Danse

Le KRUMP gagne l’Atelier de Paris et la Biennale Val de Marne : Heddy Maalem – Eloge du puissant royaume

Le KRUMP gagne l’Atelier de Paris et la Biennale Val de Marne : Heddy Maalem – Eloge du puissant royaume

15 avril 2013 | PAR Smaranda Olcese

g_AtelierParis13MaalemEloge02aLe plateau de l’Atelier de Paris est placé sous haute tension.  Heddy Maalem y fait monter une louange électrisante au KRUMP et à ses formidables danseurs. Il maintient le mouvement à une intensité voisine de la déflagration cathartique, quelque peu bridée,  dans un geste chorégraphique qui lui permet d’explorer les ressorts intimes de cet art éminemment politique, alternatif et halluciné.

Né au sein de la communauté Afro-américaine de South Central à Los Angeles, dans la tourmente de la fin du 20ème siècle, le KRUMP a fait pour la première fois le tour du monde à travers le film de David LaChapelle, Rize, en 2004. En prise directe avec la violence des sociétés actuelles en dérive, cette danse est le véhicule d’une quête identitaire et plus encore spirituelle. Heddy Maalem reprend littéralement les mots à la base de cette abréviation : Kingdom Radically Uplifted Mighty Praise. Pour débusquer des monstres et dire l’inarticulé des paroles rentrées dans la gorge, le chorégraphe cherche l’essence de ce rite d’un nouveau genre en l’écartant et le déplaçant hors de ses cadres habituels. Les rythmes rapides et saccadés se fondent dans des accords de guitare ou, plus surprenant encore, de clavecin. Ce sont des moments de grâce où les danseurs, après un premier tour de force, évoluent comme en apesanteur, les corps empreints d’une extrême douceur et finesse alors que de terribles tensions continuent à les tirailler, raidissent les postures et alourdissent les gestes. Heddy Maalem contraint ses danseurs à la lenteur et c’est dans cette qualité aux antipodes des valeurs du KRUMP que sa terrible puissance de transfiguration se dévoile. Les corps vibrent d’une énergie puissante et pourtant les mains se posent dans des caresses. La transe n’est pas loin et pourtant un apaisement inespéré enveloppe les muscles tendus.

sg04cstephaniegriguerJigsaw aka Twin, Crow Boy Tiger, Big Trap, Kellias aka Bijuu, Spencer, Nach sont des danseurs et danseuses d’exception au style inimitable. Chacun a forgé sa pratique de la danse dans un contexte bien particulier, fruit d’une quête identitaire, qui au delà des personnages et facéties virtuoses, va au plus profond, touche à l’intimité. Au delà de la violence et de l’hyper-expressivité parfois démonstrative des gestes, la vérité des êtres éclate dans la texture même de ses soubresauts hautement chorégraphiés. Ils sont là devant nous comme des écorchés vifs et leur terrible radicalité prend aux tripes, remue les entrailles.

Une prochaine occasion de se laisser secouer : allez les voir au Théâtre Antoine Vitez à Ivry sur Seine, dans le cadre de la Biennale de Val de Marne le 17 avril !

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Smaranda Olcese

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