Musique
Midnight Oil The Makarrata Project : le brûlot en faveur de la réhabilitation du peuple aborigène

Midnight Oil The Makarrata Project : le brûlot en faveur de la réhabilitation du peuple aborigène

17 décembre 2020 | PAR Jean-Christophe Mary

A la fin des 80’s , Midnight Oil  a fait danser le monde avec un succès  indie pop rock « Beds Are Burning ». Aujourd’hui, les australiens reviennent sur le devant de la scène avec The Makarrata Project , 7 nouvelles chansons dont l’ADN et la culture sont ancrées dans une cause qui leur tient particulièrement à coeur : la défense et la réhabilitation des Aborigènes.

Midnight Oil est un peu à l’image de ce que fut The Clash en Angleterre au début des 80’s : un collectif de musiciens militants et engagés. Pour faire écho des discriminations qui existent entre les blancs et les aborigènes, le quartet de Sydney a toujours su se servir de la scène comme d’une tribune. On se souvient de The Dead Heart sur l’album « Diesel and Dust »(1987) inspirée par leur tournée  dans le bush australien à l’été 1986.  Car depuis les débuts en 1972, les Oils comme les fans les appellent,  font avant tout  un rock indépendant et engagé, différent de tout ce que l’on peut entendre sur les radios. Pour leur chanteur et leader Peter Garrett qui a été membre actif de Greenpeace, député, ministre de l’environnement (2007-2010) puis ministre de l’éducation nationale (2010-2013), rien de plus normal que ce nouvel album plaide en faveur de la réhabilitation du peuple aborigène. Dans le langage aborigène australien, « Makarrata » désigne le fait de se rassembler pour trouver la paix et rendre justice à la suite d’un conflit. Depuis 2017, le mot « Makarrata » est entré dans le lexique australien après que les délégués de la Convention constitutionnelle nationale des « Premières Nations » ont constitué une «Commission Makarrata» dédiée à la réconciliation avec les peuples autochtones d’Australie :  la déclaration d’Uluru (Uluru Statement from the Heart). Pour saluer cette avancée sociétale, Peter Garrett (chant), Rob Hirst (batterie), Jim Moginie (guitares) et Martin Rotsey (guitares) ont convoqué des artistes aborigènes parmi lesquels les chanteurs Frank Yamma, Alice Skye et Kev Carmody. Et le résultat est là, prêt à marquer les esprits. L’album attaque immédiatement dans le vif du sujet avec « First Nation » un manifeste pop rock très accrocheur avec sa mélodie catchy, sa guitare nerveuse, et ses paroles on ne peut plus « explicites » où l’on entends les mots « invasion » et « réconciliation » boostés dans le refrain par l’énergie juvénile de la chanteuse pop Jessica Mauboy et du rappeur aborigène Tasman Keith. D’entrée le ton est donné. C’est clairement le morceau le plus marquant de l’album avec la déclaration de l’« Uluru statement from the heart », texte lu de manière très solannelle à la fin du disque par Pat Anderson, Stan Grant, Adam Goodes, Ursula Yovich et Troy Cassar-Daley sur une musique planante signée Midnight Oil. Pour mettre le feu aux poudres, « Gadigal Land » est un rock tranchant charpenté de cuivres épais dans l’esprit de The Who. Ce titre efficace nous renvoie dans les 80’s , quand le groupe était alors au top de sa popularité. Le poignant « Change the Date » donne à entendre la voix vibrante de Gurrumul Yunupingu, un chanteur folk indigène disparu en 2017. On notera également « Terror in Australia », une ballade émouvante jouée au piano, interprétée par la voix mystique et porteuse d’émotion de la jeune Alice Skye. « Wind In My head » est une ballade folk rock avec ses magnifiques voix de chœurs. Après 20 ans d’absence, c’est donc avec un plaisir extrême que l’on retrouve Midnight Oil tel quel, fidèle à sa mission première porteur d’un beau message humaniste qui a depuis fait des millions d’adeptes un peu partout sur la planète. A noter que le texte de la déclaration d’Uluru est inscrit sur la pochette du disque et que les musiciens cèdent les ventes de l’album à des organismes de bienfaisance soutenant la déclaration d’Uluru. Qu’on se le dise…

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