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[Cannes 2021, Compétition] Le genou d’Ahed de Nadav Lapid

[Cannes 2021, Compétition] Le genou d’Ahed de Nadav Lapid

08 juillet 2021 | PAR Yaël Hirsch

Lauréat de l’Ours d’or avec Synonymes, Nadav Lapid est doublement en compétition à Cannes, avec son long métrage, Ha’Berech (Le genou d’Ahed), et son court The Star. Le premier, projeté comme deuxième film de la compétition à Cannes, transmet un sentiment d’urgence et a été fortement applaudi. 

Rencontre artistique aux confins du pays

Alors qu’il s’apprête à réaliser un film sur l’adolescente palestinienne contestataire Ahed Tamimi, le cinéaste Y. (Avshalom Pollak) est invité à projeter un de ses films dans un village de la région désertique de l’Arava, aux confins d’Israël. C’est la sympathique Yahalom (Nur Fibak), fille du pays upgradée sous-directrice des bibliothèques de l’État au siège de Jérusalem, qui organise la rencontre. Quand Yahalom explique à Y. qu’il va falloir signer un papier où il doit cocher une case sur une liste déterminée quant au sujet du débat qui suit la projection pour être payé, le réalisateur à fleur de peau est heurté jusqu’aux tripes par cette censure… 

Un mirage ou un cauchemar ? 

Dans un paysage unique où les mots semblent tourbillonner comme le sable autour du schibboleth de « miracle » (« ness »), les dialogues entre les deux protagonistes glissent vers la violence au fur et à mesure que les flash-back du service militaire de Y. et les concessions faites à l’administration pour encadrer l’art sont évoquées. Lapid filme les paroles, les visages et les falaises de sable, tous ensemble dans un cercle infernal qui est désormais sa signature. 

Un sentiment d’urgence 

L’histoire puise aux sources d’une anecdote véridique et de la maladie sans espoir de la mère lointaine, si bien que du paysage au bout du monde nait un sentiment fort d’urgence. La caméra de Nadav Lapid balaie les personnages comme des pantins, par la nuque ou bien en les suivant dans le désert pour mieux se retourner et les percuter de face. Les images sont sublimes, le corps mobile de Avshalom Pollak et les rondeurs sympathiques de la solaire Nur Fibak se complètent avec harmonie et sensualité pour mieux nous confronter aux pics écorchés des thèmes abordés : la mort des illusions et celle d’un pays qui musèle ses artistes et empêche ses citoyens de réfléchir. La charge est forte, viscérale, peut-être débordante ; mais l’urgence est là, insurmontable. 

Le genou d’Ahed de Nadav Lapid avec Avshalom Pollak et Nur Fibak, France-Allemagne-Israël, 2h19, en compétition et au cinéma le 15 septembre 2021

visuel © Photo du film, Pyramide Distribution

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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