Danse
Magma : Fusion sans grande effusion

Magma : Fusion sans grande effusion

09 février 2020 | PAR Marianne Fougere

En réunissant deux monstres sacrés de la danse, Magma augurait de belles promesses sans toutefois les tenir entièrement.

Clôturer un festival ou une biennale devient presque une habitude pour Magma. Après le Festival de Danse Cannes fin décembre, c’est au tour de la Biennale d’art flamenco, proposée conjointement par Chaillot et la Biennale de Séville, d’accueillir comme bouquet final la création de Marie-Agnès Gillot et Andrés Marin.

Oui, oui, vous avez bien entendu : Gillot et Marin réunis ! Soit ce qui se fait de mieux en termes de pointes et de frappes de pieds. Mais, si Magma a de quoi alimenter les fantasmes c’est, qu’aux talents conjugués de la danseuse étoile et de l’as de la scène flamenca, il allie l’audace iconoclaste de Christian Rizzo. Et, en effet, l’environnement scénographique imaginé par le directeur du CCN de Montpellier a de quoi saisir le spectateur dès les premières secondes. Sur la scène, donc, une haute sculpture de blocs monolithiques qui semble se mouvoir au fil des éclairages et de l’espace sonore que les deux musiciens, Didier Ambact et Bruno Chevillon, façonnent à coups de vibrations de contrebasse ou de coups – de batterie – tout court. Poétique souvent, électrique continuellement, grinçant parfois : Rizzo ne ménage ni notre imagination ni nos oreilles au risque, peut-être, de délaisser un peu nos yeux…

Sous ces derniers s’esquisse, pourtant, un geste chorégraphique. Un dos tourné, des bras déployés, des jambes dépliées et Gillot ouvre un monde, sinon enchanté, du moins d’une beauté peu commune. Quant au style ardent de Marin, il captive par sa capacité à habiter les silences les plus fins ou à résonner comme des ondes à la surface de l’eau. Mais, ce geste chorégraphique peine toutefois à pleinement s’écrire. A l’image des corps des danseurs qui, apparaissant et disparaissant, ne font que se croiser, la fusion promise par le titre tarde à venir, la rencontre permise par-delà les solos finit par achopper. Est-ce par manque d’originalité ? Peut-être, car le vocabulaire répétitif – bien que maîtrisé – a de quoi lasser. Mais, c’est sans doute aussi et surtout de notre propre fait, coupables que nous sommes d’être venus avec de trop nombreuses attentes !

Aussi, à défaut d’étoile improvisant une sévillane aérienne, Magma nous rappelle combien aller au théâtre représente une expérience risquée, puisque c’est aussi prendre le risque d’être déçu – mais sans cela, quel plaisir, quelle adrénaline y aurait-il ?…

Visuel : (c) Julien Benhamou

Infos pratiques

Théatre Gérard Philipe
Comédie saint michel
theatre_national_de_chaillot

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *