Rap / Hip-Hop

Denzel Curry se transforme en Super Saiyan au Trabendo !

Denzel Curry se transforme en Super Saiyan au Trabendo !

29 novembre 2018 | PAR Clara Bismuth

Ce 28 Novembre 2018, le rappeur floridien enflammait la scène parisienne du Trabendo avec son dernier projet TA13OO. Révélé en 2016 par son album Imperial, le MC âgé de seulement 23 ans est un alliage incroyable entre un poète maudit façon 2Pac et une dose d’horreur sublime le tout enrobée d’une énergie débordante. Un concert qui affichait bien évidemment complet, mais révélait aussi le véritable visage de l’artiste.

Des jeunes talents émergents de la sphère hip-hop, il semble en pousser chaque jour, générant parfois des confusions tant les déclinaisons de « blaze » s’enchaînent: Lil Yachty, Lil Peep, Lil Pump, Lil Uzi Vert…la liste est longue ! Puis certains vous tapent dans l’oeil, se démarquant littéralement par leur charisme, leur talent ou leur écriture. Denzel a tout à la fois, force qu’il doit notamment à un métissage unique et indestructible.
Pour comprendre le phénomène il faut remonter en 1995, à Carol City un quartier populaire de Miami où Zel grandit au centre de la culture vaudou entouré de ses grands-parents Bahaméens. Un cadre qui pourrait faire rêver les touristes et le troisième âge mais pour le jeune homme le décor est tout autre. Soleil et chaleur écrasante, les vagues de violence agissent en boomerang sur la côte Est et bientôt, le rappeur en fait l’expérience. En 2012, Trayvon Martin, lycéen du même établissement que Curry tombe sous les balles de son agresseur. Deux ans plus tard, le chanteur perd son frère sous les violences policières. Puis, lorsque Curry prend de la distance avec cette ville maudite et ne s’y attarde que pour visiter ses proches, il apprend la mort de son ami XXX Tentation. Sincèrement impacté par la nouvelle, il lui réserve d’ailleurs un hommage sur scène avec la reprise fracassante de son Look At Me. Un bref aperçu, déjà bien fourni malheureusement. Denzel a donc grandi trop vite, exposé à des violences physiques et psychologiques qui transpirent sur ce dernier opus.

Faisant appel au rappeur IDK pour chauffer sa première partie, le jeune MC a su se faire attendre, et pour cause la salle a eu droit à dix bonnes minutes de scansion : DEN-ZEL ! DEN-ZEL ! Et quand le phénomène arrive enfin sur scène, son but est simple, soulever le Trabendo avec son dernier disque.
TA13OO a pris son temps mais après Nostalgic en 2013 suivit d’Imperial en 2016, on peut dire que le rappeur a atteint des sommets. Monde chaotique en trois parties, bienvenue dans l’univers sombre et merveilleux de Zel. Blanc, gris, noir. Rêve, cauchemars et réalité. Tout semble calculé au millimètre près malgré les multiples étapes de bouffés délirantes. La première flotte dans un rêve aux pulsions électroniques, où Curry reste plutôt chill, en phase avec les situations catastrophiques qu’il rencontre. Mais une fois le sommeil plus lourd, SUMO, un morceau plus « trappy » entame une longue descente aux enfers. Tel une poupée vaudou, Zel se met en scène dans un cirque au public suicidaire avec CLOUT COBAIN. Profusion d’onomatopées, rimes ciselées, lyrisme poignant et technique poussée, il se débat entre lumière et obscurité dans une transe angoissante. En fait, le jeune homme est en plein exorcisme face à ses démons. Une transition qui souligne sa culture caribéenne: visage peint, danse saccadée, grillz et dookie dreads, soirée arrosée des drogues et des jeux violents, les limites n’existent plus jusqu’à la mort. Un phénomène que Zel reproduit d’ailleurs sur scène via une énergie folle avant de chuter dans la troisième étape : le réveil. Dur retour à la réalité et à ses prises de conscience douloureuses comme l’évocation de son défunt frère sur THE BLACKEST BALLOON. L’homme n’est plus le même non. Denzel Curry devient zombie, un être effrayant que rien n’arrête. Car sur TA13OO, la parole est trop importante pour être tue. Qu’il s’agisse des violences policière, des actes racistes, du matérialisme, de la situation des Etats-Unis sous Trump ou autres injustices, du haut des ses 23 ans rien ne lui fait peur. Denzel a déjà ses propres démons et son passé en Floride. Pourtant malgré cet univers diabolique, le jeune MC trouve son équilibre et se montre plus que jamais déterminer à tout donner sur ses projets futurs. Invitant son public à un grand moment de transe, le rappel est évident et PERCZ vient clore cette folle soirée. Sans fioritures, le jeune homme prouve une fois de plus qu’il est un artiste à part entière et non un énième pastiche de ses icônes, et ça, ça fait du bien !

Lien d’écoute, ici.

visuel :© 2018 PH Recordings, LLC.

Playlist de Vadym Kholodenko
L’Age d’or de Cyril Pedrosa et Roxanne Moreil, prix Landerneau de la BD 2018
Clara Bismuth
Rédactrice pour le magazine Toute La Culture depuis mars 2018, principalement dans les rubriques Musique et Cinéma.

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