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[Interview] La Route du Rock : « on aimerait bien battre le record pour notre 25e édition »

[Interview] La Route du Rock : « on aimerait bien battre le record pour notre 25e édition »

08 juillet 2015 | PAR Bastien Stisi

Pour son 25e anniversaire, La Route du Rock (on vous fait toujours gagner 2 pass 3 jours par ici) a rendu ses terrains viables, diminué les risques de noyade constaté l’an passé, augmenté son nombre de chiottes, et fait de Björk sa grande tête d’affiche. Sont aussi conviés du 13 au 16 août The Notwist, The Soft Moon, Flavien Berger, Ratatat, Thurston Moore, Jungle, Rone, Viet Cong, Savages ou encore Daniel Avery. Loin de Saint-Malo, au Mauri 7 de la rue du Faubourg Saint-Denis (il y a toutefois un phare dessiné sur une fresque derrière nous…),  rencontre avec Alban Coutoux et François Floret, respectivement programmateur et directeur / fondateur du festival le plus authentique et le plus punk de cet été à venir.

Avec un an de recul, quel regard portez-vous sur l’édition passée de La Route du Rock ?

Alban Coutoux (programmateur) : Avec un an de recul, il me semble que c’était une très belle édition, malheureusement un peu gâchée par la météo désastreuse du premier jour. On était aussi très content de ces fins de soirées électro (Darkside, Moderat, Todd Terje) qui ont vraiment été un succès. Les concerts de Jamie XX et de Portishead furent également assez incroyables.

François Floret (directeur) : Oui, on est aussi content de la chenille. C’était spontané, je ne sais pas si ça se refera ! Artistiquement je crois que l’on était vraiment au top l’année dernière. Que du bonheur, mis à part bien sûr, comme le disait Alban, cette flotte et cette gadoue qui ont gâché le festival. Ça a fait des belles photos pour certains sur les réseaux sociaux ceci dit…

La météo, ça me parait compliqué à contrôler, mais j’ai vu que quelques travaux d’aménagements avaient été fait afin de mesurer les conséquences d’éventuelles fortes pluies…

F. F. : Effectivement. Il y a eu un très gros travail de drainage fait dans le fort. On a cassé la caillasse, et on a remis un sol qui pouvait absorber les eaux. Et on a installé un système de canalisation sous terre pour évacuer la flotte, comme n’importe quel terrain viabilisé. On a également viabilisé le fort : s’il pleut, il n’y aura pas cette année des monticules de boue qui vont se former. Ça va glisser, ça va disparaitre, ça sera légèrement mouillé, mais pas besoin de bottes à l’intérieur du site « concert ». Après l’extérieur, ça reste du champ. Alors on ne va pas raconter d’histoires : s’il pleut, ces champs-là seront boueux. Par contre, le confort pendant les concerts est garanti.

Qui est-ce qui a financé ces travaux ?

F. F. : C’est la structure intercommunale de Saint-Malo agglomération, avec une partie venant du Conseil départemental d’’Ille-et-Vilaine et de la mairie de Saint-Père. La Route du Rock a aussi participé, puisque ces travaux ont été fait prioritairement pour le festival. On est très content de ces améliorations, mais on ne veut pas s’arrêter là pour autant : un gros effort va être fait aussi en ce qui concerne l’accueil du public. C’est d’ailleurs l’une des autres grosses nouveautés de cette année : ça paraît con, mais on va mettre plus de sanitaires que l’an passé, plus de places assises, avoir plus d’espaces couverts (pour que les gens se protègent du soleil…)

J’ai aussi vu que le camping devenait payant cette année. Et que cette décision avait provoqué quelques vagues sur les réseaux sociaux

F. F. : Oui, on s’attendait à ce genre de réactions…On est en France hein : dès que l’on change un petit truc, ça gueule ! Alors que bon, le prix du camping est à 2 euros la journée, et 5 euros pour les trois jours…Au final pour nous, en enlevant la TVA, on va récolter 15 000 euros dans cette affaire. On va réinjecter tout cet argent en sanitaires. Mais surtout, à la base, c’est tout con, mais on a décidé de rendre l’accès payant parce que ce système va nous permettre de compter les gens présents sur le camping. Ce n’était plus possible de juger à vue d’œil, et d’entasser sans trop savoir combien de personnes on pouvait mettre dans cet espace…Disons que l’on devient un peu plus « pro ».

L’an passé, avec 26 000 visiteurs payants, La Route du Rock a failli battre son record de 27 000…

F. F. : Oui, et on l’aurait sûrement battu si on n’avait pas dû stopper les ventes le soir de Portishead. A cause de la flotte, le terrain était totalement démoli. Sur le papier, on pouvait encore faire rentrer des gens, mais on voyait bien que certaines zones n’étaient plus du tout praticables. Et par respect pour le public, on a préféré ne pas tasser les gens encore plus. On s’est à peu près assis sur 1 000 billets à cause de ça.

