Danse

Hommage aux Ballets russes: Preljocaj enchante Versailles

09 juillet 2010 | PAR Alienor de Foucaud

Dans le cadre des Fêtes du château de Versailles, Preljocaj redonne vie aux Ballets russes de Diaghilev. Noces et Le Sacre du Printemps sont présentés en miroir sur le Bassin de Neptune dans un décor de jardin à la française. Deux pièces intimement cousines scandées par les compositions de Stravinsky dont le rythme et l’harmonie épousent parfaitement la gestuelle contemporaine du chorégraphe libanais.


On se souvient du scandale provoqué par la première du Sacre du Printemps le 29 Mai 1913 au Théâtre des Champs-Elysées, chorégraphié par Nijinski: « une bombe atomique de la nouvelle musique » venait d’exploser sur la scène parisienne. Aujourd’hui encore, les partitions d’Igor Starvinsky continuent de résonner dans un dynamisme sans précédent: « Il me semble que j’ai pénétré le secret du rythme du Printemps » entonnait le compositeur alors qu’il écrivait la pièce.

Important rite sacral et païen, ce ballet célébrait la danse de la mort d’une jeune fille sacrifiée pour rendre propice le dieu du printemps. Réinterprétée par Preljocaj en 2001, l’Elue n’y est plus présentée comme une victime expiatoire consentante mais comme une révoltée qui se bat et résiste, prise entre son désir de rester en vie parmi les autres et son besoin  de transcendance.

Le chorégraphe offre ici une danse primordiale qui célèbre et se heurte à la toute puissance de la nature, qui dénude et replace à son juste endroit le corps civilisé, une danse charnelle, féroce et exigeante. Les danseurs s’adonnent à de violents corps à corps, épousant avec l’animalité de la nature et de la chair mise à nu.

« Cette musique n’a de cesse de charrier la lente montée du désir, en même temps qu’une sorte de panique contenue. » Un élan d’une force irrémédiable anime des courses effrénées, les pas de deux cavalent, pirouettes et sauts groupés s’allient aux arabesques basculées formant une nouvelle grammaire du mouvement: « Je suis un amoureux du mouvement. J’apprécie ce choc des corps entre eux, comme il            y a un choc des mots entre eux. »

Dix ans plus tard, en 1923, Noces, composé entre 1914 et 1917 par Stravinsky est mis en scène par Nijinska, c’est l’univers de la fête villageoise russe du XIXème siècle qui apparaît en robes de velours et fichus stylisés. Créant sa propre version du ballet en 1989, Preljocaj s’inspire de la tradition albanaise du mariage vécu comme un rapt, les mariées, marionnettes de chiffon blanc, se disloquent en plein vol. Toute la sauvagerie rugueuse de la partition transparaît au travers de féroces duos livrés à une cérémonie tragique. Ici, le drame plane au-dessus de danseurs violentés dans une sauvagerie démesurée: corps étirés, chocs, élans primitifs…La danse fait corps avec la musique formant un choeur polyphonique.

Sur fond de décor minimaliste, cinq bancs en bois pour Noces, six blocs de terre pour Le Sacre, la brutalité et le tragique continuent ainsi d’animer l’érotisme de Preljocaj. En rendant hommage aux Ballets russes, le chorégraphe confirme un style qui fait se télescoper académique et moderne. Les pas de deux sophistiqués dialoguent avec un rythme plus contemporain fait de courses folles, sa plume d’auteur chorégraphe excelle à mettre en mouvement le sentiment et l’extase.

Noces, Le Sacre du Printemps, Ballet Preljocaj, les 8 et 9 Juillet, à 21h30; Bassin de Neptune, Château de Versailles (RER C)

Angelin Preljocaj présentera sa nouvelle création, qui réunit des danseurs du Ballet Preljocaj et du Théâtre du Bolchoï, à l’Opéra Royal de Versailles, du 27 au 30 décembre 2010. www.chateauversailles-spectacles.fr

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