Musique

(Interview) Lisa Leblanc : « la simplicité, c’est une valeur de chez moi »

(Interview) Lisa Leblanc : « la simplicité, c’est une valeur de chez moi »

03 avril 2013 | PAR Idir Benard

Après un accueil chaleureux dans un appart spacieux du 18ème, l’ambiance est décontractée, propice pour un échange riche. Elle aurait cependant aimé un appart moins “fancy”, car cela ne correspond pas à son état d’esprit. Entretien avec une fille à la sensibilité à vif, au franc parler assumé et à la simplicité authentique.

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On ne vous connait pas trop en France, est ce que vous pourriez vous présenter succinctement?

Je viens de Rosaireville, un village de 49 habitants, dans le Nouveau Brunswick, la province à l’ouest du Québec et je joue du folk trash.

Vous êtes disque d’or au Québec et vous venez de jouer à Paris après une tournée des festivals francophones, comment vivez-vous ce succès aussi rapide à 22 ans?

Franchement, j’en ai aucune idée. Je ne sais pas comment ça s’est fait. Je crois que je n’ai pas eu le choix. C’est arrivé si vite. Cela fait longtemps que je faisais des tournées et j’ai commencé à chanter à 14 ans. A 16 ans, je faisais des shows dans des bars, à faire des reprises de 4/5 heures pour les soûlants et je faisais danser les gens, toute seule avec ma guitare accoustique. Elle rit. Puis cela a continué tranquillement. J’écrivais mes chansons que j’ajoutais à mes set, et petit à petit je me faisais inviter pour chanter mes propres chansons, au lieu de faire des reprises. Je faisais beaucoup de tournées, mais lorsque l’album est sorti, ça a explosé, et je pense que personne ne peut s’attendre à ça, peu importe le nombre de shows que tu as pu faire par le passé. C’est juste fou, c’est une grosse adaptation dans ma vie, et je pense que j’ai encore à apprendre à vivre avec. C’est bizarre, et en même temps cool, j’ai vécu de bons moments. C’était tellement intense, c’est comme si j’avais vécu 15 ans en un an. Maintenant c’est plus relax, je respire.

Vous êtes née dans la musique en quelque sorte?

Oui, pas mal, mes parents étaient dans des bands et ma mère chantait. Des deux bords de mes parents, il y a plein de musiciens. Du coté de mon père, ils sont comme 14 ou 15 enfants, et ça jouait pratiquement tout le temps de la musique. Et sur la côte est du Canada, il y a une vibe, une atmosphère country, couplée aux influences celtes, qui fait que le folklore chez nous y ressemble quand même beaucoup. Tout le monde est un peu imbibé dans cet amour de la musique. Cela fait tout simplement partie de notre culture.

En attendant, dans un village de 40 habitants, il ne doit pas y avoir grand chose à faire pour les jeunes, non?

Oui, c’est sûr. Elle rit. C’est la raison pour laquelle tout le monde joue de la musique. Il n’y a pas de grosse métropole sur la côte atlantique. La plus grosse ville, qui a peut-être 300.000 habitants, c’est Halifax, et même les grosses villes ressemblent à des villages de par l’ambiance. C’est super friendly, chaleureux, accueillant, généreux. Pour revenir à la musique, il y en a partout, et j’ai grandi là-dedans.

Lors du concert à la Boule Noire, vous avez partagé d’emblée votre trac avec le public, ce qui est assez inhabituel de la part d’un artiste. Votre style, c’est de s’assumer à 200%, de, comme vous dites, poser ses tripes sur la table et de se foutre du reste?

C’est vrai que je flippais. Elle rit. Oui c’est mon style d’être super franche. C’est dire que j’avais le trac, mais c’est aussi de l’assumer. Il y a une différence entre chouiner et hésiter et dire cash “ok c’est bon là, je fais pipi dans ma culotte” et comme ça on passe à autre chose. Je trouvais ça drôle, et à partir de ce moment là, j’étais sur la même longueur d’ondes avec le public. C’est super important quand je fais des shows, je veux jaser avec le monde, établir un contact quasi personnel avec les spectateurs. On peut voir que je suis normale.

C’est à dire que vous restez terre à terre?

Je reste simple, ça fait partie des valeurs de chez nous. Quand tu viens, tu vois que les gens sont généreux, pas compliqués. Et ma pire phobie, c’est que les gens pensent que je suis chiante. J’ai trop vu de personnes changer après le succès et t’as envie de leur dire “hey man, relax, tu viens d’un village. T’es qui tout d’un coup?”. Il y a des gens qui sauvent des vies, et nous, on gratte juste sur des guitares, c’est pas grand chose. On est comme le reste du monde. Je déteste la vedettariat, tout ce qui est glamour et people.

A part la culture country entrecoupée de folklore celtique dont vous parliez précédemment, quelles sont vos influences?

Le western et le blue grass, que tout le monde écoute chez nous, je l’ai haï toute ma vie, jusqu’à il y a 2 ou 3 ans. Et quand j’ai déménagé du New Brunswick, je l’écoutais parce-que j’étais nostalgique et que je m’ennuyais, that’s it. J’écoutais plus du classic rock des années 60 et 70, que ma famille écoutait aussi beaucoup. J’ai retrouvé les vieux vinyles de mes parents, et j’ai redécouvert plein de groupes comme Aérosmith et surtout Arrogance, avec leur album Rumor. Il y avait aussi les Pink Floyd, Led Zeppelin, Les Beattles, Jefferson Airplanes, Hendrix, tout ce beau monde charismatique, très rock. J’ai aussi pioché dans le grunge et le métal.

