Danse

« Oh Louis », de Robyn Orlin ou le Roi Soleil débordé par les ors de la monarchie

« Oh Louis », de Robyn Orlin ou le Roi Soleil débordé par les ors de la monarchie

11 décembre 2017 | PAR Yaël Hirsch

Coproducteur de la nouvelle création de Robyn Orlin, chorégraphe sud-africaine, le Festival de Danse de Cannes jubilait d’avance à l’idée d’assister à la représentation de Oh Louis…We move from the ballroom to hell while we have to tell ourselves stories at night so that we can sleep... Baroque à souhait, dans la lignée du travail que Robyn Orlin et Brigitte Lefèvre avaient proposé autour de Haendel à l’Opéra de Paris, cette pièce créée à Angers ce mois-ci (lire notre article) renoue avec tous les thèmes de prédilection de la chorégraphe : l’esclavagisme, le pouvoir, les jeux de rôles et le travestissement. Et en monarque bling-bling, Benjamin Pech est d’un investissement qui fait investiture.

[rating=4]

Quand commence, et quand finit le siècle d’or et sa migration vers aujourd’hui ? Les lignes sont floues et Benjamin Pech commence la pièce là où il y passera très rigoureusement la moitié de l’heure impartie : au premier rang du public. Muni d’un miroir magique qui reflète ce qu’il saisit en grand sur un fond d’écran rond et haut perché sur la scène, il se narcissisme avec aise et accueille ses « sujets » avec des mots personnels et parfois proches. Autorité royale oblige, on commence presqu’à l’heure et le roi habillé en hobo (ils nous explique qu’il est Louis XIV transformé en migrant d’aujourd’hui), le danseur étoile creuse la figure du tyran arbitraire et fantasque. Il choisit une femme, s’étale sur ses voisins, donne des oranges à seulement trente personnes du public pour en faire sa cour dans l’apprentissage du malaxage et du suçage d’un fruit et saisit même des vêtements.

Donnant des cours de musique avec un cobaye et ses chaussons, tapant sur l’épaule de son claveciniste (excellent Loris Barrucand), très vite, ce roi expose les limites de son règne : d’abord il reste toujours un peu Benjamin, ensuite il ne comprend pas le propos de tout ce que Robyn Orlin lui a demandé de faire. Et enfin, il se retrouve en slip rouge qui tranche pas mal avec le faste des étoffes d’or dans lesquelles il barbote une danse nomade. Chacun de ses caprices solitaires est rythmé par un extrait du Code Noir (premier édit en 1687) relatifs aux esclaves, prononcé par son second. C’est seulement après s’être endormi sous le clavecin que le Roi Soleil se met vraiment à danser une danse désespérée pendant que grimpe et retombe le grand rideau d’or qui symbolise aussi bien la mer qu’esclaves et migrants affrontent que les fastes de la couronne. Un propos tenu sur la monarchie et l’Histoire de France où l’on rit en couleurs or et jaune. A voir à partir du 13 décembre à la Cité Internationale.

visuel : affiche et salut (c) YH

Tigers are not afraid : le grand gagnant du Paris International Fantastic Film Festival
Le top 5 des champagnes pour trinquer !
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : yael@toutelaculture.com

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *