Danse

Kader Attou dans la joie et l’allégresse

Kader Attou dans la joie et l’allégresse

02 décembre 2019 | PAR Marianne Fougere

Avec Allegria, le directeur du Centre chorégraphique National de la Rochelle Kader Attou signe une pièce aussi poétique qu’hypnotique.

Il y a des semaines gris chagrin qu’on aimerait, non pas rembobiner, mais accélérer. Vous savez, ces semaines durant lesquelles la pluie d’invitée devient squatteuse attitrée. Ces semaines « noires » qui nous rappellent que se côtoient très grande précarité et consommation de masse effrénée. Ces semaines qui nous angoissent parce qu’elles introduisent celles à venir qu’on nous promet terribles …

Mais, même dans ces semaines gris chagrin, il y a des petits espaces-de-non-temps qu’on aimerait rembobiner. Encore et encore, pour qu’ils durent éternellement. Allegria est de ces moments qui arrêtent le sablier quotidien pour nous parler du temps présent. De ces moments qui nous figent le sourire aux lèvres et nous soufflent des poussières d’étoile sur les paupières.

Tout commence, pourtant, le plus simplement du monde. Un homme, une valise et la curiosité qui cède très vite la place aux convoitises. Le décor planté, ce sont tous les thèmes chers à Kader Attou qui sont convoqués : exil et voyage vers l’inconnu, rapport à l’autre et au collectif, violence du monde et urgence climatique. Rien de très joyeux me direz-vous.

Pourtant, la pièce est portée par une légèreté que l’on ne connaissait pas au chorégraphe. Ainsi, en allant chercher la poésie tantôt dans le corps des danseurs, tantôt dans le burlesque des situations, Attou rend lumineuse la noirceur du monde, à l’image de cette impressionnante marée noire contre laquelle ses huit danseurs tentent de résister.  

Mieux, il s’amuse des éclairages de couleurs ainsi que des plans et registres pour coudre de fil d’or un écrin à ses danseurs. Sauts, équis, spins, etc. : chacun semble avoir sa spécialité et l’on ne peut qu’admirer leurs prouesses aussi techniques qu’olympiques. Mais, l’enchantement vient d’ailleurs. Les têtes tournent, et la nôtre avec, émerveillée par la grâce avec laquelle les corps s’effondrent et se relèvent.

Aussi, quand la semaine gris chagrin reprend son cours, c’est à notre tour d’hausser en rythme les épaules, bien déterminés à déceler la beauté modeste mais précieuse du quotidien.

Jusqu’au 5 décembre, à Chaillot.

Visuel : © Justine Jugnet

Infos pratiques

Théatre Gérard Philipe
Comédie saint michel
theatre_national_de_chaillot

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *