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Au 21e festival Artdanthé, Yaïr Barelli danse Bach entre humour, intelligence et maestria

Au 21e festival Artdanthé, Yaïr Barelli danse Bach entre humour, intelligence et maestria

10 avril 2019 | PAR Geoffrey Nabavian

Au Théâtre de Vanves, alors qu’Artdanthé se poursuit, le danseur Yaïr Barelli offre à nouveau à voir son travail sur les Variations Goldberg de Bach, qui convainc par son intelligence et son énergie puissante et rigolarde.

Dans Dolgberg, spectacle dansé déjà présenté au festival Faits d’hiver 2019, Yaïr Barelli se mesure à un chef-d’oeuvre de la musique classique, signé Jean-Sébastien Bach. Il affirme vouloir d’une part faire la révérence, a travers son corps, à ces Variations Goldberg, et d’autre part, les « chatouiller avec des outils qui ne sont pas tout à fait adéquats« . Objectifs bien atteints : entre maestria corporelle et humour intelligent, pas dans la retenue, sa pièce, très en recherche, exploite bien son sujet et s’avère marquante au final.

Le mardi 9 avril au soir, au sein d’Artdanthé, festival qui donne à voir des spectacles mettant le corps au centre de la recherche, Dolgberg était précédé de WRECK, proposition conçue par Pietro Marullo, qui entendait mêler danse, performance, arts plastiques et son pour atteindre à un maximum d’ouverture, pour que « la polysémie se développe », et parle d’aujourd’hui, à chacun. Dolgberg fait preuve d’une volonté d’ouverture, de franchissement des limites des formes, assez similaire. Seul sur scène, Yaïr Barelli se meut déjà alors que les spectateurs s’installent. Puis il commence à s’échauffer les cordes vocales, et prend tout à coup la parole d’une voix discrète, pour expliquer le projet : on remarque que sa manière de « donner les infos techniques » recèle, d’emblée, une part de jeu.

Entre danse brillante et commentaire

Au cours de l’heure qui suit, les pensées et émotions des spectateurs peuvent pleinement s’ouvrir, car Yaïr Barelli « joue » vraiment : il ne se contente pas de danser, de façon experte, sur les Variations Goldberg, qui sont diffusées en audio. Non content d’effectuer tous ces mouvements avec des yeux mi-concentrés mi-sidérés, il fredonne, éclate de rire sur la musique, abandonne les pas classiques pour d’autres styles, et esquisse même une danse avec un extincteur, qui se déclenche, comme un symbole délirant du projet du spectacle.

On suit donc l’artiste avec passion dans cette tentative rigolarde d’interprétation d’une oeuvre avec le corps. Et l’on perçoit bien à quel point son usage de gestes et de procédés inattendus permet à cette pièce de se commenter elle-même, en direct. Entre subtils décalage et virtuosité pure, Dolgberg atteint à quelques morceaux de bravoure : on garde en tête cet instant où le danseur ose interpréter physiquement la musique au moyen des muscles de ses fesses, puis de ses bras, et enfin de son torse.

En quelques endroits arrive le calme physique total : en saisissant alors à la volée quelques notes de la musique, qui continue, on a le loisir de les trouver bien belles, en effet, ces Variations. On salue également, au final, les exceptionnelles qualités d’interprète de Yaïr Barelli, aussi puissant techniquement que charismatique et jusqu’au-boutiste lorsqu’il convoque ses instincts de performer. On suit donc le spectacle qu’il nous propose avec grand bonheur, même si le versant histoire familiale qu’il recèle – « Goldberg » était le nom de ses grands parents, juifs ayant quitté la Pologne avant la Seconde Guerre mondiale, et ayant au passage modifié leur patronyme – pourrait y tenir un peu plus de place. Peut-être la pièce, marquée par beaucoup de réflexion, est-elle appelée à se modifier encore et encore…

Artdanthé dure encore jusqu’au 13 avril, et hors-les-murs, jusqu’au 21 avril.

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Visuel : Photo © Lili Zhang

Infos pratiques

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