Danse

Robyn Orlin et Merce Cunningham au CNDC d’Angers

Robyn Orlin et Merce Cunningham au CNDC d’Angers

06 décembre 2017 | PAR Sarah Reiffers

Découvrir la nouvelle création de Robyn Orlin aux côtés de deux pièces de Merce Cunningham, c’est ce que propose le CNDC d’Angers le temps de deux soirées et à l’approche des célébrations de ses 40 ans en mai prochain. Un événement très réussi qui met à l’honneur la danse contemporaine. 

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La soirée débute avec Oh Louis…we move from the ballroom to hell while we have to tell ourselves stories at night so that we can sleep…, la nouvelle création de la chorégraphe sud-africaine Robyn Orlin. Le Louis en question, c’est notre Roi Soleil, Sa Majesté Louis XIV, symbole absolu de la richesse, du pouvoir et de l’honneur. Alors forcément, l’or est partout, sous la forme d’un immense tissu doré recouvrant la scène et les fauteuils des premiers rangs. Dans l’un d’entre eux trône le danseur étoile Benjamin Pech, tourné vers le public pour l’accueillir et le placer. Au fur et à mesure que les spectateurs prennent place, il ôte le tissu, laissant apparaître les fauteuils en dessous. Dès le début le ton est donc ainsi donné: Oh Louis…traitera d’enlèvement, de dévoilement. Pour montrer le sacrifice et la misère de beaucoup sous la richesse de peu. Un dévoilement qui passe, d’abord, par l’abolition du voile de l’illusion propre à l’art scénique: Benjamin Pech n’est pas Louis XIV mais Benjamin essayant d’interpréter le roi; il s’adresse au musicien et à l’ouvreur par leur prénom, mentionne encore et encore Robyn Orlin pour se plaindre de combien il est dur de travailler avec elle. Par le déshabillage du danseur, ensuite, pour qu’il puisse mieux se parer d’or et des vêtements collectés auprès des spectateurs. Et c’est sur des vêtements que Oh Louis…misera pour son tableau final: ceux des fantômes d’esclaves et de réfugiés morts sous les coups ou noyés, sacrifiés pour bâtir la richesse d’un autre et remis, à la toute fin, à leur juste place sur l’ancien trône de Louis XIV.

Avec Oh Louis… Robyn Orlin renoue donc avec ses thèmes de prédilection, l’exploration et la dénonciation des drames qui ont traversé, et qui continuent à traverser, l’histoire de son pays en particulier et du monde en général. A la limite de la non-danse, s’appuyant très fortement sur le théâtre et la vidéo, elle porte un regard critique et bienvenu sur sa propre œuvre, met en scène un danseur étoile là où on l’attendait peut-être le moins, et mélange le passé et le présent pour dénoncer une vérité universelle: la richesse d’un homme se construit bien trop souvent sur l’exploitation et la mort des autres.

La soirée devient beaucoup plus douce, beaucoup plus paisible avec les excellents Inlets 2 et Beach Birds de Merce Cunningham, remontés pour l’occasion par son fidèle ancien assistant Robert Swinston. Tout, dans ces deux pièces, semble appeler à la tranquillité: leur thème commun (la nature), leur musique (signée John Cage, et recréant l’écoulement d’un ruisseau, ou le crépitement d’un feu de bois) et leur lumière (magnifiques retranscriptions de levers et couchers du soleil). Dans Inlets 2, créée en 1983, Cunningham cherche à évoquer la topographie et le climat du Nord-Ouest Pacifique américain où il est né, région faite de montagnes, de lacs et de forêts de conifères. Sur scène, cette accidentalité du paysage passe par la répétition et la succession de sauts et de cassures, les positions classiques des jambes emportées par la brisure des lignes du dos et des genoux. Avec Beach Birds, c’est la plage qu’il évoque. Vêtus de justaucorps blancs jusqu’aux aisselles, puis noirs jusqu’aux mains, les onze danseurs se muent en oiseaux des plages, ces petits êtres courant après les vagues. Ici les jambes et les mains frémissent et frétillent, les bras se tendent, les corps se déplacent rigidement et rapidement. Très beau dans son ensemble, Beach Birds rayonne tout particulièrement dans ses duos et trios où les danseurs se répondent et s’assemblent comme des pièces de puzzle. Pour une danse libérée des contraintes, et célébrée dans toute sa beauté.

Visuel: © Andrea Mohin/ Le Quai

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Sarah Reiffers

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