Danse

[Avignon Off]  Frank Micheletti et Amala Dianor règnent sur la Parenthèse

[Avignon Off] Frank Micheletti et Amala Dianor règnent sur la Parenthèse

08 juillet 2015 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Cela tient du miracle. La Parenthèse n’a failli jamais s’ouvrir cette année. Le Théâtre Louis Aragon, Scène conventionnée de Tremblay-en-France et cette année en remplacement du Forum Blanc Mesnil fermé de façon au delà qu’arbitraire, et le Théâtre Gérard Philippe, Centre dramatique national de Saint-Denis, s’associent en partenariat avec le Département de la Seine-Saint-Denis pour présenter le meilleur de la création chorégraphique.

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Pour ce que l’on peut nommer le programme A, deux chorégraphes sont ici invités : Franck Micheletti et Amala Dianor. Le premier est le directeur du festival Constellations qui se tient à Toulon en septembre. Il est surtout chorégraphe et musicien. Au commencement, il devait présenter deux solos : Singapore et Nouakchott. La belle idée étant de faire des portraits en passant par l’identité d’une ville. Pour la seconde, Pape Fall devait danser. Il est noir et mauritanien ce qui donne une bonne raison à son pays de lui compliquer les possibilités de quitter le territoire. Frank Micheletti nous rapporte les mots du jeune homme : « La jeunesse dérange ». Au pied levé, son solo sera remplacé par un duo. Mais avant ça, Sara Tan entre en scène, soutif/culotte de sport. Elle grimpe sur la table de mixage de Frank, poupée debout sur deux petites boites qui cacheront un costume. Elle va danser de façon radicale, qui est faite de flux et suspensions. Les gestes nous indiquent des violences : une arme, un couteau sous la gorge, un cri qui ne sort pas. Le son devient une techno circulaire et obsédante. Elle s’effondre et rebondit dans un souffle qu’elle mettra en suspension. Sa danse est incarnée, jamais belle par principe. En remplacement de My taylor is rich, on retrouve Sara tan cette fois en compagnie de Victoria Andersson. En quelques jours il a fallut penser un spectacle et le résultat est époustouflant. Micheletti a repris des éléments de sa pièce Volts Face(s) et en garder l’énergie rock. Victoria commence par rouler au sol comme un boxeur chercherait à arrêter ses coups. Quelle rage anime cette fille ? De nouveau la techno arrive et maintenant en duo mais volontairement rarement à l’unisson, elles se toisent, se frôlent, sont au bord de la bataille. Là encore le geste du chorégraphe est net, et se place dans une veine qui ne déplairait pas à P.A.R.T.S. Les mouvements sont comme retenus dans leurs rebonds. L’harmonie des deux corps est ici parfaite sans aucune légèreté facile. Bien joué.

Le second programme de la matinée est 100 % Hip Hop. On retrouve Amala Dianor déjà présent sur le plateau de la très belle court de La Parenthèse l’année dernière. Il compose un duo avec BBoy Junior, immense breakeur souffrant d’une poliomyélite qui invalide sa jambe droite. Leurs deux danses semblent être une combinaison parfaite. Le fin Amala Dianor est le premier danseur de hip hop a avoir intégré le CNDC. Junior Bosila (BBoy Junior) est lui connu du grand public pour avoir remporté le concours national Incroyables talents en 2007. On passera sur la musique trop tendre pour se concentrer sur la prouesse technique entre un danseur qui apporte du modern-jazz au Hip-Hop et un autre qui concentre toute sa force dans le haut de son corps. En mode battle ils joueront les prolongations pour notre plus grand bonheur au terme d’un court quart d’heure nommé Extension et d’une beauté nette.

La Belle Scène Saint Denis programme également du théâtre, notamment pour cette semaine : L’homme-Femme/Les mécanismes invisibles de D’ de Kabal à 17H30.

Visuels : ©ABN

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. amelie@toutelaculture.com

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