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Jours merveilleux au Festival Trente Trente à Bordeaux : Samedi.

Jours merveilleux au Festival Trente Trente à Bordeaux : Samedi.

31 janvier 2019 | PAR Eriksen

Trente Trente, festival du spectacle vivant, initié et porté par Jean-Luc Terrade accompagné de sa compagnie de théâtre, défend à Bordeaux depuis sa création en 2004 une programmation des formes courtes hybrides et pluridisciplinaires.  Cette année encore notre passage au Festival fut l’occasion de découvrir dans une ambiance contributive quelques pépites du spectacle vivant. 

Ce samedi, un bus nous balade dans la ville de théâtre en théâtre pour des formes courtes de danse, performance, cirque, musique, cinéma et théâtre.

On commence dans le studio du Glob pour Dogs de Julien Herrault (France) qui évoque un souvenir d’enfance… un corps étendu en bas d’une tour.

Les spectateurs qui n’ont pas décroché pendant le positionnement maniaque de près de 200 carrés noir ou blanc sur le sol…, ne vous pas le regretter. Tombé du gratte-ciel, un homme gît là, dans une mare de sang. Il s’est fracassé la tête sur ce damier artificiel, sans nuance, sans courbe, sans vie, tout au plus des 0 et des 1. 

On ne saura rien de son âme. Mais le destin post-mortem du corps nous est raconté en un tableau unique et très vivant, qui réunit l’immédiat de la chute et la vie qui renaît déjà. Peine perdue pour la vie, la voie vers la terre est coupée… Encore ce foutu damier.

Ne pas louper la fin la plus étonnante qui soit. 

A l’inverse de l’expérience réinventée de Dogs, POINGS LIES : ring et modulation 1  de Eddi Ladoire (France) s’accroche au réel : deux boxeurs, deux soigneurs, un arbitre, et des spectateurs qui font ring au centre du marché de Lerme. Cinq rounds de vrai combat, des vrais coups, du vrai sang : effet de réelle garantie, mais… est-ce un spectacle vivant ou sommes-nous à la journée portes ouvertes d’un club de boxe ?

L’argument du spectacle insistait sur l’amplification sonore des impacts, mais que l’on n’a pas entendu. Dommage.

Quoi de neuf en ces heures agitées ?:  « Qu’il fallait leur donner leur part de la cité, que votre aveuglement produit leur cécité ; d’une tutelle avare on recueille les suites, Et le mal qu’ils vous font, c’est vous qui le leur fîtes. » (Victor Hugo). Dans la Halle des Chartrons, une femme, arrosée d’un grand seau s’agite en des mouvements épileptiques au milieu d’une flaque de sueur ou de pluie. Matthieu Boisset  (France) phagocyte « A ceux qu’on foule aux pieds » de Victor Hugo. « Bonjour ma colère, salut ma hargne et mon courroux » aurait-il pu dire en citant Desproges. Sa colère occupe l’espace sonore et le texte s’y noie : on entend qu’elle. Qui pis est, les morceaux qui surnagent semblent faire d’Hugo un emballé de son propre style et de l’opprimé le prétexte de sa grandiloquence : il nous le rendrait presque ridicule.

Mais pourvu que naisse l’envie de le lire ou le relire, tout le monde s’accordera.

Aux performances (Bordeaux), Pode Ser de Leila Ka (France), le clou de cette série.

Un papillon aux ailes non dépliées s’éveille et s’agite. Inquiétude et curiosité, rêves et révoltes…, l’éclairage vertical dramatise le visage adolescent. Une robe vieux rose sur un baggy noir de Hip Hop marque la diversité des sources d’une identité et la richesse des combinaisons qui la nourrissent. De même la diversité des musiques.

La gestuelle précise et fluide de Leila Ka sert aussi bien la douceur et la furie, la jeune fille en fleur et la guerrière. Un rêve semble naître, occuper puis pousser les limites, se coltiner aux machos du Hip-Hop, s’en relever, être asservi et s’en relever encore.. : « Pode ser » dit que c’est possible.

De retour au Glob (Bordeaux) pour finir avec Hybridation II de Olivier de Sagazan (France).

Comme un rituel, l’homme allume la paille au centre d’une masse carrée d’argile clair, posée sur une table devant lui. « Encore une fois » : dit-il , s’adressant à sa femme.

Leurs mains fébriles grappent la terre glaise, en recouvrent leurs visages, puis recréent leur tête par deux points noirs et un trait rouge. Pour un instant seulement ; chaque visage remplace le suivant, qui subsiste encore un moment sous la forme de traînées rouges et noires, donnant des airs de guerriers.  Mais à chaque tour un peu plus de matière, un peu plus de difformité, un peu plus de douleur aussi, pour ceux qui s’éloignent physiquement de l’humanité connue. Les êtres vivent, se démènent, nous touchent dans leurs tentatives répétées de ne plus faire qu’un, juste un. Un enfant ? Un couple ? une oeuvre ? Chacun y mettra ce qu’il sentira, il y a la place, et la matière est riche. On peut cependant regretter que pour une création qui touche au sacré, au couple … et à la création elle-même, le rôle de la femme soit si limité en paroles et en actes, et la fin si chargée de soumission.

 

Ce bizarre et dérangeant parcours se termine au Glob par Farci.e de Soror Darabi  présenté sur la journée du samedi.

A l’année prochaine pour les prochaines rencontres de la forme courte en Aquitaine

 

 

Visuel : ©Pierre-Planchenault

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