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Welcome to « Cirkopolis »: le cirque hyperpointu et hyperléché qui vient d’outre-Atlantique

Welcome to « Cirkopolis »: le cirque hyperpointu et hyperléché qui vient d’outre-Atlantique

13 octobre 2017 | PAR Mathieu Dochtermann

Le nom du Cirque Eloize n’est pas très connu en France, et pourtant cette troupe de cirque québécoise est presque aussi connue outre-Atlantique que le Cirque du Soleil. Le 13ème Art propose au spectateurs parisiens de découvrir Cirkopolis jusqu’au 29 octobre. Il s’agit d’un spectacle de cirque théâtralisé extrêmement millimétré et chorégraphié, très rythmé, porté par une musique entraînante, où les prouesses techniques s’enchaînent en donnant l’apparence d’une facilité trompeuse. Presque trop léché pour être complètement grisant, ce spectacle très travaillé vaut néanmoins clairement le détour : certains passages aux agrès sont époustouflants, et la mise en scène très fluide et dynamique garantit qu’aucun spectateur ne s’y ennuiera.
[rating=4]

Le cirque québécois produit de grands artistes et de grands spectacles, que le public français a trop peu l’occasion de voir. Il s’agit d’un cirque moderne, peut-être plus spectacularisé que ne l’est le cirque français du fait de l’influence anglo-saxonne (et de plus gros budgets de production?), avec un très haut degré d’exigence technique lié à la présente d’excellentes formations dans la Belle Province.

Le Cirque Eloize est un digne représentant de cette veine du cirque québécois, et il est heureux qu’il lui soit donné l’occasion de présenter son spectacle Cirkopolis aux spectateurs parisiens. Il s’agit d’un spectacle qui a déjà beaucoup tourné dans le monde, qui est donc parfaitement rodé, et jouit d’une solide réputation, qui n’est aucunement imméritée.

Très théâtralisé, avec une touche d’humour et une présence forte de la danse et de la musique, c’est un spectacle qui se distingue avant tout par deux choses. D’une part, une mise en scène digne de Broadway, dans un univers de ville-usine grise inspirée de Métropolis, qui est le prétexte à un fil narratif qui semble être la reconquête de la joie et de la vie, symbolisée par l’apparition de la couleur. D’autre part, une très grande maîtrise des disciplines circassiennes, qui, quand elle fait parfois un peu défaut, est très efficacement compensée par des effets de groupe qui distraient l’œil.

Les soli, quand ils sont mis en valeur, le sont donc parce qu’ils sont éblouissants. De fait, on a droit à de très beaux numéros de roue Cyr, avec Rosita Hendry, de Diabolo, avec Arata Urawa, de contorsion portée, avec Alexie Maheu, et un passage à la corde lisse assez magique de Selene Ballesteros-Minguer. Même quand la technique n’est pas époustouflante, la dynamique de groupe et le rythme entraînant produisent un grand plaisir de spectateur. A noter la présence d’une roue allemande, agrès peu utilisé mais qui donne ici lieu à un très beau tableau. La troupe, en tant qu’ensemble, fonctionne très bien, et se sort honorablement des phases dansées, qui sont là pour le decorum plus pour leur qualités chorégraphiques intrinsèques.

Les moyens en son et en lumières ne sont pas maigres. La musique joue un rôle très important, pour rythmer ce spectacle extrêmement soutenu, et pour colorer les tableaux. On pourrait lui reprocher d’être excessivement illustrative, et surtout d’être absolument tonitruante sur certaines scènes. La création lumière est massive et complexe, mais finalement très efficace. A l’arrière-scène se trouve un écran géant sur lequel un décor en images de synthèse est projeté tout le long du spectacle, avec de trop rares effets de transparence pour révéler des personnages en coulisses.

Au final, on a envie d’émettre deux réserves. La première, serait que ce spectacle a un rythme presque trop effréné, et que, hors deux soli de circassiennes délibérément romantisés, il y a en permanence du bruit, il y a en permanence des gens qui courent partout, ce qui finit par lasser. Il est probable, aussi, que cet énervement chasse la poésie, qui ne trouve refuge que dans une unique scène tendrement clownesque où un homme séduit une robe accrochée à un portant. Le seconde, serait que le spectacle est trop rodé, trop précis, donne trop l’impression de la facilité: ce n’est pas là nier son extrême technicité, mais le risque finit par être tellement escamoté qu’on en perd une partie du frisson qui est normalement le propre du spectacle de cirque.

En tout état de cause, cela reste un excellent spectacle, qui conviendra à tous les publics, et qui ne peut pas ne pas plaire au moins un peu. On peut le voir jusqu’au 29 octobre à la Place d’Italie à Paris.

 

Direction artistique et mise en scène : Jeannot PAINCHAUD
Co-mise en scène et chorégraphie : Dave ST-PIERRE
Interprétation: Colin ANDRÉ-HÉRIAUD, Selene BALLESTEROS-MINGUER, Pauline BAUD-GUILLARD, Ashley , Aaron DEWITT, Rosita HENDRY, Jonathan JULIEN, Frédéric LEMIEUX-CORMIER, Alexie MAHEU, Arata Urawa, Jérémy VITUPIER, Antonin WICKY
Visuels: ©Patrick Lazic

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Mathieu Dochtermann
Passionné de spectacle vivant, sous toutes ses formes, des théâtres de marionnettes en particulier, du cirque et des arts de la rue également, et du théâtre de comédiens encore, malgré tout. Pratique le clown, un peu, le conte, encore plus, le théâtre, toujours, le rire, souvent. Critère central d'un bon spectacle: celui qui émeut, qui touche la chose sensible au fond de la poitrine. Le reste, c'est du bavardage. Facebook: https://www.facebook.com/matdochtermann

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