Danse
Nuit blanche à Ouagadougou de Serge Aimé Coulibaly

Nuit blanche à Ouagadougou de Serge Aimé Coulibaly

16 janvier 2015 | PAR Camille Lucile Clerchon

Plongée dans une nuit urbaine, en Afrique, ou même ailleurs. La dernière pièce de Serge Aimé Coulibaly est en prise directe avec les récents événements qui ont agité le Burkina Faso. Il ne faut pas s’y tromper, la pièce ne s’en inspire pas, elle les a devancé.

Nuit Blanche à Ouagadougou interpelle par son caractère prémonitoire. Sans doute ne fallait- il pas être devin pour sentir venir, tout au moins espérer, un souffle révolutionnaire à la veille des élections présidentielles de 2015. Sans doute était-il prévisible que le président au pouvoir depuis 27 ans ferait modifier la constitution afin de pouvoir  être «réélu» pour un énième mandat ? Mais cette pièce montre que la création artistique peut réellement être au plus près de ce qui agite une société : non pas un regard explicatif, détaché, mais une plongée dans les nuits troubles où gronde la révolte, où grandit le spectre de la révolution.
En fait la pièce a été créée lors de quatre résidences dans des villes différentes dont deux au Burkina Faso, Kisangani en République Démocratique du Congo et Dakar au Sénégal, et s’inspire de ces quatre villes. On trouve ainsi dans un même décor de planches, dans une même ambiance nocturne, un patchwork d’ambiances et de situations où se reconfigurent pourtant les mêmes éléments, en un ballet grinçant : tressaillements des corps, d’un corps collectif, d’une jeunesse, attributs du pouvoir, armes et costumes, vestes retournées…
Le rappeur Smockey occupe une place particulière : il est au Burkina Faso un activiste politique et un artiste reconnu. Il vient dans la pièce en contrepoint d’une danse énergique, fiévreuse et généreuse à la fois, apporter une parole plus réflexive, plus radicale et plus provocante, d’où le cynisme n’est pas absent.
Avec Nuit blanche à Ouagadougou, Serge Aimé Coulibaly nous donne à voir un art politique engagé, au plus proche du réel qui, en France est tombé dans une relative désuétude. Pour le spectateur français, la pièce invitera, souhaitons- le, à s’intéresser à la pensée de Thomas Sankara mais aussi aux artistes de tous pays qui partagent et diffusent des réalités trop souvent ignorées.

Nuit blanche à Ouagadougou est présenté au TARMAC jusqu’au 17 janvier 2015, dans le cadre du festival faits d’hivers.

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Camille Lucile Clerchon

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