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Le bruit des arbres qui tombent : Adagietto sur terrain vague

Le bruit des arbres qui tombent : Adagietto sur terrain vague

04 octobre 2017 | PAR Christophe Candoni

Fidèle au Théâtre de la Bastille, Nathalie Béasse y présente Le Bruit des arbres qui tombent, un très beau spectacle qui dans un geste mutique et musical explore sans brutalité un sentiment tenace de désolation.  

[rating=5]

La pièce s’ouvre sur le rythme lent et les sonorités intensément étirées de l’envoûtant Adagietto extrait de la 5e symphonie de Mahler, une partition indissociable des paysages brumeux et flottants, tout en clair-obscur, de Mort à Venise, le chef-d’œuvre de Visconti. Ce n’est pas un hasard mais un clin d’œil bienvenu puisque, invitée cet été à la prestigieuse Biennale d’art italienne, Nathalie Béasse présentait cette nouvelle création, Le bruit des arbres qui tombent, dans la cité des Doges bordée de la mer adriatique. Et lorsque les quatre comédiens disposés aux quatre coins du plateau actionnent simplement au moyen de cordes une large bâche en plastique, on se laisse imaginer, face à cette chimère opaque qui virevolte, une lagune qui jaillit et engouffre tout sur son passage.

La disparition est au cœur de cette belle production aux accents tchekhoviens. Ces arbres qui tombent et donnent son titre au spectacle rappellent une certaine cerisaie, celle de Lioubov, la terre vaste et belle d’une petite société ostracisée et un monde en déclin. Une autre forêt avance en un seul arbre, peut-être celle de Birnam qui confirmerait la familiarité de l’artiste avec Shakespeare dont elle adaptait singulièrement le Richard III dans Roses, un précédent spectacle.

Nathalie Béasse trouverait-elle justifiées ces références inspirantes ? Rien n’est moins sûr. Elles s’imposent pourtant, et tant d’autres, au spectateur contemplant ses tableaux vivants et organiques comme autant d’ouvertures vers un prolixe imaginaire jamais figé. Images, sons, lumières, corps, voix, matières se conjuguent dans cette proposition poreuse de nombreux langages scéniques.

Entre humour et tristesse, s’offre au regard, un théâtre de gestes répétés ou avortés, empreint d’une fine mélancolie. Une petite famille, une meute, quatre membres aux attitudes flegmatiques ou sauvages, se présentent sur un espace en chantier comme des fortes présences, troublantes et attachantes, en prise avec les éléments. Eau baptismale, terre de sépulture, se répandent entre autres pour célébrer la vie et la mort, le début et la fin, à l’épreuve du vide, du manque, de l’absence. Et c’est beau, triste et délicat comme un Adagietto joué sur terrain vague.

Photographie © Jérome Blin

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