Danse
[Festival d’Automne] Les violents « Quartiers libres » de Nadia Beugré

[Festival d’Automne] Les violents « Quartiers libres » de Nadia Beugré

15 octobre 2015 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Dans la « Glory Box » de Nadia Beugré, il y a une femme qui déborde en robe trop moulante, en talons trop hauts, en chansons trop fausses. Volontairement too much, la chorégraphe nous entraîne dans ses tourments, sans nous convaincre.

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Sur le papier, ce spectacle est une évidence, et le situer au Tarmac encore plus. La scène nationale francophone n’a de cesse de diffuser une parole à la fois proche et lointaine. Nadia Beugré est pleine de colère. Et elle a raison. Les femmes restent, que ce soit en Côte d’Ivoire ou à Paris des êtres attaqués. On le sait depuis Légacy qu’elle présentait le mois dernier, déjà au Festival d’Automne. Et dejà, la rage ne suffisait pas.
Ici, elle accumule : la pollution, le féminisme, la colonisation, le racisme, la mysoginie. Tout hurle ici. Elle nous place au cœur de son spectacle déambulatoire, nous spectateurs assis sur le plateau, condamnés à subir.

Le manque de structure de Quartiers libres provoque un ennui immédiat. Le manque de propos aussi. Tout dire revient à ne rien dire. Improviser n’est pas une solution pour dire correctement ses combats. L’excellente danseuse nous prive ici de ses puissants gestes. On ne peut s’empêcher, et cela est mauvais signe, de comparer. On pense à Robyn Orlin qui très récemment avec At the same time, se jouait de pratiques à oublier. Mais, dans le même genre d’écueil qui vient balayer un propos derrière une idée, on pense aussi à Fatou Cissé et son tristement raté Bal du Cercle qui s’épuisait au bout du premier quart d’heure. Il en est de même ici. Nadia Beugré hésite entre danse et performance. Elle veut dire la surconsommation mais Jan Fabre est passé par là, faisant accoucher ses danseuses de courses dans des caddies pour Orgie de la Tolérance. Concernant le statut de l’esclave moderne, ici, Nadia Beugré remplace ses chaines par des micros, à ce jeu-là, Mamela Nyamza et son 19-born -76-rebels mettait autrement plus mal à l’aise.

La fin du spectacle offre cependant un magnifique tableau, transformant la danseuse en femme-décharge, absolument spectaculaire. Là, on tient quelque chose de neuf et de percutant sur le poids des filiations et notre mépris de l’écologie.

Quartiers libres reste néanmoins un patchwork de choses déjà dites, déjà vues. Le spectacle ne fait pas avancer la réflexion et n’apporte pas de choc. Pourtant. Nadia Beugré sait danser à la perfection et elle intervient ici dans le très prestigieux cadre du Festival d’Automne qui n’a de cesse depuis septembre de nous proposer des spectacles à la structure et aux fils conducteurs parfaits.

Visuels : Boris Hennion

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