Danse
[Festival d’Automne] « Tordre », les hésitations de Rachid Ouramdane

[Festival d’Automne] « Tordre », les hésitations de Rachid Ouramdane

04 novembre 2016 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Le Théâtre de la Ville (désormais dans la Ville !), le Festival d’Automne et le Théâtre de la Cité Internationale invitent le chorégraphe Rachid Ouramdane à présenter son duo Tordre. Un spectacle qui a tout d’un chef-d’oeuvre mais qui bute par un désir de performance jamais atteinte.

[rating=3]

De Rachid Ouramdane, co-directeur du Centre chorégraphique national de Grenoble (CCN) aux côtés de Yoann Bourgeois, on aime la grâce, présente dans un spectacle comme Tenir le temps. Dans sa quête chorégraphique on le voit en route vers un geste performatif et obsessionnel, peut-être dans la veine du très en poupe Alessandro Sciarroni. Avec Tordre, on retrouve cette tension de façon à la fois fascinante et inaboutie.

Il s’agit d’un duo pensé pour deux danseuses qu’il connaît bien. Lora Juodkaite était dans Des Témoins ordinaires et Sfumato et Annie Hanauer dans Police ! Un duo pensé comme deux solos autobiographiques. La Lituanienne tourne depuis qu’elle est enfant ce qui lui permet d’atteindre une sensation de tourbillon voire d’ouragan. L’américaine a elle un bras en bois articulé ce qui lui donne l’allure d’une poupée agile. Toutes deux sont deux danseuses à la grammaire opposée. La première est classique, la seconde est contemporaine. Elles entrent ensemble, dans une répétition, une entrée qui ne s’accomplit jamais et qui s’accompagne toujours d’une sortie. Mais cela pêche dès le départ. Pas assez fort, pas assez raide, ce commencement ne fait pas coup de poing alors que le sujet lui est fascinant.

Puis viennent des éclats de beauté pure. Le premier solo tout en torsions de Lora Juodkaite ne semble jamais contraint. Le solo de Annie Hanauer, dans la pure tradition de la post dance américaine, où elle vient incarner Morris Albert chantant en hésitant volontairement le tube planétaire Feeling est juste impeccable. Là le chorégraphe touche son but, celui d’allier beauté et anti-classicisme. Mais, le décor, un grand panneau courbe beige, se pare trop souvent de lumière dorée, en halo et la musique, classique ou rock parfait collée aux gestes qui auraient été sublimés par une épure encore plus radicale.

Là où l’effet ne marche pas, justement à cause de ces enrobages jolis, c’est quand Lora Juodkaite tourne et tourne encore. Il devrait y avoir de la folie, de la gêne ou de la fascination, mais rien de tout cela opère sur nous à part une hypnose soporifique.

Rachid Ouramdane semble peut-être vouloir produire des pièces accessibles à tous. Il se trompe, car il rate de peu le coche qui l’emmène vers la perfection.

Rachid Ouramdane / TORDRE © Patrick Imbert

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