Musique

Mono ou la symphonie (rock) douce-amère

21 juillet 2009 | PAR Mikaël Faujour

Né  en 2000, alors que la vague post-rock dominait le rock alternatif avec des groupes fascinants comme les Écossais de Mogwai ou les Québécois de Godspeed You ! Black Emperor, tenants d’un rock instrumental modulatoire, puissant et organique, Mono s’inscrit dans ce registre et, d’album en album n’a de cesse de montrer son brio. Comme le prouve son fabuleux cinquième album, Hymn to the Immortal Wind.

Ce groupe de Tokyoïtes, dont la discographie des plus recommandables compte quelques-uns des albums essentiels du post-rock et parmi les plus beaux des années 2000, a sorti il y a quelques mois son cinquième album. Paru fin mars « Hymn to the Immortal Wind » s’avère une merveille de beauté, aux orchestrations amples et aux compositions changeantes comme un ciel d’avril. Il s’agit clairement ici de l’un des albums de l’année, l’un des ces joyaux discrets, trop peu dans les formats « rock » pour être radiophoniques – et peut-être le « décalage horaire » par rapport aux tendances du moment (le retour aux seventies a relégué le post-rock dans l’arrière-cour de la critique musicale) y est-il pour quelque chose.

Ici, les compositions assument fièrement un sens de la grandeur jamais grossier, car jamais grandiloquent. Suggestives, expressives, elles ont quelque chose de visuel, évoquant le caractère épique de quelque bande originale de film. Les compositions s’étirent, 10 minutes, 12 minutes, comme de courtes symphonies rock aux gradations irrésistibles. Tantôt le calme auroral et la mélodie caressante ; tantôt le piano entêtant, les cordes superbes de fragilité ; tantôt le fracas bruitiste, la vie qui s’emporte et se déchaîne en de puissantes levées de batterie. Et dans les embruns de saturations qui gonflent çà et là, on reconnaît la patte du producteur Steve Albini (champion US toutes catégories du rock bruitiste et alternatif).

Jamais servilement copiées, les influences croisées de Mogwai et de Godspeed You ! Black Emperor – qu’a d’ailleurs produits Albini – sont ici assimilées avec intelligence. Le groupe a bien retenu l’art du développement progressif, de l’accalmie jusqu’à d’apothéotiques passages orageux ; l’audace expérimentale de GY!BE aussi, mais en se dépouillant de ce que celle-ci comportait d’abscons. En somme, dans la « niche » post-rock, que l’on aurait hâtivement pu penser devenir une impasse, il y a encore bien des merveilles, dont Mono n’est pas la moindre. Chacun de leurs albums ouvre des rêveries exquises et profondes. Et Hymn to the Immortal Wind tient toutes ses promesses, faisant de Mono l’un des groupes vraiment fascinants du moment. Groupe capital ? Non pas. Groupe remarquable, admirable ? Oui, ô combien.

Mono, « Hymn to the Immortal wind », Conspiracy records, 19 euros.

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Mikaël Faujour

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