Opéra

La flûte enchantée: obscure fraîcheur et tendre intimité !

La flûte enchantée: obscure fraîcheur et tendre intimité !

13 mars 2014 | PAR Marie Charlotte Mallard

La Flûte Enchantée, œuvre incontournable du répertoire et par conséquent production toujours très attendue par les spectateurs de l’opéra débutait mardi soir à Bastille dans une mise en scène de Robert Carsen. Sombre et lumineuse, jouissant d’une excellente distribution, l’œuvre remporte l’adhésion du public, un succès. 

[rating=4]

Le rideau s’ouvre sur une charmante, verdoyante et édénique forêt au milieu de laquelle trône néanmoins une tombe d’où sortira Tamino. Ainsi dès les premières minutes l’image de la vie et de la mort se côtoient, une antithèse qui sera le fil rouge de la mise en scène. Les tombes se multiplieront à l’acte I, au nombre de trois pour chacun des principaux personnages (Tamino, Pamina et Papageno), tandis que les cercueils peupleront la scène à l’acte II, sans jamais toutefois faire tomber le spectacle dans le funèbre. Pour un peu, Robert Carsen nous paraîtrait presque jouer ici dans l’univers de Tim Burton et de ces Noces Funèbres, d’autant plus lorsqu’apparaitra la squelettique Papagena !

Dans ce flirt avec le trépas, le metteur en scène oppose ainsi les décors des deux actes, d’un côté l’air libre, la vie, de l’autre de sombres catacombes.  De même il jouera avec les costumes,  le blanc virginal de la jeunesse, de l’avenir que représentent les deux jeunes amants, Tamino et Pamina, le noir de deuil que portent la Reine de la Nuit, ses dames, Sarastro et ses sbires aux visages également couverts d’un voile noir. Après l’initiation finale, le passage à l’age adulte des deux amants, l’ensemble du plateau affichera un blanc éclatant, rayonnant et brillant qui éblouira et attendrira le spectateur. Carsen ne s’aventure pas à faire de relecture et livre même une version très littérale. Derrière l’idée de la mort siège en fait celle de la renaissance, de la vie, tout aussi présente et lumineuse sur la scène, par la joie insolente du bon vivant Papageno, par l’amour de Tamino et Pamina. Toutefois, il signe une mise en scène élégante et ingénieuse, s’emparant de l’immensité de la scène de Bastille. Ainsi, il joue sans cesse sur la profondeur et les perspectives, superposant adroitement les tableaux, proposant une forêt ou défilent les quatre saisons au rythme du discours et de l’amour. Malgré l’immensité de la salle il réussit le pari de permettre au spectateur de plonger tout entier dans le spectacle et de trouver une véritable intimité, faisant à plusieurs reprises entrer les personnages par la salle. L’arrivée de Papageno surprendra d’autant plus que la salle tout entière s’éclairera.  

Côté distribution, Pavol Breslik est un fin, subtil et charmant Tamino à la voix à la fois claire et vigoureuse. Julia Kleiter est une sublime  Pamina au timbre pur et rayonnant gorgé de sensibilité. On attendait évidemment beaucoup de Sabine Devieilhe en Reine de la Nuit. Elle séduit incontestablement au premier acte, aérienne, fluide, légère, sûre dans des aigus étincelants, mais déçoit quelque peu au second et notamment dans l’air de la reine de la nuit. L’immensité de Bastille implique une grande projection, Sabine Devieilhe force pour plus de puissance et passe de justesse et non sans petites faussetés les célèbres vocalises. Daniel Schmutzhard sublime le personnage de Papageno facétieux et impulsif à souhait il remporte l’adhésion totale de la salle. Quant à Sarastro, la profondeur de la voix de Franz-Josef Selig, ne pouvait que mieux l’incarner. Philippe Jordan dirige un orchestre clair, sonore, bien qu’il nous ait à l’ouverture fait quelques frayeurs, nous semblant replié sur lui- même dans la fosse. La direction est élancée, vigoureuse et ténue prenant le parti de vif tempi. Toutefois, portant une attention particulière aux chanteurs, on notera parfois un peu trop de retenue, quelques moments de flottements et de dramatisations un peu trop poussés qui ennuieront rapidement.

In fine, une mise en scène honnête et efficace, un casting talentueux et harmonieux, quoi de plus pour séduire, ravir et divertir, en somme une belle et ravissante soirée !

Visuels: ©Opéra national de Paris/Agathe Poupeney.

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Géraldine Bretault
Diplômée de l'École du Louvre en histoire de l'art et en muséologie, Géraldine Bretault est conférencière, traductrice et rédactrice dans le secteur culturel, collaboratrice régulière de l'ICOM, des Rencontres d'Arles, de la revue de design Etapes. Membre de l'Association des traducteurs littéraires de France et du Syndicat de la critique de théâtre, musique et danse, elle a rejoint l'aventure de Toute La Culture en 2011, autour des rubriques Danse, Expos et Littérature. Elle a par ailleurs séjourné à Milan (2000) et à New York (2001, 2009-2011), où elle officiait en tant que Docent au Museum of Arts and Design et au New Museum of Contemporary Art.

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