Performance
« Europeana » un spectacle du collectif Hubris mis en scène par Raouf Raïs

« Europeana » un spectacle du collectif Hubris mis en scène par Raouf Raïs

06 février 2014 | PAR Camille Lucile Clerchon

Jusqu’au 7 février 2014 à La Loge le Collectif Hubris présente Europeana, mis en scène par Raouf Raïs et interprété par Arthur Verret, d’après l’œuvre de Patrick Ourednik Europeana, une brève histoire du vingtième siècle, parue en 2001 et traduite du tchèque au français en 2004. Un plongeon libre dans notre passé pour mieux interroger notre avenir.
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Il se présente à nous, chargé d’un léger mais néanmoins conséquent bagage, rien de moins que le XXème siècle dans une mallette de cuir élimée.
Sur le plateau, un siècle d’histoire(s) eurocentrée(s) sont déversées. Un flot de parole qui révèle et questionne ce qui nous irrigue et ce qui nous éclabousse.
Il, c’est le narrateur qui donne corps à cette polyphonie discursive, finement interprétée par un Arthur Verret au sombre regard. Le svelte jeune homme nous suspend à ses lèvres tandis que s’énonce, sans chronologie, sans hiérarchisation, les évènements qui font du XXème siècle ce qu’il a été.
Un siècle synonyme d’espoir qui se révéla atroce et guerrier et qui nous est remis en mémoire par un passionnant procédé, empilant de manière faussement bordélique et distanciée toute une diversité de segments constitutifs du siècle passé, de l’invention du soutien gorge à Hiroshima, de la poupée Barbie aux tranchées de la première guerre mondiale.

La mise en scène ne manque pas d’en appeler à cette tendresse instinctive que nous avons pour le passé, ce goût pour le rétro et cet appétit de nostalgie.
Une petite scène mondiale se monte sur le plateau, de mini drapeaux américains et français sont brandis, Barbie ose prendre le dessus sur Ken et la mappemonde gonflable manque d’air.
Une scène mondiale donc, comme terrain de jeu d’un sale gosse angélique du XXIème siècle qui semble fouiller avec insolence dans son héritage.
Son ingénuité a le goût de la défiance, qu’ont fait nos aïeux des espoirs que nourrissait le vingtième siècle pour les générations précédentes ?

La pièce émeut car elle touche à une dimension existentielle sacrée, celle de l’héritage et de la filiation. Cette dimension est toute entière incarnée par l’interprétation subtile de l’acteur, toute en intériorisation mesurée, qui touche du doigt la texture de l’inconscient collectif. Le dispositif scénique semble se refermer autour du personnage, le public l’entourant sur trois pans de mur, n’offrent aucun échappatoire pour celui qui porte en lui le poids des désillusions, des horreurs et des barbaries du siècle passé.
2014 : Quelle sublimation possible à ce poids sur nos épaules ? Europeana nous a semblé n’en rien livrer. Est ce l’air du temps? L’actualité que l’on dit morose et la montée du fatalisme ? Et maintenant qu’est ce qu’on fait?
Continuer, comme si de rien n’était…
Fin de l’histoire, pourquoi pas, mais pas fin des espoirs.

Camille Lucile Clerchon

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