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Hellfest 2018, jour 2 : L7, Rise of the Northstar, Pleymo, Deftones, Watain, Avenged Sevenfold

Hellfest 2018, jour 2 : L7, Rise of the Northstar, Pleymo, Deftones, Watain, Avenged Sevenfold

24 juin 2018 | PAR La Rédaction

Joie de vacarme et d’alcools, au jour 2 du Hellfest, voilà le brinquebalement d’ivresse dans la multitude rôtie au grill d’un soleil sans obstacle…

Réveil tardif, quand la tente a réchauffé les couennes et qu’à renfort de café et de bouteilles, tout repart, pour la longue et carnavalesque journée. En face, parmi les vignes, pisseurs et fienteurs se vident le ventre. Et les corps vidés recommencent leur course allègre, sous la lumière d’excès de Dionysos. Mais tout cela, peinardement et sans fureur.

Alors, donc, après une demi-heure de marche sous la brûlure verticale et parmi la verdeur des saintes vignes, direction l’espace VIP : piscine hollywoodienne, gazon synthétique, sculptures de quatre Cavaliers noirs tolieniens assis sur une fontaine qui déverse une eau à la teinte rouge plutôt Gatorade que Reign in Blood. Californication meets Tolkien. Et pourquoi pas ?

Article du jour 1 livré, arrêt au stand pour refaire le plein de céréale à boire, la panse félice, nous voilà au concert de L7. Bonheur ! Reformé en 2014, dixit Wikipedia, ce merveilleux (riot) girls band grunge de San Francisco, de la génération de Courtney Love, Bikini Kill, Babes in Toyland et The Breeders, le groupe a réalisé un set impeccable. Son heavy punk bien balancé, ses quelques tubes qu’une partie du public connaissait fort bien (« Pretend We’re Dead », « Shove »…) ont constitué une satisfaisante mise en jambe. Tenir le public sous un cagnard d’Atacama, aux quatorze heures brûlantes, ça situe la qualité du groupe, son charisme, son caractère essentiel. L7 reste l’un des groupes les plus éminents du grunge, pour ce que ça peut bien vouloir dire, c’est-à-dire un groupe de rock avec du coeur, des trips, de la mélodie : ses albums Smell the Magic (chez Sub Pop) ou Bricks Are Heavy sont des pépites à redécouvrir.


S’ensuit une prestation parmi les plus puissantes, énergiques, convaincantes, avec Rise of the Northstar, groupe parigot à la présence scénique COLOSSALE. Deux EP, un album (qui remonte à 2014), en tout et pour tout : le répertoire du quintette est, somme toute peu abondant, mais leur intensité, l’originalité de compositions zigzaguant dans l’imprévisible, les riffs déments, l’énorme charisme du chanteur-rappeur, tout cela rappelle un peu le versant rap-metal du premier Slipknot ou Biohazard. Comparaisons, du reste, fort limitantes, et qui n’iront pas plus loin tant le groupe est unique, capable d’enchaîner avec une étonnante force de conviction une intro façon « rock ballad », une explosion tirant au black metal, puis un phrasé rap. Les connoisseurs savaient. Les autres, moi le premier, auront découvert ce qui est sans le moindre doute un fleuron de la scène metal française.

Direction le Temple pour les Finlandais prodigieux d’Oranssi Pazuzu (lire la chronique de Värähtelijä), dont le black metal psychédélique repousse loin – voire abolit – la définition du genre. C’est à ce type de groupe que l’on mesure les limites du Hellfest et de tout festival metal de plein-air. C’est-à-dire qu’un pareil groupe, par son caractère exploratoire, cinématique, mental, dont la puissance du son est moins strictement physique qu’elle n’est poétique, onirique. Voilà bien où le Hellfest pourra encore innover : en inventant, avec des groupes de ce style (et d’autres : nous parlions hier de Steven Wilson, par exemple) et pourquoi pas avec des plasticiens, Vjs, danseurs (?), de véritables mises en scène pour un spectacle total. Et offrir cette possibilité à des groupes peu friqués serait d’une prodigieuse et excitante nouveauté. On aurait pu en dire autant de Dälek, groupe de rap indus/rock par nature absolument pas spectaculaire, avec son rappeur qui bidouille ses machines… Le tout alors qu’il fait encore jour, appauvrit la force d’une musique pourtant forte mais qui est affaire d’atmosphère.

Loin de pareilles considérations esthétisantes, l’enchaînement des groupes des Main Stages 1 et 2 nous ramène ensuite entre 1998 et 2005, en pleine période neo metal, avec Pleymo, Deftones et Limp Bizkit. Malgré son chanteur faible et passablement neuneu bonimenteur, mais heureux comme un gosse d’être sur la grande scène du Hellfest, Pleymo a livré un set très, très solide, préparant le terrain pour les braillards Bullet for My Valentine, le solide cocktail de rap, hardcore et metal du Body Count d’Ice T (avec à la clé le classique Cop Killer), venu en famille avec fils et petite-fille (!), puis Deftones et Limp Bizkit.

Deftones, naturellement impérial, a donné un concert d’autant excellent que Chino Moreno, qu’on a connu avec les cordes vocales très, très limitées, a pu envoler son chant vers les hauteurs, avec un Digital Bath impérial, et l’interminable collection de classique de son répertoire, dont un medley issu du premier album en conclusion.

Après un tour au coin VIP, où nous retiennent d’abord un Espagnol au look hard rock délicieusement eighties, ainsi qu’un show de sexy danseuses, majorettes goth et jongleuses de feu, nous longeons l’espace Temple où Watain déroule son black metal puissant, pour arriver devant Avenged Sevenfold, l’une des têtes d’affiche du festival. Le groupe a tenu la route avec un concert si puissant, si accrocheur, que nous avons raté celui de Neurosis à la même heure…

Après tout cela, trop de fatigue pour rester devant Dimmu Borgir, qui a tant attiré la foule qu’elle déborde loin hors du Temple. La nuit bien installée offrait une atmosphère parfaite pour le groupe norvégien, ses déguisements et sa mise en scène, pour sa musique ravageuse, puissante mais nuancée. Au vu de la multitude, il se pourrait qu’il passe directement sur le Main Stage pour une prochaine édition, y gagnant en foule pour y perdre en ambiance – ce qui est sans doute le problème, ici, chez les groupes qui jouent le plus sur l’atmosphère plutôt que sur la débauche d’énergie.

To be continued…
Texte et Photos : Mikaël Faujour

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La Rédaction

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