Danse

Cristiana Morganti : Danser avec Pina

Cristiana Morganti : Danser avec Pina

27 juin 2019 | PAR Raphaël de Gubernatis

Lors d’un merveilleux spectacle qu’elle a conçu elle-même, Cristiana Morganti, danseuse de Pina Bausch durant 22 ans, raconte avec une verve et une justesse éblouissantes le travail des danseurs du Tanztheater de Wuppertal avec la chorégraphe allemande.

« Moi, j’ai dansé parce que je ne savais pas m’exprimer avec les mots. Mais toi, Cristiana, tu aimes tellement parler ! ». C’est avec cette remarque de Pina Bausch faite dans un taxi après que la chorégraphe a ri à gorge déployée d’une anecdote racontée par Cristiana Morganti que cette dernière commence son spectacle « Danser avec Pina » (« Moving with Pina »). Et comment ne pas donner raison à la chorégraphe allemande ? Cristiana Morganti aime parler. Et avec un charme, une intelligence, un humour qui enchantent.

La Dame de Wuppertal

Son propos : narrer la façon dont les danseurs du Tanztheater de Wuppertal, cette troupe devenue mythique, travaillaient avec l’une des plus grandes créatrices du XXe siècle. Elle en parle pour l’avoir vécu : durant plus de vingt ans, Cristiana Morganti a dansé et joué pour Pina Bausch. Mais elle s’exprime avec tant d’authenticité, tant de pertinence, en analysant si magnifiquement les choses, en relevant des anecdotes ou des traits de caractère de la chorégraphe si bien choisis et si éloquents, en illustrant le travail demandé à chaque danseur en réponse aux questions posées par Pina Bausch, en évoquant avec tant d’esprit les « corrections » systématiques que celle-ci indiquait à ses danseurs au lendemain de chaque spectacle, tout comme son extrême souci de perfection, qu’elle permet, même à ceux qui ont suivi le travail de la Dame de Wuppertal sur plus de trente ans, de pénétrer plus avant les arcanes de ses créations, de découvrir des motivations insoupçonnées, des pistes fondamentales sans lesquelles on passe à côté de bien des choses.

Une personnalité flamboyante

Pour concevoir et interpréter un tel spectacle, puisque cette « conférence » dansée en est un, à part entière, il fallait une personnalité flamboyante. Cristiana Morganti, avec sa belle gueule de Romaine, sa crinière de lionne, ses regards noirs, sa dégaine inimitable, cet humour qui accompagne son élégance, a rejoint bien évidemment la cohorte des monstres sacrés qui ont fait les grandes heures du Tanztheater : Josephine Ann Endicott, Meryl Tankard, Malou Airaudo, Nazareth Panadero, Mechtild Grossmann, Julie Shanahan, Julie Ann Stanzak, Sylvia Kesselheim et on en oublie.
Il fallait une femme de cette trempe-là pour reprendre magnifiquement des passages emblématiques de quelques-uns des chefs d’œuvre de Pina Bausch. Mais Cristiana Morganti a aussi pour elle d’être une merveilleuse narratrice, de s’exprimer verbalement comme bien peu de danseurs savent le faire, de savoir aussi analyser justement les choses, et avec une tournure d’esprit qui leur confère un piquant supplémentaire. Avec cela, elle s’exprime dans un français magnifique, délicieusement pimenté d’une pointe d’accent italien qui lui confère un charme supplémentaire. Au Théâtre des Abbesses où elle se produit, dans le cadre des manifestations du Théâtre de la Ville destinées à célébrer le dixième anniversaire de la mort de la chorégraphe, décédée à Wuppertal le 30 juin 2009 (juste un mois avant la mort de Merce Cunningham à New York, survenue le 26 juillet de cette même année), Cristiana Morganti a soulevé l’enthousiasme du public par son charisme, son authenticité, sa maîtrise de la scène, son humour, son impeccable savoir-faire, sa façon aussi de rappeler combien le style de Pina Bausch a marqué des générations entières de spectateurs. Sa sortie de scène, dans une longue robe rouge à bustier impossible, et alors qu’elle interprète une gestuelle « pinabauschienne » emblématique, est bouleversante. Et le tonnerre d’acclamations et d’applaudissements qui la salue alors dit avec éloquence combien Morganti a su émouvoir et émerveiller le public du Théâtre de la Ville.

Raphaël de Gubernatis

« Danser avec Pina » (« Moving with Pina ») de Cristiana Morganti.
Jusqu’au 29 juin 2019. Théâtre des Abbesses ; 01 42 74 22 77.

Dimanche 30 juin, au Théâtre des Ambassadeurs (Espace Cardin), le Théâtre de la Ville rend toute la journée hommage à Pina Bausch le jour du 10e anniversaire de sa disparition, avec une classe tout public, une conférence, des documentaires. De 11h à 20h. Théâtre de la Ville ; 01 42 74 22 77.

Le Tanztheater de Wuppertal se produit du 29 juin au 3 juillet 2019 au Théâtre de Chaillot dans une pièce d’Alan Lucien Oyen, « Bon voyage, Bob ». Puis à la Grande Halle de la Villette du 8 au 11 juillet dans un ouvrage de Dimitris Papaioannou, « Sans elle » (Since She). Location Théâtre de la Ville ; 01 42 74 22 77.

 

visuel : Antonella Carrara

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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