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Le « Natural Beauty Museum » enrichit le Festival D’automne d’un questionnement sur le Beau

Le « Natural Beauty Museum » enrichit le Festival D’automne d’un questionnement sur le Beau

20 novembre 2014 | PAR Sarah Hamidou

Pour la 43ème édition du Festival d’automne à Paris, qui se tient depuis le 4 Septembre jusqu’au 31 Décembre, le centre Pompidou acceuille le spectacle d’Eléonore Waber et Patricia Alolio, le Natural Beauty Museum. Le spectacle revient avec un œil neuf sur des questions canoniques en Histoire de l’art, que sont notre relation au beau, ainsi que le besoin de sublime qui habite chacun de nous. Et d’après elles, ce serait la grande Nature qui parviendrait aujourd’hui à nous en donner les réponses, ou du moins quelques clefs… 

Natural Beauty Museum s’est voulu outil de réflexion sur notre aptitude à admirer l’art, en parallèle à l’admiration du paysage. Pour cela, Patricia Allio et Éléonore Weber ont imaginé sur la scène « un musée de la beauté naturelle », où ce n’est plus l’art qu’on expose, mais notre rapport au paysage. Pour cela, le spectacle est pensé comme une visite de musée, où les spectateurs-acteurs vont et viennent depuis les bancs du public. Spectacle ludique donc, puisque le spectateur (le vrai) semble assister lui aussi à la visite et à l’exposé du guide, qui finit presque, mine de rien, par donner un cours d’esthétique. C’est grâce aux acteurs  que de nombreux dispositifs interactifs s’enclenchent, faisant ainsi gronder le bruit du tonnerre, puis au fil du spectacles, que plusieurs vidéos se lancent. Ces dernières sont pour la plupart les témoignages de catastrophes climatiques que les acteurs semblent découvrir avec nous. Et ce point est des plus important puisque selon  Éléonore Weber: « Nous subissons aujourd’hui une sorte de tyrannie de la belle vue, dont l’effet n’est pas simplement touristique. Et c’est l’envers de ce plaisir contemplatif qui a été notre point de départ, notamment l’exaltation face au spectacle du débordement et de la destruction , qui en est l’une des plus évidentes manifestations ». Plusieurs vidéos viennent alors corroborer ce propos: Tout d’abord, celle de deux jeunes hommes au volant d’une voiture venus filmer leur déambulations au cœur d’une tempête. Puis vient celle  d’une inondation torrentielle filmée à partir de téléphones portables… Il y a effectivement une reconduction de l’esthétique du Sublime, proche de celle du  paradigme de Burke, qui transparaît dans ces films.

Outre ces déchaînements naturels,  le spectacle semble partir du postulat que les visiteurs préfèrent admirer un paysage plutôt que les œuvres d’art. Un constat comique lorsque le spectacle nous en montre la preuve par la photographie. Plusieurs clichés pris dans des musées, montrent ainsi la désertion de leurs couloirs. La raison? un regroupement de spectateurs ébahis devant les panoramas grandiose qui s’ouvrent à eux, via les grandes baies vitrées des musées récemment construits. Et c’est bien ce renversement de valeurs qui est au centre du spectacle, qui dévoile ce  que les metteurs ont scène ont nommé « Syndrome du Paysage », qui aurait supplanté le Syndrome de Stendhal (qui est rappelons le, un état de ravissement et parfois d’hallucination suite à l’admiration prolongée d’œuvres d’art). Témoignage, selon Patricia Allio, que  » le désir de s’abîmer dans la contemplation d’un paysage qui nous ravit, la soif inextinguible de nature, nous semblent exprimer la difficulté du sujet contemporain à renoncer à la  quête d’un sens qui le dépasse ».

Pour affiner son propos, le spectacle est ponctué de plusieurs exemples finement choisis, et qui piquent l’intérêt du spectateur. En effet, la « visite »parvient à interroger les paramètres du beau. La beauté, pour exister, doit-elle être  immaculée? Existe-t-elle, per se, ou dépend- elle de son environnement? Ce sont les questions, tournant toujours autour du sublime, que nous pose notre « guide » à travers de splendides clichés des montagnes de Bavière.  La vue, d’abord laissée à la délectation du spectateur, est ensuite révélée comme étant celle d’Hitler depuis son bureau du Berghof. Le malaise est créé, la beauté spoliée. Le jugement esthétique du spectateur se retrouve influencé par cette déclaration, puis par les images du bombardement de l’édifice,  qui confronte la beauté à l’horreur dans une tonalité tragique. Autant d’exemples de moments forts de la représentation, qui parviennent à  nous questionner de manière inattendue.

Le spectacle, par ses images, ses témoignages et par l’intrusion continue de la poésie, revient sur des notions clés qui permettent au spectateur de mieux comprendre la nature de son regard, en particulier sur la notion d’oeuvre, et interroge ses a priori esthétique. Une réflexion pertinente et intelligemment menée, qui réussit à remettre en cause certains discours normatifs, mais qui requiert toutefois certaines notions esthétiques au préalable.

Le spectacle s tiendra au Centre Pompidou jusqu’au 22 Novembre.

Visuel : Vincent Pontet

Infos pratiques

Les Cygnes
Théâtre du Palais Royal
centrepompidou

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