Cirque

Des « F(r)ITIONS » comme signe éclatant de la vitalité des jeunes circassiens

Des « F(r)ITIONS » comme signe éclatant de la vitalité des jeunes circassiens

25 janvier 2019 | PAR Mathieu Dochtermann

Du 23 janvier au 17 février les étudiants de la 30ème promotion du CNAC présentent à La Villette leur spectacle de fin d’études, F(r)ICTIONS, mis en scène par Antoine Rigot et Alice Ronfard. Sur un plateau dépouillé, les agrès signent de leur présence la vocation des dix-huit jeunes interprètes. Habillés par une lumière très travaillée, les circassiens offrent une série de numéros de haut vol en faisant montre d’une dynamique de groupe absolument imparable. Libre, incandescente, dégenrée, audacieuse, telle s’offre au public la nouvelle génération du cirque français.

Sur la piste du chapiteau de La Villette, les gradins disposés autour de la piste circulaire accueillent le public dans une semi pénombre. Les basses d’une musique techno se propagent sourdement dans l’atmosphère, tandis que des corps s’agitent sous une sorte de tente, au centre d’un espace nu. Silhouettes découpées par des lumières qui les éclairent chichement, les seize élèves de la 30ème promo mélangent leurs ombres sur la toile plastique.

Quand le spectacle commence, la bâche est tirée pour dévoiler le groupe, qui danse autour d’une table. Rien d’autre ne meuble le vide de la piste. S’ensuit une belle scène de groupe où une contorsionniste, portée par ses camarades, fait montre de toute sa souplesse au faîte d’une pyramide humaine.

Cette première séquence préfigure tout le reste de F(r)RICTIONS. La force du groupe dans une écoute aiguë de ses partenaires. Le retour cyclique de la musique – tantôt électronique, tantôt classique, tantôt rock – qui vient soulever de ses harmonies rageuses les corps emportés par ses rythmes. L’audace technique, la prise de risque dans les numéros qui ont été amenés par chaque artiste. Le parti pris de faire de la présence brute des agrès quasiment le seul élément de la scénographie. L’extrême soin apporté à l’habillage lumineux, avec l’utilisation d’un projecteur spécial, venu du Québec, accroché au sommet du chapiteau, qui éclaire de figures sinueuses les corps en contrebas.

Un spectacle qui repose sur la simplicité, qui ramène à l’essentiel : la puissance et la grâce de cette expression corporelle qui oscille entre prouesse technique et précision chorégraphique. Une série de numéros bruts, puissants, aboutis. L’énergie, vibrante, bouillonnante, est palpable de bout en bout. Le professionnalisme des étudiants, dans l’extrême cohésion de leur groupe comme dans leur maîtrise de leur agrès, est au niveau des plus hautes attentes. L’esthétique, qui se glisse avec discrétion dans la mise en lumière et dans des costumes de scène uniformes, diaphanes, jouant sur la transparence et revendiquant l’homogénéité des genres, s’impose avec intelligence.

Plus d’une fois, l’émotion saisit le public. Certains numéros, notamment au trapèze ballant ou à la bascule coréenne, impressionnent par la prise de risque – et on leur pardonne alors aisément de ne pas être absolument propres. D’autres sidèrent par leur force tranquille, leur grâce intrinsèque, comme les passages au tissu aérien, au trapèze fixe ou sur le fil.

Périodiquement, des touches d’humour reviennent, comme des clins d’œil complices à un public de toutes façons conquis.

Périodiquement, la musique revient se poser au premier plan, en utilisant au mieux les talents musicaux des élèves, qui en beatbox, qui à la guitare, qui au chant ou au violoncelle.

Périodiquement, surtout, reviennent les scènes de groupe, souvent extrêmement réussies. Au-delà de l’évidente connivence des élèves, leur mise en scène réussit admirablement : grande valse au pied d’un trapèze, course en cercle qui joue soudain d’un décalage des temporalités à la manière d’une Gisèle Vienne, grappe humaine sur un portique coréen, les images proposées sont belles et fortes.

Il y a du jeu. Il y a de la complicité. Il y a de l’énergie à revendre. Il y a une extrême habileté. Il y a une esthétique et une mise en scène subtiles, qui mettent en valeur les circassiens avec originalité, tout en ayant l’intelligence de s’effacer. Du coup, on oublie volontier les très rares maladresses, dans l’exécution ou dans la conception : on pardonne facilement à la fougue de la jeunesse !

Un spectacle beau, urgent, traversé par seize interprètes de talent qui, collectivement, portent un seul slogan que leurs gestes crient à l’unisson : VIVONS.

A découvrir à l’espace chapiteaux de La Villette jusqu’au 17 février.

 

 

Distribution

Mise en scène, dramaturgie et scénographie Antoine Rigot et Alice Ronfard Composition musicale Gaspard Panfiloff Création lumière Julie Basse Création costumes Fanny Gautreau Assistante costumes Irène Bernaud Stagiaires costumes Marie Dumas de la Roque et Marie Therezien Caractérisation : maquillage, coiffure Judith Scotto Régie générale Julien Mugica Régie plateau Jacques Girier Régie lumière Vincent Griffaut Régie son Robert Benz

Les 18 interprètes de la 30e promotion du CNAC
Rémi Auzanneau (France) Bascule coréenne – Banquine
Hernan Elencwajg (Argentine-Pologne) Bascule coréenne – Banquine
Tanguy Pelayo (France) Bascule coréenne – Banquine
Baptiste Petit (France) Bascule coréenne – Banquine
Hamza Benlabied (Maroc) Main à main, porteur
Maélie Palomo (Suisse) Main à main, voltigeuse
Johannes Holm Veje (Danemark) Portique coréen, porteur
Martin Richard (France) Portique coréen, voltigeur
Gwenn Buczkowski (France) Trapèze fixe
Joad Caron (France) Mât chinois
Lucille Chalopin (France) Contorsions – Equilibres – Acrobatie
Noémie Deumié (France) Tissu
Léa Leprêtre (France) Trapèze ballant basse hauteur
Lili Parson (Suisse) Roue Cyr
Poppy Plowman (Grande-Bretagne) Fil
Sandra Reichenberger (Suède) Trapèze ballant
Jules Sadoughi (France) Roue Cyr
Léon Volet (Suisse) Mât chinois

Photos de F(r)ICTION – Crédit Christophe Raynaud de Lage/Cnac

Infos pratiques

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