Humour
Alex Vizorek ou la consécration du roi de l’humour belge

Alex Vizorek ou la consécration du roi de l’humour belge

01 février 2020 | PAR Geraldine Elbaz

Après 10 ans de représentations un peu partout en France, en Belgique, au Canada en passant par la Suisse et même l’Italie, Alex Vizorek est une oeuvre d’art laisse place à un nouveau seul en scène en cours de création, dont les premières dates sont déjà annoncées en avril et mai à la Toison d’Or en Belgique. Nommé aux Globes 2020, dans la catégorie Meilleur One-Man-Show, il termine en beauté son parcours depuis les petites salles du début jusqu’à un final d’envergure à l’Olympia (Paris) et au Cirque Royal (Bruxelles). Après avoir joué son premier spectacle plus de 800 fois, l’humoriste belge Alex Vizorek tourne une page et aborde 2020 avec de nouveaux projets, l’occasion de revenir sur son parcours et d’évoquer la construction de son nouveau one-man. Interview avec un artiste de talent qui n’a pas fini de faire parler de lui.

Après 10 ans, « Alex Vizorek est une oeuvre d’art », c’est vraiment fini ?
Promis, vraiment. Alors je ne dis pas que je ne ferai pas un petit sketch par ci par là, parce que cela s’y prête, comme un chanteur peut reprendre un tube mais ce n’est pas le même délire chez un chanteur et chez un comique. Quand Patrick Bruel chante Place des grands hommes, on a très envie de chanter avec lui, alors que pour un comique, les gens doivent être surpris par la vanne, donc un sketch que vous avez déjà vu 3-4 fois, vous ne rigolez plus de la même manière, il y a un petit côté « je me rappelle que ça m’avait fait plaisir de l’entendre la première fois ». Peut-être Les cymbales qui est un tube, mon tube, je peux le reprendre occasionnellement pour les jeunes générations qui ne l’auront pas vu mais l’idée du nouveau spectacle est de tout jeter du premier, sauf les techniques. Je vais peut-être garder des fils, mais vous ne devriez pas voir où sont les fils idéalement.

Combien de dernières y a-t-il eu en tout ?
Alors, il y a eu des dernières dans les salles, c’est-à-dire que j’ai eu ma dernière au Petit Hébertot, au Studio des Champs-Elysées, à la Pépinière par exemple et puis il y a eu deux grandes dernières : l’Olympia et le Cirque Royal, qui étaient au fond les deux grandes fêtes pour le spectacle, l’une parce que c’est mythique de faire l’Olympia et l’autre un mois plus tard par ce que c’était chez moi, je ramenais le spectacle à la maison, là où il avait commencé mais dans une plus grande salle qu’il y a dix ans (pratiquement jour pour jour) ; donc c’était pour moi deux grands moments. Je ne suis pas un champion de la larmichette, mais si cela avait été le cas, j’en aurais versé deux, une pour l’Olympia, l’autre pour le Cirque Royal.

Une anecdote sur votre spectacle que vous n’avez racontée à personne (ou presque) ?
Celle que j’aime bien raconter, c’est celle avec la fille qui ne parle pas français dans la salle, du temps où je jouais au Théâtre de Dix Heures, à Pigalle. C’était un jeudi à 19h avec 14 personnes dans le public et je voyais bien qu’il y en avait un qui se penchait régulièrement vers sa voisine, ce n’était pas très agréable mais comme on était dans un moment d’interaction facile, je leur ai demandé s’il y avait un problème et là il me répond qu’elle ne parle pas français, seulement le portugais. Pas de bol. Du coup cela a donné une représentation unique hyper marrante parce que je traduisais comme je le pouvais tout ce que je disais.

A l’Olympia, pour votre dernière parisienne, le 6 décembre 2019, vous avez choisi La Convivialité en première partie. Un petit mot sur ce duo que vous produisez ?
Le métier de producteur est un métier assez ingrat, ce sont des gens qui prennent des risques, qui pour la plupart aiment les artistes, pas tous. (Rires) Quand ça marche bien, c’est rarement eux qu’on félicite et quand ça ne marche pas c’est souvent de leur faute. Donc j’ai vu ce spectacle, que j’ai trouvé fantastique, au Silvia-Montfort il y a deux ans. Je l’ai vraiment trouvé exceptionnel et j’ai eu envie de les aider et de prendre un risque avec eux. Je suis très content car ça fonctionne bien.

A la fin du spectacle, vous avez une très belle citation de Bergson « le comique très profond se relie au comique le plus superficiel (…) une chute est toujours une chute mais autre chose est tombé dans un puits parce qu’on regardait ailleurs, (…) on visait une étoile. » c’est votre devise dans la vie ?

