Danse
Cinédanse : Pomiès l’excentrique

Cinédanse : Pomiès l’excentrique

08 juillet 2021 | PAR Nicolas Villodre

Parmi les isadorables, pour reprendre le néologisme de Fernand Divoire, figure Lisa Duncan, l’une des plus photogéniques jeunes filles adoptées par Isadora, une danseuse extrêmement douée qui transmit son répertoire à  Madeleine Lytton et contribua à faire connaître son partenaire sur scène : Georges Pomiès.

Le mime Pomiès

Pierre Bost, dans son livre Le Cirque et le music-hall (1931) classait Georges Pomiès parmi les « excentriques ou les fantaisistes, qui sont, sans erreur possible, les grands maîtres du music-hall moderne ». Après des études scientifiques, Pomiès passe en autodidacte de la dent à la danse. Il gagne un concours d’amateurs à la Cigale en imitant les vedettes de l’époque (Maurice Chevalier, Pearl White, Al Sherman, Harry Pilcer). Il suit le conseil de Paul Franck de l’Olympia et exploite ses dons de danseur, de « danseur moderne, disons même moderniste », déclare-t-il en 1927. Son modèle est alors un partenaire de Mistinguett, le danseur excentrique Earl Leslie, capable selon lui de « mouvements violents mais toujours harmonieux ».

Nous ne sommes pas les seuls à avoir observé que Jacques Tati a débuté en imitant l’imitateur. En particulier, en reprenant caricaturalement les pantomimes sportives de Pomiès (il faut dire que la sœur de ce dernier, Carmen, était une championne de haut niveau en athlétisme et en… rugby). Fernand Divoire résumait en quelques notes prises au théâtre l’art singulier de Pomiès : « Raideur souple, maîtrise nonchalante, feutrée, caoutchoutée, bonds de laine à ressort, épaules désarticulées de Petrouchka de Pantruche, invention douloureuse et diverse, géniale fantaisie, délicatesse populaire, style de la vie moderne, âme de passereau tragique et enjoué, révolté et gaîment libre, moderne Ingénu de Watteau et qui habite rue de la Gaîté, gosse espiègle et ravi, gars déchaîné et tendre, pris par la danse comme par un rythme de boxe ».

Danseur et comédien  

À partir de 1929, le style de Pomiès évolue. Il se voit confier les cours de danse de l’Atelier de Charles Dullin ; il crée des « poèmes dansés » ;  il est distribué dans des pièces du théâtre d’avant-garde ; il fait aussi partie des artistes engagés du groupe Octobre. Il interprète des blues de Jean Wiener, danse sur des morceaux de Darius Milhaud, d’Arthur Honegger, de Claude Debussy. On le retrouve en Polichinelle dans les intermèdes du Malade imaginaire monté par Gaston Baty au Théâtre Montparnasse. Il forme un couple artistique avec Lisa Duncan, qu’il séduit et subtilise à Louis Jouvet. On trouve trace d’un des récitals de 1931 dans une Actualité Éclair où ils interprètent un Tango d’Albeniz et dans la danse Sans souci. Il collabore à des productions filmiques, à des courts puis des longs métrages : Frivolités (1929) de René Le Hénaff et François Mazeline, La Joie d’une heure (1930) d’André Cerf,  Tire-au-flanc (1928) et Chotard et Cie (1932) de Jean Renoir, Ciboulette (1932) de Claude Autant-Lara.

Jean Renoir déclarera après-guerre : « Une autre grande raison en faveur de Tire-au-flanc c’était mon admiration pour un danseur intéressant, c’était un homme très bien, presque un ascète dans la vie, un véritable altruiste oui, Pomiès était un homme passionnant, et c’est en partie à cause de lui que j’ai fait Tire-au-flanc. » Dans les années 1990, Marie-Jeanne Lemaire déposa à la Cinémathèque de la danse une archive unique en 16 mm muet montrant Pomiès dans deux pantomimes, en tenue de ville, vêtu d’un large pantalon en toile et couvert d’un fameux pull en laine, en plein air, à la campagne, sous la neige, devant un muret en pierres. Peu de temps avant sa disparition prématurée, en 1933, à peine âgé de trente-et-un ans. 

Visuel : Pomiès dans « L’Homme sans bras » (1929), ph. Parry, in Danser c’est vivre (1939).

 

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