Danse

Solstice, Bianca Li stéréotypée à Chaillot

Solstice, Bianca Li stéréotypée à Chaillot

25 septembre 2017 | PAR Timothee Gaydon

Déjà lors de la saison 2016-2017, Chaillot s’était vu devenir le théâtre d’une tentative ô combien périlleuse et incommode : lier avec intelligence et entrain la problématique de la nature à celle de la danse. Carolyn Carlson nous avait alors offert son Now d’une maladresse un peu déconcertante. Au tour de Blanca Li cette année de s’atteler à ce pari osé. Solstice cherche à réveiller une conscience citoyenne bien moribonde. Aussi dit-elle de son spectacle qu’il est le plus engagé de tous ceux qu’elle ait jamais conçus jusqu’à présent.

La longueur du spectacle, avoisinant les deux heures, apparaît comme le défaut majeur de la proposition ; celle-ci s’appesantissant sur des scènes peu nécessaires, à l’esthétique surannée. Là où la thématique du solstice évoque au contraire un réseau d’interrogations brûlantes, puisque c’est un moment qui recouvre une importance toute particulière dans les cultes païens, le résultat est en définitive relativement fade. La chorégraphe se perd à la suite de tous ces tableaux qui égrènent des poncifs représentationnels élaborés à partir de moult stéréotypes concernant Dame Nature. On rejoue, au choix, et ce en dansant, les saisons ou les éléments. Hiver, désert, terre alternent tour à tour dans ce qui se rapproche d’une ronde aux accents enfantins. L’énergie féroce et généreuse du collectif tend cependant à faire oublier les projections de motifs sur scène qui affleurent parfois avec le mauvais goût mais ne les estompent pas tout à fait. Pourtant les scènes d’ensemble figurent parmi les plus belles qui soient, notamment ces moments qui tiennent du sublime lorsque tous les corps se figent, pris dans l’incertitude de pouvoir se ranimer prochainement.

On pressent évidemment le parti pris de Blanca Li : celui de présenter notre pré-histoire, un état ancestral du monde, où l’on se dépouille de nos artifices et de nos artefacts face à un monde contemporain ravageur. Les danseurs paraissent nus et les accessoires ne sont jamais au cœur de l’attention du spectateur, mais les gestes disent mal, ou si confusément cette envie d’épure.

En effet, pour Blanca Li les effets poétiques déployés ne vont pas au-delà de quelques volants accrochés aux danseurs et mis en mouvement, au gré de l’air envoyé par de puissants ventilateurs. Quant à la scénographie, malgré le fait qu’elle produise par intermittence quelques belles surprises, est somme toute assez convenue. Du point de vue de notre monde qui faillit, qui est celui depuis lequel on regarde Solstice, la représentation paraît, en dépit de toutes les bonnes intentions qui la fondent, se dérober à nos yeux.

Il y a cependant quelques trouvailles, notamment un tableau amusant construit par et autour du souffle. Les danseurs utilisent le leur pour se déplacer, ce qui donne lieu à des images insolites, fraîches et drôles. Bachir Sonogo, le musicien qui accompagne la troupe porte à lui seul la structure de l’œuvre, en proposant une rythmique entêtante qui insuffle véritablement l’esprit de la pièce lorsqu’il chante où se met au djembé.

Si l’aspect pédagogique du propos a de quoi rebuter, (on ressort de là avec un carton nous expliquant quels sont les gestes simples que l’on peut accomplir au quotidien pour améliorer l’état du monde), il est tout de même possible de recevoir avec une once de plaisir ce que l’on vient de voir. Autre façon de s’engager, Blanca Li propose à la fin de chaque spectacle une Pollution dance à laquelle tout le monde peut participer dans le grand foyer de Chaillot.

Visuel : ©Nico Busto

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Timothee Gaydon

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