur de ces pièces. Ici, on converse d’une certaine manière avec l’artiste Josef Nadj , par vidéos, par corps interposés. Car, ces tranches d’ananas que l’on déroule sur scène permettent de dessiner l’univers mental d’un artiste, et ainsi de redéfinir une histoire de l’art des cinquante dernières années. La course est longue, mais le spectateur érudit saura sans doute s’y retrouver.

Le personnage de Iks ressort surtout de ces conversations. Elle découpe la vie artistique des autres pour s’en façonner une propre. Un collage donc, semblable à son projet majeur : elle avait assisté à Kyoto à la performance de Yoko Ono où le public doit découper un morceau de sa robe. Le sien, de bout d’étoffe, relique de cette rencontre forte, IKs l’a soigneusement conservé, encadré dans du ver. Maintenant, elle veut retrouver toutes les personnes présentes à cette performance pour ainsi reconstituer la robe. Cette quête est finalement à l’image de la pièce, un collage des morceaux de Josef Nadj, pour essayer de nous le donner à voir, à comprendre, à goûter. Cette quête est aussi semblable à la vie que tente de se recoudre Iks à partir de celle des autres : se construire une vie en patchwork, mais la sienne est fausse, aux trucages apparents (comme lorsqu’elle interview de kaneto Shindo) mais qui font finalement la beauté de sa recherche.

Ce sont tout ces petits bouts, de Josef Nadj, du danseur Ivan Fatjo, et de tout ceux qui font cette histoire de l’art des cinquante dernières années que se construit peu à peu à un tableau final à la scénographie époustouflante. Tous les éléments qui ont jalonné la conversation entre artistes se retrouvent dans une mise en scène de l’absurde. On y retrouve l’imposante bulle gonflable qui finit par englober ce qui se joue, finit par absorber les sons.

Un spectacle érudit, qui sait charmer par sa mise en scène, notamment la scénographie finale.

Spectacle donné à la MC93 du 20 au 23 juin.

Visuel : ©MC93-Répétitions

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Bertille Bourdon

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