
J’habite une blessure sacrée, Max Diakok danse ses plaies au Off d’Avignon
La compagnie Boukousou s’est installée chez Philippe Decouflé, dans son siège, La Chaufferie, à Saint Denis, pour créer en 2018, J’habite une blessure sacrée, un solo entre tradition et contemporain, comme suspendu. A voir au Golovine jusqu’au 26.
Seul en scène ? Pas vraiment. Dans une entrée au plateau aussi originale que percutante (vous verrez!) Max Diakok est autant les fantômes du massacre de Mai 67 en Guadeloupe qu’il a perçu enfant, que l’héritage d’une identité mixte. Seul vivant, ça oui, il se confronte aux images (magnifique travail vidéo de Claudio Cavallari) qui lui impose une marche dans une jungle peuplée de spectres.
Max Diakok se présente à nous sans réel costume. Un tee-shirt et un pantalon confortable, la sensation est cool. Sa danse puise dans le Gwoka. Cela donne un buste raide comme le tronc d’un arbre dont les branches sont mouvantes. Les bras sont longs et les hanches très mobiles. Entre samba et danse africaine le bas du corps est comme habité par les démons, obligé d’avancer.
Max Diakok occupe tout le plateau dans une déambulation très vive, souvent de dos. Il prend dans sa colonne vertébrale la mémoire de cultures diverses. Cette pièce est le cœur d’un triptyque composé de Depwofondis et qui sera prolongé en 2020 par Masonn (Murs), une pièce que Max Diakok ne dansera pas.
Il y a la sensation ici d’une physicalité forte atténuée par l’ancrage à la terre. L’extrême mobilité du danseur nous met dans une transe qui décale ce que l’on voit et ce que l’on ressent. Tout le propos est ici entre beauté et horreur. Le titre de la pièce est tirée d’un poème d’Aimé Cesaire. La strophe suivante dit « J’habite des ancêtres imaginaires », c’est exactement ce que Max Diakok réussit à provoquer.
A voir au Golovine, 1 bis rue Sainte Catherine du 5 au 26, relâche les 8, 15 et 22. A 12h45- Durée 45 minutes.