Opéra

Semiramide au Metropolitan Opera de New-York, décevante tragédie

Semiramide au Metropolitan Opera de New-York, décevante tragédie

06 mars 2018 | PAR La Rédaction

Salle comble au Métropolitan Opéra, rouge et doré aux motifs abstraits, mêlant baroque et modernité, qui présente en ce moment et ce, jusqu’au 17 mars 2018, la légende de Semiramis, la reine du poison, de Rossini (représentation filmée). Un opéra en deux actes, s’étendant sur trois heures, dans une mise en scène de John Copley.

Par Zacharie Petit

L’empire assyrien a besoin d’un nouveau roi depuis la mort du demi-dieu Ninus. Semiramide (Angela Meade), qui règne sur Babylone, dont elle a fait construire les jardins suspendus, a le choix, pour sa fille Azema, entre le roi Assur (Ildar Abdrazakov) avec qui elle a assassiné Ninus et I’indien Idreno (Robert McPherson remplaçant ce soir Javier Camarena). Azema, comme sa mère, est amoureuse du guerrier Arsace (Elizabeth DeShong), qui l’aime en retour. Arsace, est convoqué à Babylone par Semiramide, qui le proclame roi et le demande en mariage. Il apprend alors par le grand prêtre Oroe (Ryan Speedo Green), qu’il est le fils de Ninus et de cette dernière, et que son vrai nom n’est pas Arsace mais Ninia, prince de Babylone et héritier légitime du trône.

Dès 19h30, on entend l’orchestre s’accorder sur le premier hautbois. Les instruments apparaissent pour saluer, suivis du chef d’orchestre (Maurizio Benini) sous les applaudissements. L’ouverture est somptueuse, théâtrale, comme souvent chez Rossini, et bien conduite par Benini qui se retourne vers le public une fois ce premier morceau terminé et reçoit des acclamations bien méritées. La musique, ce soir, est parfaite. La première scène, dans son décor babylonien quelque peu délabré, installe toute de suite l’ambiance mésopotamienne. Les costumes sont à faire pâlir les meilleurs films d’époque. Les lignes entremêlées d’Oroe, Idreno et Assur, jusqu’à l’arrivée triomphale de Semiramide, pièce maîtresse de cette représentation, dégagent une beauté mystique. Et pour cause, Semiramide (Angela Maede) nous régale de sa voix royale pendant trois heures.

L’autre point fort vocal de cette pièce est bien entendu l’interprète d’Arsace, Elisabeth DeShong, qui, dès son entrée démontre une grande virtuosité et une présence acoustique qui force l’admiration. Chacune de ses apparitions récolte une ovation. Elle est une des seules à véritablement interpréter son rôle, les autres chanteurs étant bien trop statufiés.

Bien que ces deux cantatrices phénoménales nous aient ravis, que les costumes soient d’un faste exceptionnel, que la scénographie soit magique et que musicalement il n’y ait rien à redire, au contraire, c’est la direction d’acteur qui est quasi inexistante: il n’y a presque pas de jeu. L’exemple le plus flagrant de ce défaut majeur étant la seconde scène entre Idreno et Azema, d’un ennui mortel, manquant d’endormir le public. A l’entracte, ça critique. Au coucher de rideau, et avant-même le début des saluts, la moitié de la salle a déserté tandis que l’autre applaudit poliment.

Si l’opéra se résumait à de la musique et des voix, des costumes et des décors, cette version de Rossini aurait été mémorable. Mais l’opéra est une forme d’art totale, incluant à sa racine le théâtre, ici quasi-inexistant. Comment, en effet, être touché par deux heures de statues chantantes? La virtuosité d’un chanteur ou d’une cantatrice se juge également à sa capacité à jouer un rôle. Copley l’a sans doute oublié, faisant se succéder des tableaux, plutôt qu’une chorégraphie dynamique. Pas même un semblant de danse.

En résumé, les visiteurs new-yorkais des prochaines semaines apprécieront la musique et la performance de ces deux divas à couper le souffle, mais la frustration du jeu ne pourra pas s’effacer.

Semiramide de Rossini, mis en scène par John Copley
Avec Angela Meade, Elizabeth DeShong, Ildar Abdrazakov, Javier Camarena, Ryan Speedo Green
3h

Jusqu’au 17 mars au  Metropolitan Opera de New-York

Visuel : ©metopera

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La Rédaction

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