Tomber idiotement, ça fait rire, ce n’est pas grave mais pour le même prix vous pouvez tomber pour une vraie raison, viser l’étoile (Cervantès) et du coup il peut y avoir de la drôlerie mais qui est tirée vers le haut par la poésie. C’était en fait un peu le résumé du spectacle car je voulais dire aux gens que le comique très profond n’est en fait pas loin de la boutade absolue et c’est ce que je pense, c’est-à-dire que j’aime bien l’idée que l’on puisse faire une blague de cul et que l’on puisse derrière faire une blague sur les peintres ou passer de Ribéry à Bergson. C’était un peu le pari du spectacle justement de choper des gens cultivés qui avaient envie de se marrer grossièrement et aussi d’autres qui aiment bien se marrer grossièrement et qui n’étaient pas contre l’idée de partir avec un peu de culture.

Vous êtes nommé avec Florence Foresti, Roman Frayssinet, Kyan Khojandi et Muriel Robin aux Globes 2020, dans la catégorie Meilleur One-Man-Show : séquence émotion ?
J’ai l’impression que le spectacle est un ami, nous avons commencé ensemble, le spectacle et moi. Grâce à lui, j’ai eu l’occasion de faire mille autres choses indépendamment de lui et donc j’ai toujours voulu le lui rendre. Je n’ai donc jamais lâché, je n’ai jamais pensé que c’était mieux de faire du cinéma ou de la radio, voire même grâce à la radio, les gens venaient me voir sur scène donc le spectacle a toujours été mon meilleur ami du début, celui de quand je n’étais pas connu. Je suis très content que mon ami le spectacle soit enfin reconnu pour ce qu’il est lui et pas que moi, c’est un peu schizo comme analyse. C’est la classe absolue d’être nommé avec que des gens que j’aime bien et qui sont tous très bons. En plus, j’ai appris que j’étais nommé le lendemain de la dernière donc j’étais content et ma production, TS PROD a quatre des cinq nominés.

Ce qui est bien avec votre spectacle sur l’art, c’est que vous pouvez le décliner à l’infini, du coup pour votre nouveau seul en scène, on reste sur la même thématique avec de nouveaux sujets ou on part sur complètement autre chose ?
Dans le nouveau spectacle, il y a un peu d’art dedans car on m’attend aussi là-dessus mais ça ne dépassera pas les 15 minutes. On part sur une thématique plus transversale qui permettra de parler d’art, de moi, de vous, de tout le monde mais pour l’instant c’est un énorme secret. En nous, il y a toujours un Jean qui rit et un Jean qui pleure et parfois les deux se rejoignent. Si mon prochain spectacle pouvait ressembler à ça, j’aimerais bien.

Rassurez-nous, il y aura des brèves ?
Il y aura j’espère quelques brèves parce que c’est un thème qui potentiellement peut faire des brèves. Je les avais mises un peu en bonus du spectacle alors qu’au fond je crois que je peux les intégrer.

Stéphanie Bataille a mis en scène votre premier spectacle, elle travaille avec vous sur le prochain. C’était votre prof aux cours Florent, pourriez-vous nous parler de votre collaboration ?
Stéphanie a été ma prof, puis ma marraine de théâtre, puis ma maman de vie, ma sœur, c’est d’autant plus difficile quand j’écris des trucs et qu’elle me dit « ah ça non ! ». Du coup il y a débat entre son exigence théâtrale et ma connaissance du milieu comique. Parfois on peut juste être drôle et elle me demande d’avoir aussi quelque chose à dire d’intelligent. On deal, chaque fois que je fais une blague de cul, je dois dire aussi quelque chose d’intelligent. Ce n’est pas grave d’être parfois vulgaire quand l’entièreté ne le connote pas.

En plus du nouveau spectacle, quels sont vos projets pour 2020?
Je viens de signer un nouveau projet : Opaque et Opaline. Au départ, c’est une série qui s’appelle OLI (podcast France Inter) et qui est très écoutée. Certains livres sont édités, quatre à Noël et deux par trimestre. Comme l’émission marche très bien, ils ont demandé à de vrais écrivains comme Delphine de Vigan et de temps en temps à quelqu’un d’un peu surprenant d’écrire un conte pour enfants et de le raconter à plusieurs voix. J’ai demandé à des amis comme Tom Villa ou Juliette Arnaud de participer au podcast et là le livre sort en février, on fait partie de la prochaine série avec Susie Morgenstern, qui est une grande écrivain pour enfants, donc j’étais assez flatté! Je vais faire le salon du livre à Bruxelles pour rencontrer les petits lecteurs. La transmission, c’est important pour moi, un peu comme Pierre et le Loup, avec la musique classique pour les jeunes.

Crédit photos : (c) Mehdi Manser

Alex Vizorek, nouveau spectacle. En Belgique puis à Avignon en juillet 2020

Un Tramway Nommé Désir envoûtant au Théâtre la Scène Parisienne
Le Show Intime d’IDER au Point Ephémère (31/01/2020)
Geraldine Elbaz
Passionnée de théâtre, de musique et de littérature, cinéphile aussi, Géraldine Elbaz est curieuse, enthousiaste et parfois… critique.

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *