Opéra
Un « Castor & Pollux » qui décoiffe à l’Opéra de Lille

Un « Castor & Pollux » qui décoiffe à l’Opéra de Lille

20 octobre 2014 | PAR Audrey Chaix

2014, c’est l’année Rameau : le compositeur classique français, mort en 1764, est célébré en ce moment dans toute la France – tous les événements sont d’ailleurs répertoriés sur un site consacré à cette année de célébrations. L’Opéra de Lille entre dans la danse avec une mise en scène tout à fait originale de Castor & Pollux, la tragédie lyrique la plus forte du compositeur. Barrie Kosky a choisi la version de 1754, avec la bénédiction d’Emmanuelle Haïm, qui dirige le Concert d’Astrée pour l’occasion. Des choix de mise en scène audacieux et une musique sublimée par le talent des interprètes, aussi bien dans la fosse que sur le plateau : ce Castor & Pollux est un très bel hommage à Rameau. 

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L’histoire, c’est celle de deux frères jumeaux dont l’un est immortel, et l’autre pas. Si les deux aiment Télaïre, la jeune femme n’aime que Castor – alors qu’elle est promise à Pollux…  De son côté, Phébé, la sœur de Télaïre, est aussi éprise de Castor et se consume de jalousie. Pollux, par noblesse d’âme, cède la jeune Télaïre à son frère, qui est tué lors d’une bataille le jour de son mariage. Et tout cela arrive en à peine moins d’un quart d’heure au début de la pièce. C’est sportif. S’ensuit la descente aux enfers de Pollux pour aller y chercher son frère, ce qui signifie qu’il doit y prendre sa place… sans compter la clémence de Jupiter, qui fera des deux frères, deux étoiles, laissant la pauvre Télaïre seule sur terre alors que Phébé sombre dans la folie, puis dans la mort.

L’action se passe dans une boîte, dont les chanteurs entrent et sortent sans qu’on le perçoive : des plaques de bois montent et descendent du plafond de cette boîte pour dissimuler leurs va-et-vient hors scène, comme si le destin le posait et les enlevait sans qu’ils n’aient de contrôle sur leur trajectoire. L’entrée des enfers est signifiée par une sorte de terril dans lequel s’enfoncent les héros qui plongent dans les ténèbres, tandis que d’étranges créatures en émergent pour accompagner la descente de Pollux. Extrêmement inventif, Kosky fait feu de tout bois, et instille quelques instants de comédie dans cette tragédie. Sa vision radicale divise les avis à la sortie de la salle, mais elle a le grand mérite de proposer un parti pris qui impose la patte du metteur en scène. Nous, on a adoré.

L’espace est donc restreint, mais les chanteurs et le chœur l’occupent à merveille au fur à mesure que la pièce avance. Henk Neven campe un fier Pollux, excellent autant dans la voix que dans le jeu. Dommage que Castor / Pascal Charbonneau soit un peu plus faible, mais peut-être le trac de la première en était-il responsable Phébé, interprétée par Gaëlle Arquez, est aussi vénéneuse que séduisante, parfaite sorcière dévorée par la jalousie. Le quatrième coin de ce carré maudit est soutenu par Emmanuelle de Negri, qui campe une Télaïre entière, délaissée par les deux hommes qui l’ont aimée pour sombrer dans la folie alors que sa sœur gît à ses côtés. Trouvaille de mise en scène : pour signifier la transformation en constellation des frères, Kosky fait tomber deux fontaines de paillettes sur les chaussures abandonnées par les deux hommes. Hébétée, Télaïre se place sous la pluie d’étoiles, comme pour réclamer de rejoindre les cieux, elle aussi…

L’alchimie entre la vision originale de Kosky et la baguette magique d’Emmanuelle Haïm fonctionne à merveille, et ceux qui n’adhèrent pas à la mise en scène profitent de la grande maîtrise de la musique de Rameau par le Concert d’Astrée. Un bel hommage à Rameau que cette relecture qui rend limpide l’histoire de Castor & Pollux – pourtant parfois difficile à suivre !

Photos : © Simon Gosselin

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Audrey Chaix
Professionnelle de la communication, Audrey a fait des études d'anglais et de communication à la Sorbonne et au CELSA avant de partir vivre à Lille. Passionnée par le spectacle vivant, en particulier le théâtre, mais aussi la danse ou l'opéra, elle écume les salles de spectacle de part et d'autre de la frontière franco-belgo-britannique. @audreyvchaix photo : maxime dufour photographies.

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