Danse

José Montalvo et Dominique Hervieu revisitent le mythe d’Orphée

05 juin 2010 | PAR Alienor de Foucaud

Jusqu’au 19 Juin, le duo Montalvo-Hervieu, dirigeant le Théâtre National de Chaillot depuis 2008, y présentent leur dernière création, Orphée, et proposent au public un mythe loufoque et décalé. Cette création clôt un cycle de vingt ans, et joue de l’ambigüité d’un mythe tout à la gloire de la puissance créatrice du poète, mais dans lequel on déplore aussi les limites de celui-ci.

L’écriture chorégraphique de ce duo d’artistes est nourrie de danse classique et contemporaine, de hip hop, de danse africaine, de flamenco, de cirque et de théâtre, superposant le vivant et le virtuel, la réalité et l’imaginaire, la scène et les projections vidéo avec un goût prononcé pour le baroque et le métissage des genres et des cultures.

L’agencement des séquences narratives est ici effectué selon une théâtralité de roman-collage, juxtaposant des réalités venues d’horizons différents et restituant toutes les étapes du mythe : un Orphée charmant les animaux, un Orphée amoureux, la mort d’Eurydice, la descente aux enfers, la réussite et l’échec fatal, la deuxième mort d’Eurydice et Orphée déchiré par les Bacchantes. Enfin, une interrogation de jeunes artistes sur la quête du succès qui a pris les traits d’Eurydice.

Sur scène, un jeune hip hopeur unijambiste accompagne un échassier, venant du Cirque du Soleil, ils forment tous deux un binôme et évoquent Orphée à travers le mouvement et des imaginaires corporels, la présence de ces deux corps raconte l’ambivalence des êtres : puissance et fragilité.

En arrière-plan, une vidéo projette le parcours onirique d’un jeune homme d’une vingtaine d’années qui découvre sur les quais de Paris un livre sur le mythe d’Orphée. Dans son rêve, le Paris de carte postale se mélange à ses inquiétudes et ses désirs. La vidéo fonctionne alors comme un deus ex machina contemporain, jouant avec l’art du collage, du montage et du détournement.

Dominique Hervieu et José Montalvo interrogent à travers le mythe d’Orphée le pouvoir de l’art et de l’amour face aux forces sauvages, à l’animalité, à la férocité des pulsions, à la violence de la nature, mais aussi face à l’oubli et à la mort. Les danseurs révèlent leur part d’animalité, se métamorphosant en bêtes sauvages.

L’originalité et le défi que relèvent ces deux artistes, c’est de réussir à mêler aux opéras de Gluck et Monteverdi des versions lyriques contemporaines, d’horizons et de cultures variées. De formation classique, ou de culture traditionnelle africaine, sept musiciens sont sur le plateau et chantent en direct, jouant en toute liberté à passer d’un répertoire à l’autre. Un violoncelle accompagne un théorbe, et un contre-ténor complète cette distribution hétéroclite et kaléidoscopique. Tous sont Orphée et Eurydice à tour de rôle et brisent les hiérarchies de la danse et des arts qui l’accompagnent.

Empruntant à l’univers merveilleux et féerique de la légende, cette création sort du temps pour entrer dans un autre temps, celui de la création poétique. Et puisque les légendes n’ont pas d’âges, toutes les cultures sont invitées à revisiter celle-ci. Le mythe est ainsi raconté tant par le visuel, le chant que la danse, illustrant un art total, sans frontières ni carcans,  et une danse expressive d’elle-même.

Orphée, José Montalvo et Dominique Hervieu, Théâtre National de Chaillot, jusqu’au 19 Juin, http://theatre-chaillot.fr/danse/orphee

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