Opéra
Jésus Figueiredo : « Le répertoire de l’Opéra de Rio est essentiellement italien, brésilien et français »

Jésus Figueiredo : « Le répertoire de l’Opéra de Rio est essentiellement italien, brésilien et français »

28 février 2022 | PAR Paul Fourier

Jésus Figueiredo est Chef des chœurs à l’Opéra de Rio de Janeiro. En décembre dernier, après une visite du bâtiment, nous avions eu l’occasion de l’interviewer. Il nous a parlé de la situation de l’art lyrique à Rio et d’une réalité bien différente de celle que nous connaissons en Europe.

Bonjour Jésus, vous êtes Chef de chœur du Theatro Municipal de Rio (Opéra de Rio). Quelles sont vos autres fonctions ?

Je suis également Président de l’Association de chant choral de Rio et, par ailleurs, j‘ai également été invité à diriger l’orchestre pour des concerts et des musiques des ballets au Theatro Municipal.

De quand date le Theatro Municipal et quelle est sa capacité ?

Le Théâtre a ouvert en 1909. Il y a environ 2 300 sièges.

Globalement quel est le public du Theatro ?

Il existe vraiment un public ouvert à l’art lyrique. Le problème, c’est la communication et la diffusion de l’information sur les spectacles. En effet, le budget communication est insuffisant et le public n’est pas forcément suffisamment informé de ce qui se passe au Theatro, ce qui se ressent forcément, sur le remplissage de la salle.

En ce mois de décembre, à Rio, c’est l’été. Normalement, la saison s’étale de quelle date à quelle date ?

La saison débute en mars et se termine en décembre. Janvier et février sont, ici, des mois de vacances. En février, lorsque la saison sera confirmée, nous commencerons à travailler avec le chœur, le ballet puis avec l’orchestre. Et, retravailler enfin, va être un plaisir. Les artistes ont besoin de la scène, du public. Oui, nous avons vraiment besoin de travailler !

Comment se sont déroulées les dernières saisons ?

Durant la pandémie, il y a eu des représentations de spectacles, sans public, en streaming. La saison dernière, nous avons, tout de même, pu en donner quelques-unes avec public, notamment des représentations de ballets sans orchestre, ou d’orchestre sans chœur… Mais c’était de petits ensembles.

Normalement, combien de titres d’opéras sont-ils présentés pendant une saison ?

En temps « normal », il y a quatre opéras et quatre ballets, plus des concerts avec l’orchestre ou le chœur. C’est bien sûr un rythme de production inférieur à ce qui se fait dans les théâtres européens.

Lorsque l’on regarde les saisons précédentes, sont présents des compositeurs sud-américains que l’on n’entend pas en Europe et des opéras français tels Faust et Les Contes d’Hoffmann. Comment s’élaborent les choix de programmation ?

La préparation de saison (opéras et ballets) est réalisée par le Directeur artistique. Cette année, il se trouve qu’il vient de partir à la retraite (il était Directeur artistique et aussi le chef d’orchestre attitré) et que nous attendons son successeur. Normalement, le répertoire le plus programmé est l’opéra italien, suivi par l’opéra français et aussi, par des opéras brésiliens du XIXe siècle. Le compositeur brésilien que nous présentons le plus est Carlos Gomes, car il est le compositeur le plus important du pays. Il y a, par ailleurs, très peu d’opéras allemands, tchèques, russes…

À l’affiche des dernières saisons, j’ai surtout vu de l’opéra français. Pouvez-vous me donner quelques titres italiens donnés lors des dernières saisons ?

Ces dernières années il y a eu Don Pasquale, Un Ballo in maschera, Aïda, Tosca, La Bohème, Norma. Mais vous avez raison, ces dernières saisons, nous avons peu donné d’opéras italiens.

Dans quelles circonstances la troupe de l’Opéra de Rio s’est-elle constituée ?

Les groupes d’artistes de l’Opéra de Rio ont été mis en place dans les années 1930 sur la base des compagnies espagnoles, italiennes qui venaient ici, en tournées, commençant au Teatro Amazonas de Manaus en Amazonie, à Belem, descendant à Rio, Sao Paulo puis Montevideo et Buenos Aires.
Ce qui s’est passé, c’est qu’un certain nombre se sont arrêtés à Rio et Sao Paulo et n’ont pas continué leurs périples (rires). Ils ont donc progressivement formé le corps d’artistes du Teatro Municipal, solistes, chœur, orchestre et ballet… Ce qui explique la tradition d’opéra italien de la maison.

D’où viennent aujourd’hui les solistes qui chantent dans vos productions ?

Nous avons, d’une part, des chanteurs nationaux qui font une belle carrière. Il y a aussi régulièrement de très bons membres du Chœur qui sont invités à interpréter des rôles de solistes. Et lorsque nous avons un peu plus d’argent, nous invitons aussi des artistes internationaux, américains, européens… Dans les années 90, 2000, beaucoup d’artistes internationaux sont venus chez nous.
Puis il y a eu deux années de travaux de rénovation et aussi un peu plus de moyens financiers. Malheureusement, en 2017, est survenue une grave crise financière au Brésil et notamment dans l’État de Rio de Janeiro. Il faut avoir en tête que cinq gouverneurs de l’État ont terminé en prison pour mauvaise gestion.
La saison avait donc été interrompue. Rio a alors énormément souffert ; cela été terrible… pratiquement une année perdue !
Nous avons commencé à récupérer en 2018 et 2019, mais pas totalement. Puis en 2020… est arrivée la pandémie ! L’on peut vraiment dire que les cinq dernières années ne sont pas les meilleures années du Théâtre !

De qui dépend principalement le financement de l’Opéra de Rio ?

C’est l’État de Rio de Janeiro qui est responsable de nos salaires, de l’entretien du bâtiment et du fonctionnement du Théâtre. Les lois concernant le secteur culturel dépendent de trois niveaux : de l’État fédéral, de l’État de Rio et de la ville. Par ailleurs, il existe une loi au Brésil – la loi Rouanet -, qui permet des déductions d’impôts significatives aux entreprises qui sponsorisent des évènements culturels.

Y a-t-il eu un changement de politique culturelle, à la suite de l’élection du Président Bolsonaro ?

Vous savez, lorsque l’État central a de la considération pour la culture, tout le pays bénéficie de ce regard positif. Lorsque c’est l’inverse, tout le pays souffre !
Mais, vous l’avez compris, nos préoccupations majeures viennent de la politique du gouvernement local (de l’État de Rio de Janeiro). Après la grave crise de 2017, nous avons eu de bonnes relations avec le Gouvernement de l’État, mais pas d’interférences avec le Gouvernement fédéral.

Est-ce que l’on en sait plus sur la saison à venir ?

Elle n’a pas encore été complètement divulguée, d’autant, comme je vous le disais, qu’il y a un changement de Directeur artistique à l’opéra. Il y aura des titres très populaires, très connus afin de faire revenir le public au Théâtre Municipal. À ce stade, ce que l’on peut juste annoncer, c’est que la saison débutera en avril prochain avec une œuvre de Mozart pour Chœur et Orchestre.

Merci Jésus, nous attendons donc les annonces pour en informer nos amis européens, notamment ceux qui voyageront au Brésil dans les prochains mois. À très bientôt.

Visuel : © Jésus Figueiredo  et © Paul Fourier

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