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Rusalka: envoûtante et sensible sirène à l’opéra Bastille

Rusalka: envoûtante et sensible sirène à l’opéra Bastille

09 avril 2015 | PAR Marie Charlotte Mallard

Ce vendredi Rusalka mise en scène par Robert Carsen revenait sur les planches de l’opéra Bastille. Produite en 2002 elle était en effet déjà revenue à Paris en 2008. Décors épuré, et raffiné, symétrie des tableaux et jeux de reflet faisaient presque un conte féerique  de ce drame lyrique de Dvorak.

Inspiré des légendes d’Ondines, créatures aquatiques, génies de l’eau de la mythologie germanique, Rusalka conte l’histoire d’une sirène qui va renoncer, par amour pour un prince humain et avec l’aide de la sorcière Jezibaba, au royaume de l’eau ainsi qu’à sa voix pour aller le retrouver. Si l’amour n’est pas partagé, la belle se verra éternellement damnée. Tout d’abord, séduit, voire envoûté par Rusalka,  le prince se lasse de son silence et de fait de sa froideur. Aussi, se laissera-t-il tenter par une fougueuse et chaleureuse princesse étrangère. Trahie, Rusalka affronte alors les siens et paye le prix de son exploration terrestre et sentimentale. Néanmoins le prince accablé de remords, cherche à la retrouver par tous les moyens. Alors qu’il la rejoint enfin, lui réclame son amour, Rusalka lui avoue qu’un baiser lui donnerai la mort. La douleur de vivre sans elle est bien trop forte, le prince choisi de mourir dans une dernière étreinte. Si l’histoire vous dit quelque chose, c’est sans doute parce qu’elle fut reprise par les frères Andersen, puis Disney, la fin tragique en moins.

Le rideau se lève sur un décor où règnent parallélismes et jeux de miroirs, une caractéristique présente dans chacun des actes et changements de décors. Sur la scène un petit bassin autour duquel dorment quatre ondines. Pour signifier le monde de l’eau et le monde terrestre, Carsen joue sur la symétrie horizontale. Ainsi une chambre à coucher suspendue se reflète dans l’eau et apparaît également retournée. La fracture entre les deux mondes de la sorte personnifiée, tend à rendre d’autant plus inaccessible le rêve de Rusalka.

Un tableau charmant, qui causera néanmoins l’interruption du premier acte à quelques minutes de la fin. En effet, alors que Rusalka rejoint Jezibaba dans son antre pour prendre sa potion, le décor inversé disparaît pour laisser place à la chambre à l’endroit. Malheureusement, à la descente le décors se bloque. Un incident laissant une Rusalka bien en peine, face à cette terre demeurant inaccessible alors même qu’elle venait de la conquérir. Le rideau tombe et l’orchestre s’éteint tout doucement, les lumières se rallument faiblement. Le public s’interroge, certains croient même le temps de l’entracte venu, jusqu’à l’annonce d’une interruption momentanée. Une petite dizaine de minutes plus tard, le spectacle reprend presque comme si de rien était. Après le premier acte, on admire la richesse du timbre clair et lumineux de Svetlana Aksenova, autant que son jeu particulièrement sensible et émotif. Pavel Cernock campe, tel un héros de conte de fée des années 2000, un prince BCBG. Si l’on apprécie l’éclat brillant de sa voix, on regrette néanmoins qu’il manque parfois de puissance. Le rôle de Jezibaba colle parfaitement quant à lui au remarquable et impressionnant timbre grave de Larissa Diadkova.

Au deuxième acte Carsen joue cette fois sur la symétrie verticale pour signifier le schisme persistant entre les deux amoureux. D’un côté le monde du prince, sonore, de l’autre celui de la princesse, muet. Le metteur en scène aime jouer sur les oppositions et l’on retrouve également celle-ci dans les costumes. Ainsi la clarté et la blancheur des robes de princesses embrassent l’obscurité des smokings princiers. Une sobre opposition que l’on retrouve également dans sa version de La flûte enchanté, actuellement de retour à l’affiche. Cet acte du silence, nous laisse de fait largement entendre la partition de même que la finesse et la subtilité de la direction de Jakub Hrusa. Le second acte nous permet de découvrir de nouvelles voix, dont celle colorée et vivante d’Alisa Kolosova en princesse tentatrice. On appréciera en outre les sublimes chorégraphies de Philippe Giraudeau et notamment l’envoûtant et hypnotisant bal où se multipliaient les couples de princes et de princesses.

Au troisième acte Carsen usera cette fois de la superposition grâce à la projection vidéo pour opposer les limbes d’une Rusalka damnée, au lit du prince qu’occupe la princesse. Ce dernier acte  mettra particulièrement en avant le dramatisme de Svetlana Askenova, et l’on se ravira d’entendre une nouvelle fois la puissante voix de basse de Dimitry Ivashchenko, Ondin noble et charismatique. Le retour du prince sera un moment extrêmement solennel et profond.

Aussi, portée par une distribution engagée et emphatique la Rusalka de Robert Carsen nous accroche donc de bout en bout, notamment par la sobriété, l’inventivité des décors, les jeux de lumières et de reflets, qui pour un peu nous donnait l’impression d’être dans un conte de fée.

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Géraldine Bretault
Diplômée de l'École du Louvre en histoire de l'art et en muséologie, Géraldine Bretault est conférencière, créatrice et traductrice de contenus culturels. Elle a notamment collaboré avec des institutions culturelles (ICOM, INHA), des musées et des revues d'art et de design. Membre de l'Association des traducteurs littéraires de France, elle a obtenu la certification de l'Ecole de Traduction Littéraire en 2020. Géraldine a rejoint l'aventure de Toute La Culture en 2011, dans les rubriques Danse, Expos et Littérature. Elle a par ailleurs séjourné à Milan (2000) et à New York (2001, 2009-2011), où elle a travaillé en tant que docent au Museum of Arts and Design et au New Museum of Contemporary Art. www.slowculture.fr

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