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[Festival d’Automne] The Ventriloquists convention : les marionnettes dépressives de Gisèle Vienne

[Festival d’Automne] The Ventriloquists convention : les marionnettes dépressives de Gisèle Vienne

08 octobre 2015 | PAR Christophe Candoni

Accueilli dans le cadre du Festival d’Automne à Paris, The Ventriloquists Convention de Gisèle Vienne et Dennis Cooper scrute les états d’âme torturés de marionnettes dépressives et de leurs manipulateurs. Un spectacle virtuose mais lugubre et cafardeux à l’excès qui fait l’effet d’une éprouvante chape de plomb.

Artiste plasticienne, chorégraphe et metteuse en scène, Gisèle Vienne est aussi marionnettiste formée à Charleville-Mézières. Pour sa nouvelle création, elle a assisté à une rencontre internationale de ventriloques donnée aux Etats-Unis. Dans un décor minimaliste, deux rangées de chaises disposées en demi-cercle à la façon d’un important séminaire d’entreprise, elle en reproduit une séance évidemment fictive qui fait se réunir huit artistes ventriloques d’horizons différents présidés par Niels, un meneur aussi entraînant que diabolique. Sa triomphale arrivée sous les applaudissements enthousiastes de ses collègues ne trompe pas longtemps sur la réalité des relations difficiles et ambiguës qu’ils entretiennent entre eux, entre admiration profonde et concurrence forcenée. Très vite s’immiscent au centre des échanges des aspérités contrastées, des enjeux de rivalité tenace dans leur rapport au succès et à l’argent. Pour preuve, Sebastian Fortak et sa marionnette Kurt (inspirée du chanteur et guitariste du groupe Nirvana) se produisent devant plus de 50 000 spectateurs au Fuck you Festival tandis que Ines travaille en catimini à des micro-spectacles destinés aux enfants en phase terminale dans les hôpitaux.

Malgré les rires outrés que provoquent les élans lubriques de Lutz et les bougonneries perturbatrices du vieil Orson (deux marionnettes), l’ambiance n’est pas vraiment à la fête. Gisèle Vienne présente sa constellation d’artistes avec une étrange froideur. Elle veut explorer les abîmes et névroses de ses interprètes et leur créature dans un même état de fragilité exacerbée. Les fêlures des êtres, qu’ils soient sujet ou objet, animés ou non, s’exposent alors frontalement. Il faut louer l’excellence et la justesse des artistes permanents de l’ensemble allemand du Puppentheater Halle rejoints par l’acteur français Jonathan Capdevielle et la berlinoise Uta Gebert, doués aussi bien dans la pratique de leur art que dans leur propre jeu d’acteur très dense. Ils montrent avec beaucoup de sensibilité le lien fort et intime allant de la dépendance au rejet qu’il peut exister entre le manipulateur et sa marionnette comme c’est le cas pour le personnage d’un père travesti qui, jeune garçon homosexuel avait pour fidèle compagnon et quasi objet sexuel sa petite puppet en tissu violet, ou pour Kerstin qui fait revivre et console un petit pantin de bois en culotte courte et chaussettes hautes nommé Frankie, la création de son célèbre ancêtre.

Pour autant, le ton du spectacle finit par déranger. Cette façon de drainer sans nuance ni mesure pendant deux longues et redondantes heures autant de drames et de traumas, de ne parler que de mort et de désir de mort, de mal être, de troubles d’identité, de cruauté latente et violente, de sentiment d’extrême solitude et d’abandon, finit par créer le malaise. Le réel pouvoir de fascination de cette proposition artistique si singulière et apparemment passionnante laisse finalement place à l’ennui tant elle souffre de surenchère et de pesanteur.

photos © Estelle Hanania

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One thought on “[Festival d’Automne] The Ventriloquists convention : les marionnettes dépressives de Gisèle Vienne”

Commentaire(s)

  • Pierre Launay

    Merci pour ce commentaire un peu critique de ce spectacle effrayant d’ennui. Mais je vous trouve bien gentille…
    Personnellement je n’ai pas attendu la fin pour m’emmerder comme rarement au théâtre. Je n’arrive même pas à comprendre comment on peut proposer quelque chose d’aussi vide de sens, d’aussi dépourvu d’intérêt. Soyons clair : le public, brave public tellement prêt à jouer le jeu, tellement prêt à aimer, à souffrir, à se réjouir de la moindre miette de quoi que ce soit de nourrissant, de vivant, de noir, de lumineux, de distrayant, de troublant, ce brave public donc, rempli de bonnes intentions et d’indulgence, est totalement désemparé devant ce spectacle lourdingue qui nous maintient la tête sous l’eau en nous martelant que les conventions sont des endroits chiants et qu’elles le sont encore plus quand elles sont américaines – … on le savait déjà – et que la mégalomanie nombriliste est insupportable – on le savait aussi.
    Faites quelque chose pour le théâtre : n’allez surtout pas voir ce machin sans queue ni tête. C’est salissant de bêtise.

    février 10, 2016 at 23 h 17 min

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