Danse
Tichèlbè, Sans repères, et Figninto – l’oeil troué, la danse africaine subsaharienne est au Festival d’Avignon

Tichèlbè, Sans repères, et Figninto – l’oeil troué, la danse africaine subsaharienne est au Festival d’Avignon

13 juillet 2017 | PAR Amelie Blaustein Niddam

C’est un plateau de rêve à double titre que le Festival d’Avignon a composé en programmant Tichèlbè, Sans repères, et Figninto – l’oeil troué, des chorégraphes Kettly Noël, Nadia Beugré et Nina Kipré, Seydou Boro et Salia Sanou. L’occasion de découvrir la grammaire chorégraphique d’Afrique subsaharienne, mais également d’entrer dans sa mémoire.

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Trois spectacles composent ce focus: TichèlbèSans repères, et Figninto – l’oeil troué. Le premier date de 2002, le second de 1999 et le troisième de 1997. Le constat est net, la danse contemporaine est intégrée à ce territoire. La question est de savoir sous quelle forme.

La première pièce Tichèlbè est une chorégraphie de danse-théâtre écrite par Kettly Noël. En 2002, c’est elle qui était sur scène. Aujourd’hui, Oumaïma Manaï a repris le rôle de la fille qui n’ose pas trop se montrer, et qui empile les soutifs pour plus de féminité. Puis il y a la rencontre avec le beau Ibrahima Camara, et là, c’est délicieux. Les rapports amoureux sont dansés, presque mimés. Elle le repousse, le colle, le câline, se laisse attraper, se laisse prendre, inverse les rôles, se recoiffe, lui grimpe dessus, l’écrase, le laisse à terre, se laisse plaquer au mur… C’est une pièce adorable qu’a pensée la chorégraphe installée à Bamako. Elle traduit bien la violence des rapports humain où même dans la séduction tout passe par un jeu très premier degré d’agression et de répulsion.

Ensuite, c’est un groupe de femmes qui entre en scène pour Sans repèresNadia Beugré et Nina Kipré reprennent la chorégraphie puissante de Béatrice Kombé, morte il y a dix ans à Abidjan. Nadia Beugré est connue en France où ses spectacles sont notamment présentés au Festival d’Automne. Sur scène on voit d’abord une ombre avancer vers une autre, dans une ondulation maléfique. Aucun doute, les sorciers sont ici. La danse va être fulgurante, déclenchée par un contact. Gbahi Rachelle Goualy, Désirée Larissa Koffi, Eloi Hortence N’Da, Yvonne Binta T. N’Da sont des danseuses époustouflantes à la physicalité absolue. Le spectacle dénonce par ses gestes le cantonnement de genres. Les femmes se relèvent, se dévoilent et dansent à l’occidentale. Les sauts sont ultra puissants et la violence est là aussi partout. Elles passent du statut de zombie à celui de princesse du black power. Cette chorégraphie est haletante, suffocante. Elle permet de faire entendre les gestes de Béatrice Kombé disparue à 34 ans.

Le programme se clôt avec des hommes qui semblent eux aussi être étouffés par la violence et la puissance des cases et des castes. Nous sommes à Ouagadougou avec le duo composé de Seydou Boro et Salia Sanou, qui ont une carrière européenne, également comme danseurs. Figninto-L’œil troué est dansé par Ousséni Dabare, Jean Robert Kiki Koudogbo, et Ibrahim Zongo. Le geste classique de la danse africaine se retrouve pas mal ici, dans cette pièce à la rapidité inhumaine et à la difficulté soufflante.  Les vrilles sont superbes, les sauts, réalisés le dos à terre, impensables. Ces hommes sont en quête de respectabilité, ils sortent les muscles pour garder leur posture de prince. Il y a ici une urgence de danser, de déboîter les épaules pour amener les mains plus loin encore, pour défier la mort, encore.

Jusqu’au 15 à 15h, Benoit XII.

Visuel : © Christophe Raynaud de Lage

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