Danse

Ballet de Lyon : Inger ne dépare pas face à Kylian

Ballet de Lyon : Inger ne dépare pas face à Kylian

25 avril 2018 | PAR Raphaël de Gubernatis

Des programmes entiers consacrés à Merce Cunningham, Trisha Brown, Jiri Kylian, Mats Ek ou William Forsythe ; un répertoire d’une richesse et d’une diversité que ne connaît aucune autre compagnie de danse contemporaine : le Ballet de Lyon, depuis plus de trente ans, affiche une santé insolente, une renommée internationale et des danseurs toujours exceptionnels.

Exceptionnels parce que, contrairement à d’autres, et génération après génération, ils savent miraculeusement se plier à des styles extrêmement divers, jusqu’à donner l’illusion d’appartenir aux troupes mêmes des chorégraphes qu’ils servent le plus souvent avec talent et justesse. Cela s’est produit notamment pour Cunningham où les danseurs du Ballet de Lyon donnaient le sentiment de sortir droit des studios de Westbeth où siégeait naguère la Merce Cunningham Dance Company. Mais aussi pour Trisha Brown ou pour Mats Ek, alors que nulle autre troupe que celle de Lyon, hors le Ballet Cullberg évidemment, n’a aussi bien interprété la célèbre « Giselle » du chorégraphe suédois.

Emancipation

Un demi-siècle après son émancipation décidée par Louis Erlo, et après les brefs règnes de Milko Sparemblek, Vittorio Biaggi ou Gray Veredon, le Ballet de Lyon, sous la conduite de Françoise Adret tout d’abord, mais surtout, depuis 1991, sous la conduite de Yorgos Loukos, s’est construit un répertoire fabuleux qui inclut tous les grands chorégraphes américains contemporains et recense désormais près de 120 ouvrages signés également par Lucinda Chids, Maguy Marin, Dominique Bagouet, Ohad Naharin, Emanuel Gat, Jean-Claude Gallotta, Benjamin Millepied ou Bill T. Jones…
De Jiri Kylian seul, le Ballet de Lyon affiche une douzaine de chorégraphies parmi lesquelles « Petite Mort » et « No more Play » sont programmées lors de cette série de représentations d’avril 2018. Si « No more Play » entre cette année seulement au programme, « Petite Mort » y est affichée depuis 1997 et régulièrement reprise. On ne reviendra pas sur une œuvre élégantissime qui a vu le jour en 1991 lors du Festival de Salzbourg, quand on y célébrait le bicentenaire de la mort de Mozart. Sinon pour dire qu’on l’a revue interprétée avec une vitalité, un engagement captivant de ses douze interprètes, tout comme lors d’une création nouvelle, et alors que la pièce est tour à tour grave, sinon dramatique, ou tout au contraire empreinte d’ironie. Même engagement pour « No more Play », sextuor dansé sur une composition d’Anton Webern où Kylian manifeste de la même manière que pour Mozart son intelligence musicale.

« Under a Day »

A ce répertoire, Yorgos Loukos vient d’ajouter le nom de Johann Inger. Evidemment ce quadragénaire suédois qui vit désormais à Séville après avoir dirigé un temps le Ballet Cullberg à Stockholm, n’a pas aujourd’hui la stature des Cunningham, Childs, Brown ou Ek. Mais sa pièce, « Under a Day », composée avec vingt-quatre danseurs du Ballet de Lyon, répartis en deux distributions différentes, soutient parfaitement de se voir présentée en ouverture d’un programme offrant à sa suite deux chorégraphies de Jiri Kylian. Ce qui veut dire que pour tenir ferme face à Kylian, qui est l’un des chorégraphes les plus accomplis de ces dernières décennies, il faut bien posséder ce quelque chose de fort qui se nomme le talent. Se déroulant au cœur d’une scénographie aussi lumineuse et blanche qu’elle est dépouillée (beaux effets lumineux de Tom Visser) et où évoluent des danseurs vêtus de costumes multicolores, la chorégraphie d’Inger recèle des qualités d’écriture, des traits originaux, une puissance intérieure qui forcent le respect. Dommage, avec de telles qualités, que le chorégraphe ait recouru à des compositions sonores électroniques qui pourraient laisser deviner une culture musicale défaillante et sans grande originalité, ce qui est une constante chez bien des danseurs. Toutefois, en choisissant également la voix de la chanteuse Nina Simone pour conférer son caractère à son ouvrage, Inger plonge délibérément ses spectateurs dans un univers anxiogène d’où sourd un sentiment oppressant de solitude, d’angoisse existentielle. Duos, trios, sextuor de garçons, très beau sextuor de filles, tendent tour à tour à évoquer la diversité des rapports humains, mais aussi le parcours tortueux d’une âme inquiète et torturée.

Raphaël de Gubernatis

Dernière représentation : le 25 avril 2018, à l’Opéra de Lyon.

Le Ballet de l’Opéra de Lyon se produira aussi à Paris du 1er au 13 mai 2018 au Théâtre de la Ville/Théâtre des Ambassadeurs avec « Sarabande » de Benjamin Millepied, « Steptext » de William Forsythe et « Critical Mass » de Russel Maliphant.

Puis les 16, 17 et 18 mai, la compagnie dansera au Théâtre des Gémeaux, à Sceaux, avec « Sarabande », mais encore « No more Play » de Johann Inger et « Petite Mort » de Jiri Kylian.

Visuel : Petite mort de Jirí Kylán – © Michel Cavalca

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Raphaël de Gubernatis

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