Opéra

Le Nain en version réduite à Rennes

Le Nain en version réduite à Rennes

29 mars 2018 | PAR Gilles Charlassier

Présentée à l’automne dernier à Lille, la production du Nain de Zemlinsky réglée par Daniel Jeanneteau arrive à Rennes avec le printemps.

[rating=3]

Il faudra un jour intégrer les fouilles à l’entrée des théâtres dans l’évaluation globale de l’expérience du spectateur. Et sur ce critère, l’Opéra de Rennes se situe certaines dans le haut du palmarès. Les mesures de vigilance, hautement légitimes en ces temps troublés où l’on ne se sent plus en sécurité nulle part, peuvent aller jusqu’à la palpation appuyée d’effets personnels que la curiosité ne suffit pas à évaluer. C’est ainsi qu’une tablette dans un sac en toile avec un oreiller pour le confort du convoi ferroviaire devient un objet suspect dont il faut battre vigoureusement les flancs pour s’assurer qu’il ne s’agit pas d’arme dans le contexte de bêtise massive. On découvre alors avec une agréable surprise au retour que l’appareil n’a que très modérément apprécié cette entrée en matière, et s’obstine désormais à ne plus marcher, gardant dans un trou noir définitif les fichiers temporaires que vous y aviez enregistrés avant de les transférer sur un support plus pérenne. Le verdict du constructeur, même sous garantie, sera lui sans appel.
Sans appel aussi est le destin du héros éponyme de l’opéra en un acte de Zemlinsky, Le Nain, qui persiste à croire en l’amour de l’Infante malgré sa laideur cruellement indéfendable. La scénographie économe de Daniel Jeanneteau oppose, avec la complicité des costumes d’Olga Karpinsky, l’élégance stylisée intemporelle de la cour d’Espagne, entre les demoiselles en blanc aristocratique et la servitude en noir, des caméristes au chambellan, à la défroque contemporaine du Nain, en jean et baskets. L’irréductible contraste en la beauté juvénile et la laideur pas plus âgée, entre les privilégiés et le jouet, fait ressortir la coloration socio-politique implicite dans le livret, sans altérer la plasticité du résultat, à l’aune de laquelle se mesure le travail du metteur en scène français. La révélation de la tragique laideur du nabot se fera devant un immense miroir reflétant la salle, et écrasant tout espoir pour le personnage. Les lumières de Marie-Christine Soma modulent habilement l’intensité pour esquisser une poétique des ombres et des formes qui soutient les qualités visuelles du spectacle dans lesquelles se condensent toutes ses intentions.
Dans le rôle-titre, Mathias Vidas affirme un engagement admirable, magnifié par la lisibilité de sa diction, et qui fait oublier les difficultés d’une partition exigeante. Jennifer Courcier incarne une Infante placide et bien tenue. Julie Robard-Gendre séduit en Ghita homogène, comme le solide Don Estoban de Christian Helmer. Laura Holm, Marielou Jacquard et Fiona Mc Gown forment un appréciable trio de femmes de chambres, quand le choeur des huit compagnes de l’Infante se révèle également honnête. Troquant son ensemble Ictus, à Lille, pour les plus locaux musiciens de l’Orchestre Symphonique de Bretagne, Franck Ollu fait ressortir les saveurs plus chambristes de la réduction réalisée par Jan-Benjamin Homolka en 2014 afin d’adapter une instrumentation foisonnante de près de cent pupitres à des fosses et des moyens plus modestes et participer de la promotion d’une pièce trop rare en France.

Gilles Charlassier

Le Nain, Zemlinsky, mise en scène : Daniel Jeanneteau, Opéra de Rennes, du 25 mars au 29 mars 2018

© Frédéric Iovino – Opéra de Lille

Infos pratiques

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Elodie Martinez
Après une Licence de Lettres Classiques et un Master en Lettres Modernes, Elodie découvre presque par hasard l'univers lyrique et a la chance d'intégrer en tant que figurante la production du Messie à l'Opéra de Lyon en décembre 2012. Elle débute également une thèse (qu'elle compte bien finir) sur Médée dans les arts en France aux XVIIe et XVIIIe siècles, puis, en parallèle d'un stage dans l'édition à Paris, elle découvre l'univers de la rédaction web et intègre l'équipe de Toute la culture où elle participe principalement aux pages d'opéra, de musique classique et de théâtre. Elle a aussi chroniqué un petit nombre de livres et poursuit l'aventure une fois rentrée sur Lyon. Malheureusement, son parcours professionnel la force à se restreindre et à abandonner les pages de théâtre. Aujourd'hui, elle est chargée de projets junior pour un site concurrent axé sur l'opéra, mais elle reste attachée à Toute la culture et continue d'être en charge de l'agenda classique ainsi que de contribuer, à moindre échelle, à la rédaction des chroniques d'opéra.

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