Danse
Le Festival Transdances ou l’allégresse des sols

Le Festival Transdances ou l’allégresse des sols

17 novembre 2021 | PAR Antoine Couder

Aperçu du nouveau festival de la scène nationale de Chalon-sur-Saône autour de trois spectacles qui explorent le travail au sol, rétablissant les mille facettes de l’horizontalité au cœur de l’écriture chorégraphique.

La forêt de Justine Berthillot

Artiste de cirque repérée avec une première pièce au CND de Pantin en 2015 (« Noos»), elle est aujourd’hui accompagnée par l’équipe de Chalon qui lui offre ici une carte blanche, carte postale plus exactement qu’elle rapporte d’Amazonie où elle a croisé la belle inspiration de Felix Blume. Le jeune prodige signe une bande-son que l’on écoute in situ avec un casque qui mélange clameur de la forêt et témoignages animistes, matière première de la danse de Berthillot, présentée dans un cube de verre d’une petite centaine de mètres carrés au sommet de l’Espace des arts. Le propos éco-féministe donne l’argument et l’occasion d’un beau déploiement au sol, dans cette hybridation de la danse et du cirque que les artistes imposent aujourd’hui sur le devant de la scène. L’écriture  joue à la fois de l’explosif et du taraudé, masse d’un corps insecte et nocturne illuminé d’un costume fuchsia ouvert sur une poitrine qui incarne la matrice ici visée. L’art d’être une femme et de s’abreuver aux grands mythes, d’être tout simplement là, au son d’un air de fête, une Lambada lointaine qui relie délicatement l’ici et le là-bas.

Notre forêt, Morgane Production, coproduction Espace des arts, 2021.

La Sévillane de Jane Fournier

Lauréate du programme « Création en court » (Atelier Médicis, 2019), la jeune chorégraphe tente ici de relier le Flamenco de son enfance (qu’elle dansait petite, en famille) et la culture du clubbing évoquée sur scène et en live avec Cédric Foin. Le pari est dangereux, souvent désincarné, et il faut saluer cette pièce avisée qui décompose plus qu’elle n’hybride, soulignant l’arrière du décor de son fameux « Bien Parado » (l’arrêt bien fait). Mise à nue en vérité du geste ancestral et attendu et de ses micro-variations qui en éclairent la doublure, plus vraie que nature. Ce qui apparaît alors, c’est moins la danseuse qu’un être désirant plus scabreux qu’il ne veut le dire. La chorégraphie faite d’immobilité et de dissociation joue de la brutalité simple et de la gravité, particulièrement volontaire dans cette toute première partie au sol et en talons hauts, durant laquelle le corps glisse sur une poussière de farine, entre poudre de béton et cocaïne, rendant au monde de la nuit son inquiétante et vorace autorité.

Bien Parado, Collectif de la Méandre et de la Cie Fernweh, coproduction Espace des arts. 2021.

La célébration d’Aïcha M’Barek et Hafiz Dhaou

Notamment remarqué pour « Ces gens-là » (2019) et ses spectateurs invités à envahir la scène, le duo aujourd’hui bien établi entre danse et théâtre propose une sorte de suite dans cette célébration pour trois solos crépitant sous la belle guitare électrique de Jean-Noël Françoise, ici seul « non-danseur » sur le floor. Encore une fois, le sol est exploré avec ferveur dans l’entrée de Fabio Dolce ahurissant de dextérité et la plongée à peine mobile de Stéphanie Pignon posée horizontale et tentaculaire à quelques centimètres d’un sol blanc et lumineux qui ondule autour de cette fente discrète par laquelle les danseurs entrent et sortent. Tout en langueur punk et orientale, Johanna Madonnet navigue proche du sublime. Au fur et à mesure, le mouvement engagé et tranchant se fait à la fois plus lourd et plus câlin, jouant d’une sensualité sous emprise où l’air brassé devient miel, où les danseurs eux-mêmes se font miel, tous imposants de variations opulentes, tous portés par un « dégouliné » progressant vers une extase qui se matérialise dix minutes avant la fin. Coitus interruptus ? Ce qui suit relève sans doute d’un auto érotisme débarrassé de la retenue qui faisait jusqu’ici son bel équilibre, à l’image de ce rock’n roll fantomatique qui soudain n’offre plus à voir que sa simple vanité.

Célébration, Cie Chatha, coproduction Espace des Arts 2021

Visuel :@Blandine Soulage

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Antoine Couder
Antoine Couder est journaliste. Il est l’auteur de « Fantômes de la renommée (Ghosts of Fame) », sélectionné pour le prix de la Brasserie Barbès 2018. Son travail explore le lien narratif entre document et fiction et plus particulièrement le thème de la musique et de la danse . Il prépare actuellement une biographie de Jacques Higelin (et de Castor Astral, 2021)

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