Danse
Compulsory Figures : Les belles images de Xavier Veilhan à la Villette

Compulsory Figures : Les belles images de Xavier Veilhan à la Villette

19 décembre 2019 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Jusqu’au 22, Xavier Veilhan dessine, Stephen Thomson patine, Angèle Prunenec vocalise. La bande son est dirigée par Maud Geffray. Sur le papier c’est une bombe, à voir, c’est de la neige fondue.

Là où Roméo avait installé son « parking des anges » se trouve donc pour quelques jours une patinoire. C’est dire la démence de l’idée. Quand on entre, on croise un panneau où il est très sérieusement écrit qu’il est interdit de marcher sur la glace. « Quand on entre », tiens, arrêtons-nous là-dessus. 18 décembre, 19h. Aucun moyen de transport n’amène à la Villette. Dans la file, les discussions sont toutes les mêmes : « Je suis partie à 17h30 du 18e », « J’ai pris le 3b, en tout j’ai mis 1h15 pour faire Hôtel de Ville-La Grande Halle ». Saluons donc le public, avant tout, qui depuis le 5 est présent dans les salles, qui marche ou roule, ou se tient debout compressé dans les métros, les bus et les tramways. 

Ensuite, quand on entre, il y a de l’envie. Trois gradins entourent la patinoire. En face, trois écrans projettent des extraits de films ou de documentaires. On croise des astronautes s’amusant à faire du skate en apesanteur, un Buster Keaton où une maison s’effondre et beaucoup de lignes.

La chute, les lignes, ces deux axes chorégraphiques sont des choses que nous adorons et qui sont au cœur de ce spectacle. Xavier Veilhan écrit : « Ce qui m’attire aujourd’hui c’est l’apesanteur horizontale que seule peut produire la glace ». Pour renforcer cette idée d’élévation, la musique intervient. La techno à la fois métallique, deep et enveloppante de Maud Geffray (qui est la « moitié » de Scratch Massive) est juste géniale. Elle  a ici composé avec Alva Noto. On aurait adoré la voir sur cette scène glacée. Mais la musique est diffusée. Stephen Thomson chausse les patins et se lance. Il trace de ses lames des huit parfaits. Tout en noir, seule la mémoire de son passage reste. Ce sont des « compulsory figures ». A prendre en photo, c’est merveilleux. 

Xavier Veilhan est sur scène, en hauteur. Il dessine de façon plus classique, avec des stylos et des feuilles en essayant de penser d’abord une allégorie de structure avant de s’attaquer à l’évanescence du geste qui glisse. Malheureusement, son trait n’entre que très peu en résonance avec le geste athlétique. Le problème majeur est là. Prises indépendamment, toutes les composantes de ce puzzle sont de l’or. Ce n’est pas la jolie lumière associée au talent du patineur et la musique formidable qui suffisent à faire un spectacle. Le côte-à-côte ne permet pas de créer un propos. 

Xavier Veilhan est un artiste pluriel. On le connaît  pour ses sculptures, son studio d’enregistrement, ses chevaux… Il n’est donc pas étonnant de les voir s’amuser du côté du spectacle. Mais après les premières minutes, la proposition lasse par son évidence. Tout est à vue. Rien n’y fait, et, pardon pour le jeu de mots,   cela nous laisse froids. La beauté sans idée directrice, cela provoque une oeuvre plastique très agréable à regarder mais en aucun cas une pièce mémorable.

Visuel compulsory figures (c) Romazin Etienne

 

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