Opéra

Tiefland d’Eugen d’Albert : Une belle redécouverte en ouverture de saison à Toulouse

Tiefland d’Eugen d’Albert : Une belle redécouverte en ouverture de saison à Toulouse

13 octobre 2017 | PAR La Rédaction

C’est avec une oeuvre vraisemblablement jamais jouée en France que le Théâtre du Capitole ouvre sa saison : Tiefland d’Eugen d’Albert. Mis en scène par Walter Sutcliffe, le spectacle est porté par un solide trio, qui assume l’héroïsme et l’endurance redoutables exigés par l’écriture vocale.

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Adaptant une pièce d’Àngel Guimerà, Terra baixa, Tiefland (qui n’est d’ailleurs rien d’autre que la traduction germanique du titre catalan), relate les conséquences inattendues d’un mariage arrangé : pour sortir d’une impasse financière, Sebastiano recherche une épouse bien dotée, mais doit éloigner Maria, qu’il a recueillie jeune et dont il a fait sa maîtresse, pour tromper les rumeurs. Il la destine alors au naïf Pedro, berger dans les hautes montagnes. Mais celui-ci ne se laissera pas être le jouet de ces calculs sordides, libérant également son épouse de l’emprise de son protecteur.
Pas plus que la musique, la scénographie ne cède à quelque folklorisme. Opposant la roche minérale des hauteurs et l’intérieur petit-bourgeois d’un village à l’esthétique vaguement est-allemande, le travail de Kaspar Glarner campe efficacement les situations, avec l’appui des lumières réglées par Bernd Purkrabek, modulant les intensités dramatiques.

Le triangle amoureux est incarné par des interprètes investis. Avec sa naïveté qui l’apparente un peu à Siegfried, Pedro résonne avec vaillance grâce à Nikolai Schukoff. Le ténor allemand ne se contente pas de la puissance et dessine, derrière l’apparente simplicité frustre du personnage, une évolution psychologique où dominent un idéal de l’amour et un honneur blessés. D’une naïveté passablement chevaleresque, cet homme de la solitude montagnarde gagne, comme dans les récits manichéens, la sympathie du public. On finit également par éprouver une authentique compassion pour la Marta de Meagan Miller. D’une facture assez germanique, sa voix condense admirablement la torture affective qui agite la jeune femme, et la solidité de son soprano soutient une belle intelligence expressive. Le méchant de l’histoire, Sebastiano, revient au vigoureux Markus Brück.
Le reste du plateau complète la galerie de portraits. On applaudira le paternel Tommaso, la sagesse du village, quand Orhan Yildiz fait exploser la jalousie de Moruccio. Anna Schoeck, Nuri, et Paul Kaufmann, Nando, dévoilent une plaisante fraîcheur juvénile. Jolana Slavikova, Sofia Pavone et Anna Destraël forment un divertissant trio de commères en herbe.

Outre le choeur préparé par Alfonso Caiani, c’est la direction de Claus Peter Flor qui retient l’attention. Habile à faire apprivoiser la partition par l’Orchestre national du Capitole, le chef allemand révèle les influences qui la nourrissent. On ne s’arrêtera pas sur l’évidente empreinte wagnérienne, pour mieux s’attarder sur l’héritage de la Bohême, plutôt qu’une discutable parenté avec le vérisme italien : Smetana et sa Fiancée vendue dans les ensembles festifs, et surtout Dvorák dans plus d’une inspiration mélodique. Ce n’est peut-être pas un hasard si Tiefland a été créé à Prague – en 1903…

Tiefland, Eugen d’Albert, mise en scène : Walter Sutcliffe, Théâtre du Capitole, Toulouse, du 29 septembre au 8 octobre 2017

Par Gilles Charlassier

Visuels : Patrice Nin

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