Et cette année, et avec une programmation où il y a à priori moins de têtes d’affiches que l’an passé, est-ce un objectif de le battre, ce record ?

F. F. : Symboliquement, on ne va pas faire les faux modestes : on aimerait bien battre le record pour notre 25e édition ! Mais honnêtement, ce n’est pas l’objectif, et ce n’est effectivement pas sûr. En toute logique, la soirée de Björk devrait être complète par exemple. La question se pose plutôt sur les deux autres jours.

A. C. : On n’est effectivement pas non plus sur une course aux chiffres, même si les impératifs économiques jouent aussi dans cette histoire. L’idée n’est pas non plus de faire grossir le festival, mais plutôt, d’améliorer ce que l’on a déjà. L’accueil des visiteurs, la viabilité de l’endroit, la qualité de l’expérience artistique…

La grosse tête d’affiche, on en parlait tout à l’heure, c’est bien évidemment Björk, qui passe le samedi soir…

F. F. : Oui, Björk ça ne se refuse pas. Forcément, c’est un gros cachet, et une fois que tu as dépensé ça, tu regardes ce qu’il te reste dans la poche. Après ça n’a pas été un cachet dérisoire non plus, on n’a pas les moyens de ce genre de folies.

A. C. : D’un point de vue purement pratique, et même en mettant de côté les aspects financiers, ça aurait été de toute manière très difficile d’avoir une très grosse tête d’affiche par soir. Depuis quelques années, on joue plutôt sur une très grosse par festival : Nick Cave il y a deux ans, Portishead l’an passé, Björk cette année…On a des contraires économiques, et puis la logique du festival, ce n’est pas non plus d’aligner les têtes d’affiches. On joue sur l’effet d’entraînement de ces gros artistes pour permettre aussi à un certain public de découvrir de nouveaux noms.

Alors justement, et sans passer par la réponse « tous nos artistes sont formidables », de quels noms êtes-vous particulièrement fiers d’avoir programmé cette année ?

F. F. : Ah, tu m’as fermé ma porte de sortie ! Sinon, Girl Band je suis content. Même si leur live à Villette Sonique, apparemment, était pas ouf. J’ai hâte de voir Spectres, qui va être très sombre, très violente, très dur, très punk.

A. C. : Le côté dadaïste de Flavien Berger sur La Plage risque d’être aussi très bien, comme les petites Espagnoles de Hinds, qui vont jouer juste après Björk. On va passer du très cérébral et du très magistral à quelque chose de très lo-fi et de très spontané. Il y aussi des artistes que l’on a déjà programmé qui reviennent, comme Timber Timbre, The Soft Moon ou Dan Deacon

F. F. : Ah oui, il était fou ce live de Dan Deacon…On l’avait fait sur la petite scène derrière la tour régie. C’était vraiment limite question sécurité : il voulait absolument toucher le public, du coup il avait joué sur une table…C’était hyper dangereux, mais les gens étaient très compressés, y avait beaucoup de monde… Y avait des mouvements de foule, les agents de sécurités étaient pas fiers… Sur scène, cette année, ça sera forcément moins punk.

Tous ces groupes que vous avez programmé, vous les avez déjà vu sur scène ?

A. C. : Honnêtement, non, on est loin d’avoir tout vu. On a beaucoup d’échos, il y a un travail avec les labels, les agents… Puis les lives, captés ou retranscrits sur internet… Et puis, un mauvais groupe sur scène, ça se sait rapidement… Et puis tu as les groupes qui ont des jours avec, et des jours sans. Par exemple, on misait beaucoup sur Thee Oh Sees l’année dernière, et leur prestation à La Route du Rock avait été très décevante… C’est aussi à nous de bien faire attention aux heures et aux scènes sur lesquelles on fait jouer les artistes aussi : si on met Ratatat sur La Plage par exemple, ça sera peut-être un peu dommage… On a préféré y mettre Forever Parot, Flavien Berger puis Jimmy Whispers. Ça nous semblait plus adapté…

La Plage, justement, elle fait partie des deux scènes « hors les murs » de La Route du Rock, avec La Nouvelle Vague, qui introduit le festival un jour avant le début des concerts sur les deux grandes scènes du Fort…

