Opéra
Le Faust de Schumann : un trésor caché dirigé par Philippe Herreweghe à l’Opéra Ballet de Flandres

Le Faust de Schumann : un trésor caché dirigé par Philippe Herreweghe à l’Opéra Ballet de Flandres

23 juin 2022 | PAR Yaël Hirsch

L’Opéra Ballet de Flandres programme en cette fin de saison 21/22 une pièce trop peu connue du répertoire romantique : le Faust de Robert Schumann, qui est un oratorio à partir de l’oeuvre mythique de Goethe. Cette version flamande est dirigée par l’extraordinaire Philippe Herreweghe, avec des vidéos du plasticien allemand Julian Rosefeldt. 

La rédemption de Faust 

Composées entre 1844 et 1853, les Scènes de la vie de Faust de Robert Schumann puisent dans la pièce de Goethe et l’histoire du pacte avec le diable du Dr Faust avec Mephisto, pour proposer en 7 tableaux un oratorio d’autant plus habité par la religion. Considérée comme le sommet de la musique théâtrale de Schumann, la pièce développe des extraits du texte de Goethe pour les étirer en 7 tableaux qui s’intéressent finalement plus à la rédemption de Faust qu’au pacte terrible qu’il accepte de signer. La chute est courte, la rédemption s’étire, d’autant plus qu’entre chaque tableau, l’orchestre prend majestueusement son temps. L’effet est profondément spirituel, comme si cet oratorio à thème profane était plus profondément chrétien que ceux qui puisent leurs racines dans la Bible. Bon, l’on regrette un peu la taverne,  les racines picaresques et tout le trouble que peut procurer le texte de Goethe une fois privé de toute l’ambivalence et toute la boue de l’âme humaine, mais c’est objectivement beau, apaisant, sacré, et le final qui reprend la citation célèbre « L’éternel féminin nous attire vers le haut » est une véritable transfiguration.

Un beau moment de musique 

Dirigé par Philippe Herreweghe, l’Orchestre de l’Opéra des Flandres donne à entendre une oeuvre complexe, intense, qui pointe à la fois vers Bach et Mendelssohn, qui permet de découvrir des voix superbes notamment Eleanor Lyons en Margarete, si puissante qu’à côté, Rafael Fingerlos en Faust semble effacé. Lore Binon en pécheresse et Sam Carl en Mephisto sont aussi marquants. Mais les véritables stars de l’oratorio sont les choeurs. Il n’y en a pas moins de trois sur scène : le choeur de l’Opéra, le Collegium Vocale Gent de Herreweghe et aussi le choeur d’enfants de l’Opéra, qui est saisissant. 

Des images,  mais pas de mise en scène 

La musique, tantôt bucolique, tantôt plus solennelle, déroule les scènes de Faust pendant deux heures d’une très grande spiritualité. On aurait pu s’en tenir là. L’Opéra Ballet des Flandres est allé plus loin et a fait la proposition d’un univers visuel autour de l’oeuvre : elle a confié les mouvements des choeurs à la chorégraphe Femke Gyselinck qui a travaillé 8 ans avec Anne Teresa De Keersmaeker, et au centre sur un grand écran, la vidéo a été donnée au plasticien allemand Julian Rosefeldt. Certaines images sont belles, notamment les vidéos de la seconde moitié de la représentation, qui rapportent au ralenti les visages et les corps de jeunes en extase lors d’une rave party en sous-bois. Mais d’autres sont plus banales (le soleil qui irradie, le sable du désert …) et même si c’est beau on ne comprend pas bien le lien à Goethe et Faust auquel Schumann s’identifiait dans sa quête d’absolu. Quant aux masses des corps et visages chantants sur scène, la chorégraphe ne parvient pas à leur faire exprimer quoi que ce soit. Le parti pris du cours de sport, du jogging comme uniforme et des changements de vêtements sur portiques apparents n’apportent rien. C’est finalement assis sagement sous l’écran que les corps font masse et parviennent exprimer un certain sacré de l’humanité. Si le projet était de proposer un univers visuel comme écrin à Faust, il manque certainement quelqu’un qui fasse le lien entre les corps et l’écran. Restent la vidéo, une jolie idée de rideau rouge pour les envelopper aux 2/3 et un salut devant miroir tout à fait élégant.

Faust est donc à découvrir pour ses choeurs et sa musique, quitte à se laisser bercer par la lumière d’une vidéo qui tente de ramener le pacte avec le diable vers notre 21e siècle plus spirituel qu’il n’y paraît. A voir à Anvers, donc jusqu’au 2 juillet. Réservations ici.

visuel(c) Annemie Augustijns / Opera Ballet Vlaandern

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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