Cirque

« Carnival », un spectacle de cirque conçu pour les mômes de tous les âges

« Carnival », un spectacle de cirque conçu pour les mômes de tous les âges

27 novembre 2017 | PAR Mathieu Dochtermann

Du 22 novembre au 23 décembre, tous les mercredis, samedis et dimanches, le Cirque Electrique présente sa dernière création, pensée pour les minots mais fréquentable par les adultes: Carnival. Sur des textes d’Eugène Durif et une histoire douce-amère, comme le sont tous les bons contes, des artistes de cirque couverts de paillettes donnent à voir de beaux numéros tandis que l’orchestre s’en donne à choeur-joie. Réjouissant et généreux, absolument recommandé.

[rating=4]

L’entrée en matière amuse autant qu’elle instille une atmosphère légèrement décalée: pour atteindre les gradins, le public doit passer par une antichambre où un grand escogriffe (Guillaume Leclercq, génial dans ce rôle) habillé de couleurs vives, perdu au milieu de bidons repeints dans des tons fluos, se reflète dans des miroirs déformants. Paillettes et mine sinistre, couleurs flamboyantes et reflets inquiétants sur un air d’orgue de barbarie: toute la tonalité du spectacle est déjà là. A l’intérieur, la scénographie est prolongée par une piste circulaire rotative, des accessoires de couleur relevée, et l’ambiance festive et enfantine se retrouve surtout dans les costumes, très réussis, aux figures géométriques éclatantes – avec leur maquillage, on dirait un peu des pantins sortis d’un conte pour enfants. Un air bien connu de Verdi – La donna e’ mobile – joué à l’accordéon vient parfaire le tableau.

L’histoire –  « Il était une fois ou bien deux fois plutôt qu’une… Il était une fois ou bien plusieurs… » – parce qu’il paraît qu’il en faut une, ou plutôt parce que c’est un plaisir de raconter celle-là, c’est celle de Ledru, un ogre raté, un ogre pas violent, un ogre tout maigre, un ogre rêveur qui a le grand tort d’aimer le cirque. De fil en aiguille, l’histoire de ce grand méchant qui ne fait pas peur tisse une toile de fond au spectacle, avec les mots d’Eugène Durif qui ne sont certainement pas simples à saisir pour les plus jeunes spectateurs, mais qui, d’assonnance en allitération, composent une trame verbale réjouissante en contrepoint des numéros de cirque. Les plus grands s’en délecteront, tandis que les autres se rattraperont en profitant de la profusion d’éléments visuels.

Car du côté des circassiens, comme toujours dans les créations du Cirque Electrique, on a droit à du très bon. Antoine Redon est bien connu des amateurs de la maison, et il montre ici ses progrès dans la maîtrise de la roue Cyr, en révèlant également une habileté inattendue mais sympathique à jouer du banjo électrique. Beaucoup de choses de qualité se passent en hauteur dans ce spectacle. Le premier numéro, de la fildefériste Marie Le Core, qui prend place au-dessus de la tête du triste héros de l’histoire, comme une évocation de ses rêves de cirque, est très réussi. Tandis que la voix de Tapman – improbable conteur! –  fait sonner les mots d’Eugène Durif, elle enchaîne les sauts et les équilibres les plus précaires, avec grâce et aisance. De la même Marie, un très joli numéro de pointes en équilibre sur des verres de cristal – qui rappelle un peu un numéro du Quabaret en cirQuit sous le même chapiteau. Julie Demont lui fait grande concurrence, particulièrement avec sa grande maîtrise du drap aérien, qui lui permet de très belles évolutions. Guillaume Leclercq n’est pas en reste, et on le retrouve notamment à jouer les équilibristes sur des tonneaux, entre autres talents qu’on lui découvre ici.

Evidemment, il n’est pas question de spectacle du Cirque Electrique sans un accompagnement musical concocté maison. Tapman se lève donc très rapidement de son fauteuil de conteur pour s’emparer de sa guitare – évidemment Electrique. Flanqué de son inséparable acolyte Jean-Baptiste Very, l’orchestre à deux personnes se démène comme quinze pour envelopper le sepctacle d’une bande-son très rock mais pas trop tapageuse – l’esprit anarcho-subversif du Cirque rattrapera Tapman à la fin du spectacle quand il s’écrira en guise de conclusion: « Maintenant c’est la Free Kids Party, et c’est la liberté! ».

Le spectacle, tout juste créé, souffre parfois de quelques problèmes de rythme, qui s’effaceront sans doute assez vite. On sent que tout n’est pas encore parfaitement réglé: de grands manteaux qui cachent parfois trop les mouements des artistes, des placements un peu approximatifs sur la piste… Rien de bien méchant!

Qu’on ne s’y trompe pas: produit pour le plus grand bonheur des minots, ce spectacle n’a pas oublié qu’ils étaient accompagnés de leurs parents et qu’il fallait aussi donner du grain à moudre à ces derniers. Pourquoi les crêpes, les ballons de baudruche, les costumes aux couleurs détonnantes et les contes un peu fous seraient-ils réservés aux enfants??? Avec ou sans bambins, on peut aller passer une très agréable après-midi au Cirque Electrique, et la tireuse à bière continue même de fonctionner entre deux verres de sirop de grenadine!

Au Cirque Electrique, à la Porte des Lilas, les mercredis, samedis et dimanches jusqu’au 23 décembre.

 

Textes : Eugène Durif
Mise en scène : Hervé Vallée
Artistes de cirque et comédiens : Marie Le Core, Julie Demont, Antoine Redon, Guillaume Leclercq
Musique live originale : Jean-Baptiste Very et Tapman
Costumes : Antonin Boyot-Gellibert
Lumières : Chaleix
Son : Pierre Pleven
Scénographie : inspirée des Saltimbanques de Folkert de Jong et Picasso et le cirque
Production : Cirque Electrique
Visuels: (c) Paolo SC Campanella

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Mathieu Dochtermann
Passionné de spectacle vivant, sous toutes ses formes, des théâtres de marionnettes en particulier, du cirque et des arts de la rue également, et du théâtre de comédiens encore, malgré tout. Pratique le clown, un peu, le conte, encore plus, le théâtre, toujours, le rire, souvent. Critère central d'un bon spectacle: celui qui émeut, qui touche la chose sensible au fond de la poitrine. Le reste, c'est du bavardage. Facebook: https://www.facebook.com/matdochtermann

2 réflexions au sujet de « « Carnival », un spectacle de cirque conçu pour les mômes de tous les âges »

Commentaire(s)

  • Dudu

    On est allées samedi avec ma fille de 3 ans voir ce pestacle. Elle en est ressortie ravie. Et moi aussi ! On a la chance d’être proches de la scène donc les numéros sont encore plus impressionnants.Ma fille a adoré la fille au ruban rose ;-) Et moi j’ai aimé les textes et la musique qui accompagnaient les artistes. Bonne ambiance, rock, spectacle recommandé pour les petits et grands.

    novembre 28, 2017 at 12 h 43 min
  • Dudu

    Je suis allée voir ce « pestacle » avec ma fille de 3 ans. On a la chance d’être proche de la scène et les numéros des artistes sont d’autant plus impressionnants. Ma fille a adoré la dame aux rubans roses. Moi les textes et la musique. Ce spectacle est aussi pour les petits que pour les grands. Il est rock, créatif . C’est passé trop vite. Je recommande.

    novembre 30, 2017 at 1 h 20 min

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