F. F. : Dans notre esprit, cette soirée à La Nouvelle Vague est vraiment une soirée inaugurale. On a la chance de gérer cette salle depuis 2012. Avant, on faisait ça au Palais du Grand Large. Comme on a pas de salles couvertes sur le site du Fort, et qu’il nous semble que certains concerts sont plus adaptés dans des espaces couverts, on en profite. Là cette année, on y a mis The Notwist parce qu’ils n’étaient pas dispo sur les autres dates, et aussi parce que l’on trouvait ça super de leur faire jouer leur album légendaire Neon Golden dans cette salle. Beaucoup de gens se sont plains d’ailleurs qu’on les fasse jouer ici, et non pas sur le Fort…Et puis, on les a fait jouer dans le Fort en 2003, et ce n’était pas franchement un bon concert…je crois que ce sera mieux en intérieur comme ça, il y a des artistes qui ont besoin de plus de proximité que d’autres…

J’imagine que c’est pour ça aussi que vous avez mis Flavien Berger sur La Plage et non par sur l’une des grandes scènes…

A. C. : C’est exactement ça oui : il a un matériel assez minimal et un jeu de set qui a besoin d’interaction avec le public. C’est vraiment important de bien choisir la scène…

F. F. : Ah ben tient d’ailleurs, en parlant de ça, la seconde scène du Fort, on la bouge cette année. Les deux scènes du Fort seront l’une en face de l’autre. Ça va favoriser la circulation du public entre les deux concerts. Ça sera un peu une formation comme au Pitchfork. On reste tout de même avec une scène plus grande que l’autre. Et puis on a changé l’une des deux scènes, qui était vraiment de la merde : un prêt municipal d’un truc qui n’était pas franchement utilisable. On n’aime pas faire comme tout le monde, mais là, on va faire comme tout le monde.

Si vous aviez à La Route du Rock la même enveloppe pour programmer qu’ont les fonds d’investissements qataries pour recruter au PSG, vous auriez pris qui cette année ?

F. F. : David Bowie, Arcade Fire et Radiohead. Si on a un chèque en blanc, je prends ça, c’est quand ils veulent ! Après franchement, si tu m’avais posé la question il y a trois ans, je t’aurais peut-être dit Björk…

La situation financière de La Route du Rock, on le sait bien, est encore loin de ça, et on sait que la plupart des bénéfices engrangés lors d’une édition sont réinvestis pour faire vivre l’édition suivante. Rendez-vous en août 2016 a priori ?

F. F. : Bien sûr ! Mais comme tu l’as noté : lorsque l’on gagne on gagne peu, et lorsque l’on perd on perd beaucoup. Il faut prendre des risques, mais pas trop non plus. La situation s’est améliorée par rapport à ce qu’elle était ces dernières années, mais c’est encore fragile. L’idéal serait toutefois d’arriver à un équilibre économique. On y croit, on est sur une très bonne dynamique !

Jeudi 13 août

SUN KILL MOON – THE NOTWIST (Nouvelle Vague)

Vendredi 14 août

FOREVER PAVOT (La Plage) – GIRL BAND – WAND – ALGIERS  – FUZZ – RONE – TIMBER TIMBRE – THE THURTSTON MOORE BAND – RATATAT

Samedi 15 août

FLAVIEN BERGER (La Plage) – SPECTRES – HINDS – ONLY REAL – KIASMOS – LINDSTROM – DANIEL AVERY – THE SOFT MOON – BJÖRK

Dimanche 16 août

JIMMY WHISPERS (La Plage) – THE JUAN MACLEAN – THE DISTRICTS – VIETCONG – SAVAGES – DAN DEACON – FATHER JOHN MISTY – RIDE – JUNGLE

Visuel : © DR

Infos pratiques

Le Spa Dans le Noir
Théâtre du Chatelet
Ines Zorgati

One thought on “[Interview] La Route du Rock : « on aimerait bien battre le record pour notre 25e édition »”

Commentaire(s)

  • Pascontente

    « On est en France hein : dès que l’on change un petit truc, ça gueule ! » Alors j’étais juste bénévole et je n’ai pas dormi dans le camping festivalier, mais dans un camping plus que correct. Mais le camping bénévole, je l’ai nettoyé et j’ai cru qu’on était dans un camp de réfugiés avec de la boue partout et des accès ultra limités aux sanitaires, des poubelles pleines à raz bord et si nous, bénévoles, on passait pas nettoyer le camping chaque jour, je te raconte pas le bordel, une chance que personne n’est chopé le Typhus. Alors balancer ça en Interview c’est ultra limite et manque franchement de tact. Si les 5 euros servent à rendre le camping viable, c’est une bonne chose, mais avant de critiquer ceux qui gueulent alors que toi tu rentres avec un runner dans ton hôtel, voire même dans ton lit douillet, la moindre des choses, c’est de respecter ces festivaliers qui font vivre ton festival. Et oui, félicitations pour les travaux réalisés dans le fort, vous aurez juste mis une génération à vous rendre que c’était nécessaire.

    juillet 25, 2015 at 19 h 22 min

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