Performance
« Ismène », Marianne Pousseur seule en scène pour le premier volet de la « Trilogie des éléments » à l’Athénée

« Ismène », Marianne Pousseur seule en scène pour le premier volet de la « Trilogie des éléments » à l’Athénée

05 mai 2017 | PAR Yaël Hirsch

Du 3 au 20 mai, la comédienne et chanteuse belge Marianne Pousseur met en scène et incarne la Trilogie des éléments du poète grec Yannis Ritsos (1909-1990). Premier volet de cette tragédie grecque revue à la page du 20e siècle, Ismène est la figure caduque de la mémoire. Marianne Pousseur l’incarne nue et chantante, au cœur d’une scénographie liquide étudiée où la lamentation empêche longtemps d’entrer dans le texte. 

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C’est donc dans la pénombre que commence le Lamento de cette Ismène, muse d’un poète emprisonné à répétition pour ses convictions politiques. La lumière blanche n’éclaire que le visage de Marianne Pousseur, seule en scène, et qui déclame. Elle chante, aussi, cet opéra pour voix seule inspiré au compositeur Asperghis par le poème de Ritsos. Le texte est en Français (sauf parfois répété en écho par des voix multiples et spatialisées en grec) et le chant est dans un grec difficile. Le tout forme un cri rauque, une mélopée de détresse où même en Français, on a du mal à entendre les mots de Ritsos. On entend à peine ce que dit la plainte de cette cadette d’Oedipe qui a vu son père se crever les yeux, ses frères s’entre-tuer, son oncle tuer sa sœur…

La scénographie avance, majestueuse, au fur et à mesure où la lumière révèle dans l’ombre la nudité de Marianne Pousseur, blanche et vulnérable derrière un grand sautoir de perles encore plus blanches. Au sol, des jets d’eau créent un espace qui reflète et on semble plus entrer dans un tableau vivant de Rembrandt avec une Suzanne flamande exposant sa nudité aux vieillards que nous sommes, que dans une réactivation pour notre siècle de la mythologie grecque. Et ce n’est qu’après une lutte allongée et violente contre des jets d’eau que le chant s’apaise et que l’on entend enfin le texte : dans un dernier quart d’heure où l’on réalise combien Ritsos ramène Ismène des temps immémoriaux vers nos jours sombres et avec quelle facilité on pourrait se l’approprier ou s’y identifier.

On sort du spectacle impressionné par la fougue et l’implication de l’actrice, par ses talents de chanteuses et sa prise de risque aussi. Mais l’on a aussi la frustrante impression d’être passé à côté d’un poème qu’on a envie d’aller  acheter – pour entendre les mots d’Ismène, sans le filtre d’une trop imposante totémisation

Ismène, de Yannis Ritsos, musique originale Georges Aperghis, conception Marianne Pousseur, Enrico Bagnoli, mise en scène, espace et lumières Enrico Bagnoli, avec Marianne Pousseur. Durée 1h.
Les deux autre spièces de la trilogie des éléments sont Ajax et Phèdre. Le pass pour les 3 pièces est à 60 euros.
visuel : Michel Boermans

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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