Danse
[Interview] Laura Arend « Je veux mixer Gaga et Yoga »

[Interview] Laura Arend « Je veux mixer Gaga et Yoga »

08 décembre 2016 | PAR Amelie Blaustein Niddam

De passage à Paris, nous avons rencontré la pétillante danseuse et chorégraphe franco-israélienne Laura Arend, en préparation de son spectacle « Yama », qu’elle donnera le 20 janvier au Théâtre Ménilmontant.

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©Yann GOUHIER

Que faites-vous ici, à Paris ?

Je suis à Paris parce qu’on avait rendez-vous avec mon administratrice pour ma nouvelle création. Elle s’inscrit dans la droite ligne directrice de mon travail qui est de mêler la danse – avec laquelle je dors, je mange, je rêve –  et ma deuxième passion qui est le voyage. Dès que je peux prendre mon sac à dos, j’y vais! Par exemple en septembre, je suis allée au Guatemala et au Mexique. L’idée, c’est donc que chaque création ait un lien avec un de mes voyages. C’est le cas de Yama, qui a un rapport avec l’Inde où j’ai fait ma formation de professeure de Yoga pendant quatre semaines. Et ce qu’on dit est vrai : quand on arrive dans ce pays, on se prend une vraie claque, pour tout. En écho à ce séjour, j’ai créé Yama l’année dernière. En janvier, ce sera la première fois qu’il sera joué à Paris. Après ça on partira un mois en Inde, et nous sommes actuellement en pleine négociation pour jouer Yama à Tel Aviv. Pour la prochaine création, ce sera moins compliqué d’aller jouer en Israël, car c’est une création Franco-israélienne in situ.

Que pensez-vous du travail dans les lieux hors cadre, comme les musées ?

J’aime bien lier la performance à l’art visuel, et ce depuis le CNSM. Il y avait une rétrospective de Keith Haring et on a demandé à ma promotion de faire un performance là bas. Et j’ai trouvé ça génial! J’ai aussi travaillé au musée Guggenheim de New York ; j’étais l’assistante d’une ancienne danseuse. Je ne sais pas…à chaque fois que je danse dans un musée je m’y sens mon aise. J’adore l’art donc dès que j’ai l’occasion de faire une performance dans un lieu d’exposition, je fonce ! Pour les dix ans du mouvement Dada, on m’a demandé de faire une pièce très courte d’une dizaine de minutes. C’était de l’improvisation, structurée mais de l’impro quand même! La galerie était grande donc j’ai conçu une déambulation. Mais ça m’a un peu choquée parce que comme c’était au sous-sol, les gens avaient du mal à y accéder et quand ils arrivaient, ils n’osaient rien toucher… Mais le musée n’est pas un lieu sacré ! Alors j’ai restructuré l’espace en disant que dans un coin c’était ma chambre, l’autre c’était mon bureau, alors les œuvres d’art étaient comme de simples posters dans mes toilettes. Le but c’était vraiment de désacraliser l’art, et ça a marché et ça m’a vraiment fait chaud au cœur. Les personnes de l’ambassade et de l’institut français étaient super contents. Après, j’ai plus d’adrénaline sur un plateau dit classique!

À qui s’adressent vos spectacles ?

Je viens d’une famille très cartésienne, très scientifique, je pense à eux quand je crée. Comment faire en sorte que des personnes, comme mon père, fans du Paris Saint Germain, qui travaillent dans la finance soient heureuses de venir à mon spectacle ? Quand les gens dansent, s’amusent, ça me fait plaisir. Et cela n’empêche pas qu’il y ait du fond ! Mais la forme compte évidemment beaucoup pour moi.

Quelles sont vos « stars » ?

Je suis fan de Ohad Naharin, il m’inspire beaucoup, et Prejlocaj avant aussi, beaucoup. Mais je ne veux plus travailler dans des compagnies, je n’ai jamais été à la Batsheva.  Je prends des cours avec Ohad Naharin mais je n’ai pas envie de travailler pour un chorégraphe. Quand j’étais au Kibbutz Contemporary Dance Company par exemple, je faisais 150 dates en un an, passée freelance j’ai peut être dû en faire 10 mais pour moi ça valait les 150 que j’avais exécutées sous ce label, parce qu’il s’agissait ma propre expression. Du coup ça me va très bien d’être seule.

Votre technique puise-t-elle dans le yoga ?

Comme je suis également professeure de yoga, on peut retrouver quelques postures dans mon univers. En particulier dans Yama parce que c’est très axé sur l’Inde. Ici, j’y ai beaucoup développé les règles des cinq yama sur le bonheur. J’essaie de développer ma propre technique. C’est par exemple ce que j’ai fait à Besançon ou ce que je compte faire prochainement au Point Éphémère. J’aimerais amener les danseurs au yoga. Je veux mixer Gaga et Yoga, je vois les limites de chaque performance et j’essaie de les confronter. Pour Yama par exemple, on alternait yoga et gaga tout au long de nos répétitions, et le problème qui s’est posé pour le yoga c’est le manque de gestuelle ; les danseurs avaient besoin de bouger alors qu’au contraire dans le yoga, on se recentre, on occupe très peu l’espace. J’espère que je réussirai un jour à combiner les deux.

Pour Five, ma prochaine création, la lumière est surtout sur Israël, pour célébrer mes cinq ans de vie dans ce pays et sans doute ma dernière année… Il y aura donc toute une performance autour du chiffre 5. Il y a par exemple cinq interprètes, mais cela fait aussi écho aux cinq livres de la Torah, les cinq doigts de la main, les cinq jours de la création… Tout ce qui touche au chiffre 5 dans la culture hébraïque, et après je l’ai ouvert… Avec les cinq océans, Chanel n°5… On jouera cette pièce au théâtre Golovine dans le Off Avignon, cet été. Puis en décembre je pars à New-York rencontrer le musée de l’Holocauste. L’équipe est très intéressée pour collaborer avec la compagnie. L’avantage de cette pièce c’est qu’elle peut être jouée aussi bien en intérieur, dans un théâtre, qu’à l’extérieur.

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Le 7 janvier à 20h je serai aux 16ème Rencontre chorégraphique Mouvement Contemporain au Théâtre Douze (Paris) pour présenter un solo qui fait partie de mon processus vers Five, autour de l’univers du parfum Chanel n°5. Je trouve vraiment que c’est un parfum iconique Mon arrière grand-mère le portait, ma grand-mère le portait également et je le porte à mon tour. Il y a donc une vraie histoire derrière ce parfum… Puis je suis bouleversée par l’histoire déroutante de Gabrielle Chanel. Enfin l’idée de travailler à partir d’une senteur est très excitante. Je crée donc ici vingt minutes qui seront jouées du 15 au 17 mars au Point Ephémère à Paris. Le 16, on fera une sorte de rapide sortie de résidence, en work in progress, en plein processus de création avec mes danseurs de Five. Et enfin en avril, je pars en Inde pour quatre semaines pour y jouer Yama dans quatre villes grâce à l’Agence française. Quand je l’ai appris, j’ai pleuré toutes les larmes de mon corps tant j’étais heureuse! Je peux considérer que la boucle est bouclée.

Irma (étape de travail de FIVE) – les 6 et 7 janvier – Théâtre Douze (Paris)

YAMA – Le 20 janvier 2017 – Théâtre de Ménilmontant

FIVE – Festival Avignon Off – Théâtre Golovine

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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