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Nina Hagen : 16 tons

Nina Hagen : 16 tons

20 octobre 2022 | PAR La Rédaction

L’icône punk allemande Nina Hagen revient avec une étonnante reprise groovy de Sixteen tons et annonce son nouvel album Unity qui paraîtra le 9 décembre 2022. Retour sur la carrière singulière et la personnalité fulgurante de la plus grande star allemande de tous les temps. 

Par Hannah Starman

 

Le choix de la chancelière

 

En décembre 2021, la chancelière allemande Angela Merkel crée le buzz en choisissant un tube de Nina Hagen de 1974 pour faire ses adieux à la nation. « Cette chanson a marqué ma jeunesse » explique la chancelière pour motiver son choix et l’on la voit esquisser un petit sourire lorsqu’elle entend les premières mesures, si reconnaissables, de Du hast den Farbfilm vergessen, interprétée par la fanfare militaire de la Bundeswehr

 

Dotée d’une puissante voix et d’une tessiture de cinq octaves, Nina Hagen s’impose dès ses débuts à Berlin Est comme une artiste originale et rebelle. Née le 11 mars 1955 à Berlin Est de l’union entre l’actrice Eva-Maria Hagen et le scénariste Hans-Oliva Hagen, Nina baigne dans un milieu artistique et créatif d’une Allemagne de l’Est en pleine reconstruction. Mais les séquelles de la barbarie nazi imprègnent sa jeunesse et forgent ses valeurs résolument humanistes, son courage et son caractère indomptable.

 

La Shoah, la Stasi et le rock

 

Lorsque le poète et compositeur Wolf Biermann, compagnon de sa mère depuis 1966, se voit interdire le retour en RDA après une tournée en République fédérale en 1976, Nina Hagen, du haut de ses 21 ans, présente un ultimatum au Ministère de l’Intérieur : si son beau-père n’est pas autorisé à revenir elle poursuivra son travail en RDA à sa place. Les autorités est-allemandes l’invitent alors à quitter le territoire et la déchoient de sa nationalité. Nina Hagen s’installe à Berlin-Ouest, à quelques kilomètres de la Villa Hagen ayant appartenu à sa famille juive paternelle, expropriée et exterminée dans la Shoah. Elle ne montera sur scène en Allemagne de l’Est qu’après la chute du mur de Berlin en 1989.

 

La chanson qui marquera la jeunesse est-allemande de la chancelière Merkel sera ainsi le seul tube de Nina Hagen enregistré en RDA. C’est à l’Ouest qu’elle crée son premier groupe Nina Hagen Band en 1976 et sort les albums punk cultes Nina Hagen Band en 1978 et Unbehagen en 1979. Sa fille Cosma naîtra à Los Angeles en 1981 et la jeune maman à la crête rose prendra le large avec son premier album solo Nunsexmonkrock de 1982. Nina Hagen marquera la décennie 1980 avec ses costumes, perruques et scandales haut en couleurs, dont un mémorable débat télévisé avec Angela Merkel pendant lequel la diva punk, hurlant à plein poumons, accuse la future chancelière de mensonges et d’hypocrisie. 

 

La seule véritable superstar allemande

 

Nina Hagen se réinventera tout au long de sa carrière, suivant ses impulsions, ses quêtes, mais aussi sa voix qui perd progressivement les aigus. Le punk de Nina Hagen des années berlinoises et londoniennes est marqué par un mélange de graves menaçants et d’aigus opératiques, mais aux Etats-Unis elle s’oriente davantage vers le punk rock, le funk et le disco.  Elle produit les albums Angstlos/Fearless (1983) et In Ekstase/In Ecstasy (1985) et chante ses tubes New York, New York et Universal Radio devant 1 million de personnes à Rio de Janeiro en 1985. Les albums des années 1990 – Nina Hagen, Street, Revolution Ballroom, Freud Euch/BeeHappy et Om Namah Shivay – seront ancrés dans la dance pop et la disco mais refléteront aussi et plus que jamais, les engagements politiques, sociétaires et spirituels de celle que la Süddeutsche Zeitung décrira comme « la seule véritable superstar allemande. »

 

Dans les années 1990, Nina Hagen vit entre Paris et Ibiza où naît son fils Otis en 1990. Elle devient l’égérie de Jean-Paul Gaultier, pose pour Pierre et Gilles, chante l’hymne pour FC Eisern Union de Berlin, le club de foot préféré de son père, et s’engage corps et âme pour les causes qu’elle considère justes ou nécessaires. Elle se bat ainsi pour les droits des animaux et contre la psychiatrie coercitive, fait construire des hôpitaux en Inde, recueille des fonds pour les sans-abris, proteste contre la guerre en Iraq et prend la défense des victimes du Duogynon contre le géant pharmaceutique allemand Bayer Schering. 

 

Le Jésus personnel, les Confessions et le grand retour

 

L’album frais et éclectique Return of the Mother et plusieurs collaborations retentissantes marquent les années 2000. Sa chanson Schön ist die Welt est choisie comme hymne officiel de l’Exposition Universelle et le single Die schwarze Witwe, produit en collaboration avec Rosenstolz et Marc Almond connaît un grand succès en Allemagne. Nina Hagen fait également une remarquable reprise de Seemann de Rammstein avec le groupe de métal symphonique finlandais Apocalyptica en 2003 et enregistre un album swing, Big Bang Explosion, avec le Big Band de Leipzig. En collaboration avec le Capital Dance Orchestra l’égérie punk plonge dans le répertoire classique de la chanson allemande de l’entre-deux-guerres. Merveilleusement adapté à sa voix désormais grave et riche, l’album Irgendwo in der Welt de 2006 est un vibrant hommage à un temps révolu. 

 

Depuis une dizaine d’anneés, Nina Hagen revient aux fondamentaux. Au niveau personnel, sa quête spirituelle s’achève dans une petite église protestante à Schüttorf où elle se fait baptiser en décembre 2009. Elle écrit sa troisième autobiographie intitulée Les Confessions, parue en version française chez Editions Bénédictines, et enregistre un album gospel/country très personnel, Personal Jesus, en 2010. On y trouve quelques saisissantes reprises, notamment Personal Jesus de Depeche Mode, Help me d’Elvis Presley et All You Fascists Bound to Lose de Woody Guthrie qu’elle chante à travers l’Europe avec un succès mitigé. Insaisissable, inclassable et farouchement libre, Nina Hagen n’en fait qu’à sa tête, quitte à s’attirer quelques sifflements des fans qui réclament « leur » Nina des années 1980. 

 

Sixteen tons, un single militant qui annonce le nouvel album Unity 

 

Onze ans après son dernier album studio Volksbeat, Nina Hagen est de retour avec une nouvelle surprise. Sixteen tons, le premier titre paru en attente de son nouvel album, est un standard combatif sur les mineurs du Kentucky. Enregistré pour la première fois en 1946 par Merle Travis, le titre a été repris par Elvis Presley, B.B. King, Stevie Wonder, Johnny Cash, et Robbie Williams, entre autres. Nina Hagen nous offre une version groovy chantée dans un alto rauque et chaud et accompagnée d’un clip sobre et fort signé Sebastien Vogt. Il n’y a pas de doute: après 45 ans de carrière, Nina Hagen s’éclate toujours!   

 Visuel : pochette

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La Rédaction

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