Et pour vos riffs au banjo, de qui vous inspirez-vous?

Elle rit. J’ai pris ça du punk, du trashy.

Initialement vous vouliez jouer dans un groupe de rock, est-ce la raison pour laquelle vous vous lâchez sur scène?

Oui, tous mes morceaux commencent tranquillement avec une guitare acoustique ou du banjo, et puis l’enrobage rock arrive assez vite. Mais la base est super country et folk. J’ai toujours aimé que ça rock on stage, qu’il y ait du tempo. Et c’est ce que j’ai fini par faire.

Cela vous arrive-t-il d’improviser sur scène, de vous lâcher vraiment?

Non, en fait j’ai presque un blocage, parce que je suis vraiment perfectionniste. Et quand je suis sur scène, il faut que j’ai visualisé la morceau avant. Et puis mon équipe n’est pas habituée à ce que je lâche un jam comme ça. J’ai du le faire 2, 3 fois, c’est juste drôle de se planter, mais je ne suis pas faite pour ça.

Est-ce que cela veut dire que vous manquez d’assurance?

Non pas du tout, je viens vraiment du “less is more”. Je suis très minimaliste, autant dans les chansons que dans les arrangements, c’est pour ça que les morceaux durent en général 3 minutes. J’ai trop été habituée à ce format. Ce qui est présent est nécessaire à la chanson, that’s it. Mais je suis quand même fan des impros, faudrait que j’essaie, mais pour le moment on dirait que ce n’est pas instinctif.

Dans votre album, il y a 2 facettes. Une très énergique, drôle, rentre-dedans, extravertie et l’autre, plutôt mélancolique, presque triste. Est-ce que c’est une autobiographie?

Oui, c’est sur, l’album reflète ma personnalité, tout ce que je dis, ce sont des choses qui me sont arrivées, les événements du quotidien. Mais j’aime la vie, ne t’en fais pas. Elle rit. J’ai toujours été une personne ultra sensible. Quand je vis quelque chose, je le vis intensément, surtout quand c’est écrit. Lors de rupture amoureuse par exemple, j’écris le plus vite possible, pour conserver les émotions à vif. A partir de ce moment là, je peux garder le texte et m’y référer en tant qu’émotion authentique pour écrire une chanson. L’écriture est thérapeutique, même si des fois ça a l’effet inverse, t’es encore plus dark. Elle rit.

Vous parliez de l’amour et les relations avec le sexe opposé reviennent souvent. Vous pensez que l’amour rend stupide?

Elle rit. Ah oui, certain. C’est le plus beau feeling que tu peux ever sensé, mais à la fois le pire. C’est un feeling universel, c’est comme ça.

Vous en avez une image assez noire ceci dit. On dirait plutôt le journal intime d’une jeune fille qui veut espérer, croire au prince charmant et à la belle histoire mais que la réalité rattrape.

Elle rit de nouveau. Oui c’est vrai. Mais je suis aussi capable d’écrire des vraies chansons d’amour comme Kraft Dinner. Mais quand tu es dans une relation qui marche, tu ne peux pas écrire dessus. T’as peur de sortir un truc que tu ne pourras pas assumer. C’est vrai qu’il est plus facile d’écrire sur des ruptures, parce que tu te remets en question, et elles sont plus inspirantes.

Et une fois que vous avez évoqué les thèmes classiques et universels comme votre vie et l’amour, quels sont vos projets pour la suite?

On a un dernier show au Québec, et après je suis en congé pendant 2 mois, ça va être vraiment cool. Je vais faire une sorte de road trip dans le sud des Etats-Unis, de la Louisiane jusqu’à la côte ouest. Je vais vraiment décrocher, sortir d’une zone de confort et pouvoir écrire autre chose. Et je vais aussi en profiter pour revenir vers une vie normale. C’est vrai qu’avec la musique je suis toujours sur la route, mais j’aime bien avoir un quotidien plus relax. Ca va aussi m’aider à écrire des chansons je pense.

Quelle image gardez-vous des français?

J’ai adoré, j’ai pu faire mes jokes de baguettes, de béret et de fromage, j’étais contente, vu qu’on faisait des blagues sur le fait que j’avais un accent épouvantable. Elle rit. Sérieusement, mon séjour à Paris c’était super cool. C’est un autre minding, une autre façon de penser et il y a des choses à apprendre des 2 côtés de l’Atlantique.

Visuel : Idir BENARD

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Idir Benard
Passionné par les nouvelles technologies, la cyberculture et les visionnaires de tout poil, il écrit un mémoire à l'EHESS sur le transhumanisme et la science fiction. Interrogateur du genre humain, en chemin hors de la caverne de Platon. Bon vivant, ne se prive pas de couvrir des évènements sympas en tout genre, qu'il y ait du vin, du dupstep ou de l'art. Fan des dessins animés des années 90 (Tintin, Dragon Ball Z) et des jeux old school (mégadrive en particulier)

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