Opéra

Une jeune et joyeuse bande de Figaro débarque sur la scène du Théâtre des Champs-Elysées

Une jeune et joyeuse bande de Figaro débarque sur la scène du Théâtre des Champs-Elysées

11 décembre 2017 | PAR Victoria Okada

Pour cette nouvelle production du Barbier de Séville, le Théâtre des Champs-Elysées propose deux distributions parallèles, la deuxième mettant en lumière des jeunes chanteurs au début de la carrière. Et la formule fonctionne à merveille.

Dès l’ouverture, on sent que quelque chose va se passer dans les deux heures trente qui vont suivre. L’orchestre Le Cercle de l’Harmonie est très enlevé, plus pétillant que jamais, avec des accents nets maquant certaines notes et phrases, sans toutefois jamais négliger la fluidité. Et il continue d’impressionner tout au long de l’opéra. La lecture de Jérémie Rhorer donne la sensation de toute une fraîcheur, voire de la redécouverte de la partition, d’autant que le pianoforte apporte une sonorité consistante aux récitatifs et que le guitare sur scène, jouant par moment du fandango en accompagnant la Sérénade du conte, rend la musique plus piquante.
Au lever du rideau, de gigantesques feuilles de musique occupent entièrement la scène. Première réaction : encore des décors abstraits où il faut recomposer la scène dans la tête ! Mais il n’en est rien. Les mouvements des personnages dans l’espace sont si bien réglés qu’on oublie vite cette abstraction et prend plaisir du déploiement spatial. Les soldats qui brandissent des pupitres au lieu de fusils ou d’épées, une chambre faite d’une partition de l’air « La précaution inutile », des notes de musiques noires tombant en guise de pluie dans la scène de l’orage, et Figaro tatoué sur les bras et chaussés de bottes de vigile (car il surveille tout ce qui se passe dans la ville ?) et d’une queue-de-pie sans manche… L’univers de Laurent Pelly, débordant toujours de nouvelles fantaisies, est noir et blanc, mais adouci par le ton ivoire du papier à musique. Il est infiniment poétique, et incarne de toute évidence la musique dont l’œuvre ne cesse de parler.
Pablo Ruiz et Alix Le Saux, dans les rôles du vieux tuteur et de la jeune femme malicieuse, forme un tandem délicieux. La personnalisation de Bartolo par le baryton, grâce à une excellente diction doublé d’un jeu naturel d’acteur, ne déplore un seul moment creux. Il est si à l’aise sur scène qu’on croirait un véritable « vieux » chanteur chevronné parmi les jeunes… Quant à la mezzo-soprano, dans une vocalité agile comme un oiseau mais solide comme un bloc de béton, elle est Rosine avec tous les caractères qui impliquent le rôle. Elle satisfait le désir d’un public averti et exigeant d’entendre les vocalises parfaitement rodées et nuancées. Guillaume Andrieux, en Figaro, est, malgré quelque manque d’intonation dans l’italien, fait amuser la salle sur tous les points. Son timbre clair et solaire et sa présence scénique marquent ainsi l’esprit. Le ténor Elgan Llyr Thomas prend à cœur la partition du comte Almaviva jusqu’à assumer totalement l’air « Cessa di più resistere ». Si, ce jour-là, sa capacité semble être encore réservée au début, son instrument devient bien huilé à la fin où il met la salle en liesse avec son solo. La mezzo-soprano Eléonore Pancrasi profite pleinement du seul chant du personnage, « Il vecchiotto cerca moglie », pour en faire une démonstration de son art, et c’est trop dommage de n’avoir que cette occasion pour entendre son déjà riche savoir-faire. Guilhem Worms, une étoile montante bien connue des amoureux de nouveaux talents, enchante les spectateurs avec sa voix de basse-baryton d’une rare subtilité, mais aussi avec sa silhouette longiligne qui convient parfaitement à l’image collective de Basilio, personnage renforcé par ses expressions physionomiques soigneusement étudiés.
Cette double distribution, jalousement construite et superbement mise en place, fera sans doute un modèle dont l’idée sera suivie, espérons-le, par nombre d’autres productions et institutions.

Il Barbier du Siviglia, opéra en deux actes de Gioachino Rossini
Livret de Cesare Sterbini, d’après la comédie de Beaumarchais
Jérémie Rhorer direction
Laurent Pelly mise en scène, scénographie, costumes
Cléo Laigret scénographe associé
Jean-Jacques Delmotte costumier associé
Joël Adam lumières

Distribution II « Jeunes talents »
Elgan Llyr Thomas Il Conte Almaviva
Guillaume Andrieux Figaro
Alix Le Saux Rosina
Pablo Ruiz Bartolo
Guilhem Worms Basilio
Eléonore Pancrazi Berta
Louis de Lavignère Fiorello
Le Cercle de l’Harmonie
Chœur Unikanti direction Gaël Darchen

Distribution II : 11 et 14 décembre.
Distribution I, avec notamment Florian Sempey en Figaro : 10, 13, 16 décembre.
Retransmission en directe sur le site Arte Concert le samedi 16 décembre, sur l’antenne le vendredi 29 décembre. Retransmission radiophonique sur France Musique le dimanche 31 décembre à 20h.
Renseignement et réservation : http://www.theatrechampselysees.fr ; 01 49 52 50 50

Visuels © Vincent Pontet

Infos pratiques

Théatre Gérard Philipe
Comédie saint michel
theatre_des_champs-elysees

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