Opéra

« War Requiem » : Britten au-delà de la commémoration à Lyon

« War Requiem » : Britten au-delà de la commémoration à Lyon

13 octobre 2017 | PAR La Rédaction

A un an du centenaire de l’Armistice de 14-18, l’Opéra de Lyon ouvre sa saison avec le War Requiem de Britten. Mis en scène par Yoshi Oida, le spectacle, porté par des interprètes engagés, dépasse la simple illustration, sans chercher d’inutiles artifices conceptuels. Une rentrée réussie.

[rating=4.5]

Une heure dix-sept et quelques palabres introductifs successifs des représentants syndicaux et de la direction exposant au public les différents qui font peser une menace de grève sur la nouvelle production du War Requiem, dont la première au moins ressortira sauve : l’Opéra de Lyon ouvre sa saison sous le signe de la concentration émotionnelle avec un ouvrage que Britten avait composé pour la consécration de la cathédrale de Conventry en 1962, reconstruite après le bombardement allemand de 1940. Mêlant, au texte latin liturgique de la messe des morts, des poèmes (en anglais) de Wilfred Owen, mort au front à quelques jours de l’armistice du 11 novembre 1918, l’opus 66 du compositeur britannique n’a certes pas été imaginé pour des représentations scéniques. Pour autant, de par son livret hybride, l’oeuvre transgresse le clivage entre les répertoires lyriques et religieux, et Yoshi Oida sait habilement en tirer parti dans sa mise en scène.

L’intensité du recueillement résonne dès les premières notes, tandis que des casques de soldats sur des piquets habillent le plateau. Le rituel rend hommage aux « morts pour la patrie ». Mais le propos, au diapason de l’hymne pacifiste qu’est la pièce, ne verse jamais dans quelque « préférence nationale ». Tandis que, à l’image d’une partition où les grandes pages chorales alternent avec des soli intimistes, le deuil d’une veuve ou d’une mère éplorée s’inscrit au coeur de l’histoire des peuples, la réconciliation des nations prend le visage d’une procession de drapeaux qui recouvrent un à un le cercueil du soldat (inconnu?), telle une fraternisation des emblèmes patriotiques sur les cendres des combats. Et dans le puissant Libera me final, la toile vidéo en fond de scène aux reflets mordorés, entre métal et végétal, façonnés par les lumières de Lutz Deppe, s’emplit d’images de batailles, de tranchées et de cadavres, pour opérer, face à l’horreur de la guerre, une catharsis que relaient des chœurs d’écoliers emmenés par une religieuse. Mêlant l’émotion intime aux archétypes collectifs, le spectacle, ponctué par une gestuelle chorégraphique réglée par Maxine Brahan, révèle ainsi un équilibre sensible.

On saluera bien sûr l’engagement des chœurs préparés par Geneviève Ellis, ainsi que la Maîtrise de l’Opéra de Lyon. La retenue d’Ekaterina Scherbachenko instille une densité affective aux interventions d’une voix ample et nourrie qui n’épaissit pas inutilement le trait. Le solide baryton Lauri Vasar répond à l’intelligence du texte de Paul Groves, lequel compense alors une altération des ans perceptible dans les aigus. Quant à la lecture du nouveau directeur musical de la maison, Daniele Rustioni, elle met en évidente l’originalité d’une écriture qui ne renie pas ses influences, mozartiennes dans le Lacrimosa, ou berlioziennes avec le Libera me. Un moment fort de la rentrée musicale.

Par Gilles Charlassier

War Requiem, Britten, mise en scène : Yoshi Oida, Lyon, du 9 au 21 octobre 2017
visuels : © Corentin Fohlen

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Elodie Martinez
Après une Licence de Lettres Classiques et un Master en Lettres Modernes, Elodie découvre presque par hasard l'univers lyrique et a la chance d'intégrer en tant que figurante la production du Messie à l'Opéra de Lyon en décembre 2012. Elle débute également une thèse (qu'elle compte bien finir) sur Médée dans les arts en France aux XVIIe et XVIIIe siècles, puis, en parallèle d'un stage dans l'édition à Paris, elle découvre l'univers de la rédaction web et intègre l'équipe de Toute la culture où elle participe principalement aux pages d'opéra, de musique classique et de théâtre. Elle a aussi chroniqué un petit nombre de livres et poursuit l'aventure une fois rentrée sur Lyon. Malheureusement, son parcours professionnel la force à se restreindre et à abandonner les pages de théâtre. Aujourd'hui, elle est chargée de projets junior pour un site concurrent axé sur l'opéra, mais elle reste attachée à Toute la culture et continue d'être en charge de l'agenda classique ainsi que de contribuer, à moindre échelle, à la rédaction des chroniques d'opéra.

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